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Full text of "Le livre du colon : recueil de renseignements utiles"

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in 2010 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/lelivreducolonreOOmont 



I • <- 






HENRI-GASTON de MONTIGNY 



Le Livre du Colon 



Recueil de 
renseignements utiles 



Publié par le ministère de la Colonisation 
de la Province de Québec 



i BIBLIOTHECA 



MONTREAL. 

Imprimerie de "La Patrie" 

1902 




5 

tlio 
jloï 



A V HONORABLE M. LOMER GOUIN, 



Minisire de la Colonisation et des Travaux Publics. 

QUEBEC. 



Honorable monsieur^ 

J^aï P honneur de vous prier de vouloir bien 
agréer V hommage de fnon modeste volume^ car son but 
est le vôtre : être patriotiquement utile. 



GASTON de MONTIGNY. 



Le Livre du Colon 



Ire Partie 
NOTIONS GENERALES 

LA VOCATION 

Et tout d'abord, coinmençons par le commencement : il ne 
suffit pas de dire : " Je veux être colon, " il faut avoir la voca- 
tion, c'est-à-dire les qualités voulues pour se tirer d'affaire. 

Il est bien vrai qu'aujourd'hui, la colonisation s'effectue 
dans des conditions beaucoup plus avantageuses qu'il y a cin- 
quante ans et que nos défricheurs sont, de la part des autorités, 
l'objet d'une sollicitude qui supprime beaucoup d'obstacles, mais 
il est aussi vrai que le colon doit faire sa la rge part et d isposer 
d 'une énergie suffisante p our ne pas se décourager aux premiers 
revers. 

Si l'idée de vous mettre sur une terre vous est venue par 
goût des aventures ou parce que vous êtes en difficulté avec votre 
patron, ça ne suffit pas : les colons n'ont pas d'aventures et leur 
■existence est souvent pire que celle d'un ouvrier d'usine. 

Mais si vous aimez la vie au grand air, le travail énergique 
et la tranquillité ; si vous êtes bon ouvrier , intelligent et plein 
de santé ; si vous aspirez au bonheur de soustraire vos enfants 
aux dangers des grandes villes et de leur assurer un avenir mo- 
deste, mais solide, oh ! là par exemple, vous êtes mon homme. 

Une fois décidé, commencez par bien étudier la région que 
vous voulez habiter ; comparez avec les autres régions et surtout 
ne vous laissez pas blaguer par les annonces et les réclames de 
telle ou telle compagnie intéressée : lisez plutôt le Guide du 
Colon, publié par le gouvernement et que vous obtiendrez en 
vous adressant au département des Terres, Mines et Pêcheries, 



(i LE LIVRE DU COLON 

Québec, ou au bureau de M, L. E. Carufel, le représentant du 
département de la Colonisation à Montréal (154G, rue Xotre- 
Dame). 



Région à choisir 

On conçoit que je ne puis, ici. vous donner que des conseils 
généraus sur la région à choisir : chacune à ses avantages et ses 
inconvénients. Je recommande seulement au colon de s'iustal- 
les aussi près que possible de sa place natale : du côté de Téniis- 
camingue, s'il vient du district d'Ottawa ; du côté de Labelle, 
s'il appartient à Montréal ; au lac Saint-Jean, s'il est de 
Québec ; du côté de la Gaspésie, s'il vient des comtés du bas du 
fleuve ; etc. 

Cette façon d'agir a plusieurs avantages : on est plus 
proche des siens et par suite plus en famille, et puis, comme 
chaque région possède des méthodes de culture particulières, on 
a plus tôt fait de se mettre au courant. 

Il est donc impossible d'établir des comparaisons: chaque 
curé prêche un peu pour sa paroisse, et il a raison, parce que 
chaque paroisse a ses mérites : c'est donc à vous de choisir la 
région qui vous convient le mieux à vous. 

Après avoir étudié la région, étudiez un canton ; demandez 
des cartes géographiques au ministère de la Colonisation ou au 
bureau de Montréal ; demandez à l'agent des terres de la région 
choisie de nouveaux renseignements sur la nature du terraic, 
Feau, les montagnes, le bois, les roches, les chemins, la distance 
du village, du chemin de fer, du moulin, des voisins — et puis, 
allez voir çà vous -même. 

"^ Le meilleur temps pour visiter un canton, c'est l'automne, 
après la chute des feuilles : vous trouverez un peu plus loin 
quelques renseignements à ce propos. 

Interrogez aussi les gens de la place, les anciens surtout, et 
puis, quand vous aurez trouvé votre affaire, n'hésitez pas : 
prenez votre billet de location sans tarder pour ne pas être de- 
vancé par un autre. Surtcut, assurez- vous bien que le lot 



LE LIVRE DU COLON 7 

choisi est réellement en vente et ne faites pas comme ces pauvres 
diables qui vont se loger sur une terre sans en dire un mot à per- 
sonne et qui, après avoir travaillé péniblement cinq ou six mois, 
s'aperçoivent que le lot était vendu à un autre. 

Si vous ne vous installez pas immédiatement — vous avez 
six mois de délai avant de vous installer, — en attendant le 
moment de partir, suivez les cours du soir, si vous êtes à la 
\'ille, surtout les cours de menuiserie : çà vous habituera à tra- 
vailler le bois et çà vous servira. Entre temps, lisez 
mon petit traité : il y manque beaucoup de choses, 
mais il vous apprendra peut-être quelques petits secrets oui vous 
rendront service. 

Autre recommandation : il est reconnu que l'isolement dans 
lequel se trouve le colon, placé souvent à plusieurs milles de 
tout voisin, est un des plus grands obstacles de la colonisatiou 
dans la province de Québec : j'invite donc celui qui veut ouvrir 
une terre à ne pas s'en aller seul dans la forêt, à ne pas trop 
s'éloigner des centres qui sont destinés à devenir des villages, ou 
tout au moins à se trouver deux ou trois bons camarades décidés 
comme lui à devenir colons. On prendra de la sorte des lots 
voisins, on pourra s'entraider et on s'ennuiera moins : on pourra 
aussi s'entendre pour ne bâtir qu'un seul chantier en arrivant, 
pour donner plus d'attention aux défrichements et sauver du 
temps, acheter des provisions en commun, n'avoir qu'un cheval 
pour l'équipe, etc. Et puis, ce que l'un sait, il l'enseigne aux 
autres et, petit à petit, en causant. après l'ouvrage, on se rensei- 
gne sur le métier. 



Choix d^un lot 

Le choix d'un lot est certainement une chose importante, 
mais encore faut-il ne pas se montrer trop exigeant. 

Pourvu qu'un lot soit assez rapproché d'un bon chemin, 
qu'il soit à portée de l'eau, qu'il contienne de 50 à 70 arpents de 
bonne terre cultivable et que les lots voisins ne soient pas de la 
roche, on peut toujours y gagner sa vie, prospérer et s'enrichir. 



8 LE LIVRE DU COLON 

Une terre vaut surtout ce que vaut celui qui la travaille. 
C'est pourquoi vous voyez souvent des frens s'enrichir sur des 
terres qui ne valent pas cher et d'autres se ruiner sur des pro- 
priétés de premier choix. La vérité, c'est que les lots sans 
défauts sont joliment rares ; mais la vérité est aussi qu'il n'exis- 
te peut-être pas un seul lot, parmi ceux qui sont en vente, qui 
1 e puisse, avec un travail intelligent, faire vivre confortable- 
ment une nombreuse famille. 

Encore une fois, c'est le colon qui fait la valeur de con lot. 

Or, le colon qui réussit le mieux n'est pas celui qui tr-a vaille 
le plus fort : c'est celui qui travaille le plus sensément. 

L'agriculture n'est pas seulement un métier qui repo:- ■ >ur 
la force des bras ; c'est une science qui repose sur la raison, le 
calcul et le jugement. 

Quoiqu'il en soit, et toutes choses étant égales d'ailleurs, il 
ne faut pas non plus, sous prétexte qu'on est courageux, aller se 
loger dans un champ de cailloux quand il y a des bonnes terres à 
côté, et voici à ce propos quelques renseignements qui vous aide- 
ront à reconnaître le terrain. 

Moyems d'apprécier la honte et la nature du sol. — La bonté 
du sol se reconnaît à la croissance vigoureuse des arbres, à la 
netteté de leur écorce. Les terres noires ou tirant sur le noir, 
et qui donnent cette couleur à l'eau qui a séjourné quelque 
temps à leur surface, sont de bonne qualité. 

On peut aussi faire usage du procédé suivant : on pratique 
dans le sol une ouverture que l'on bouche ensuite avec la terre 
enlevée pour faire cette ouverture. Si cette terre enlevée ne 
peut toute rentrer dans le trou, le terrain est bon : si elle le 
comble, il est médiocre ; mais si elle ne le remplit pas. le ter- 
rain est mauvais. 

Il faut tenir compte aussi des accidents du terrain : maré- 
cages, bas-fonds, swamps, rochers, qui prennent de la place, et 
rendent la culture difficile et coûteuse et qui, plus tard, seront 
taxés comme de la bonne terre et ne vous rapporteront rien. 
Songez aussi à la question de l'égouttement et du drainage, et 
préférez un lot qu'on nuisse facilement égoutter. 

Les terrains qui ont une forte pente sont difficiles à culti- 
ver, il faut les éviter ; les terrains plats et en terre forte sont 



LE LIVRK DU COLON 



souvent difficiles à égoutter, et les travaux du printemps ne peu- 
vent s'y commencer que tardivement en année humide. 

Si l'eau des lac3 ou des ruisseaux qui arrosent le terrain est 
rougeâtre, le terrain est «rénéralement léger et contient du fer : 
cette terre est bonne, mais aura besoin de fumiers riches. 
Si l'eau est blanchâtre, le terrain est glaiseux et froid : il faudra 
le corriger avec du sable, des cendres, de la chaux, des fumiers 
longs. Si l'eau est claire, transparente, froide, si les lacs con- 
tiennent beaucoup de truite, les terrains sont généralement 
bons, mais rocheux. 

Les arbres peuvent encore vous donner de bons renseigne- 
ments et vous pouvez, à ce propos, interroger le netit tableau 
suivant qui indique les terrains qui conviennent le mieux aux 
arbres de nos bois : 



NOMS DES ARBRES 



TERRAINS 
QU'ILS PREFERENT 



Erable à sucre 

Erable rouge (plaine) 

Erable blanc (à fruit laineux). 

Chêne blanc 

Chêne rouge 

Bouleau 

Merisier rouge 

Frêne (rouge et blanc) 

Hêtre 

Frêne gras 

Epinette (noire et blanche) . . , 

Epinette rouge , 

Noyer 

Orme 

Tilleul (bois blanc) 

Peuplier (tremble) 

Pin 

Pruche 

Sapin 

Saule 

Sorbier (cormier) 

Cèdre blanc 



graveleux, léger, riche 

alluvion, graveleux, frais 

même terrain 

glaise, sec, profond 

glaise, frais, profond 

. .frais, sablonneux, peu profond 
. . .même terrain, mais plus riche 

frais, profond, riche 

montagneux, rocheux, frais 

bas, humide ou marécageux 

frais, graveleux, riche 

bas, humide ou marécageux 

frais ou humide, riche 

même terrain 

même terrain 

, maigre, frais 

sablonneux, souvent' rocheux 

léger, montagneux, humide 

bas, humide, souvent marécageux 

indifférent mais plutôt frais 

. ...frais, montagneux ou rocheux 
bas, montagneux (savane) 



Les bois mêlés, c'est-à-dire ceux qui contiennent par exem- 
ple de Férable, du merisier, un peu de frêne, de bois blanc et de 



10 LE LIVRE DU COLON 

l'épinette, indiquent généralement de bonnes terres ; et si ces 
arbres sjnt bien élancés, vigoureux, il n'y a pas à s'y tromper, la 
terre est bonne. 

La présence du buis dans les bois francs dénote une bonne 
terre. 

Mieux vaut prendre un lot bien exposé au soleil du midi et 
garanti par des montagnes contre les vents froids du nord. 

Le voisinage d'un lac a l'avantaere d'être moins exposé aux 
gelées : il en est de même des terrains élevés. 

Mais si vous vous installez près d'un lac, établissez-vous du 
côté du nord ou de l'est, plutôt que du côté du sud eu de l'ouest, 
afin d'être mieux protégé contre les vents froids. 

En choisissant votre emplacement, n'oubliez pas surtout la 
question de l'eau. 

L'eau pour une ferme est aussi importante que la poudre 
pour un chasseur. 

Prévoyez donc d'avance où seront les bâtiments, le jardin, 
etc., et s'il y a une source, une crique, un bout de rivière ou de 
lac sur votre lot, tenez en compte et tirez vos plans en consé- 
quence. 

C'est parce que ces petits détails-là sont trè> important& 
qu'on ferait bien de commencer par camper sous une tente au 
lieu de bâtir en arrivant. On a ainsi le temps de mieux con- 
naître les défauts et les avantages de sa terre et de choisir avec 
plus de justesse l'emplacement qui convient aux bâtisses. 

Avec 25 ou 30 verges de gros coton jaune, votre mère, 
votre sœur ou votre femme peut vous fabriquer une petite tente 
eu quelques heures, et quand vous aurez une maison, le coton 
vous servira toujours à quelque chose. On peut très bien rester 
sous la tente jusqu'à la Sainte-Catherine, pourvu cfu'on ait la 
précaution d'y étendre des branches de sapin, de cèdre ou de 
pruche et de l'entourer d'une petite rigole. 



Graines de Semence 

En général, le colon ne s'inquiète pas assez du choix de se& 
semences : c'est pourtant la question la plus importante pour un 
cultivateur, et je vous passe une petite liste qui peut vous servir. 



LE LIVRE DU COLON II 

Si VOUS ne partez qu'au printemps pour votre canton, vous pour- 
liez facilement, dans le cours de l'hiver, épargner de quoi vous 
approvisionner. En tous les cas, faites votre possible*, choisissez 
dans cette liste celles des graines qui vous serviront le plus cou- 
ramment, si vous ne pouvez les acheter toutes. 



Noms des Variétés Préférables 


Quantité 
Moyenne 


Prix 
Moyen 


Betterave (jaune ovoïde) 


% de livre 


tn rt-7 


Blé d'Inde canadien jaune 


4 épis .08 
I once .10 
I paquet .05 
% de livre . 10 
% de livre ; .10 
I paquet -n"; 


Carotte ' guérande jaune) 


Chou (Henderson d'été) 


Chou de Siani { Champion ) . . 


Citrouille canadienne (jaune et verte) 

Concombre (épine blanche) 


Fève rameuse (jaune Lima) 

Navet blanc ( Globe) 


I paquet 
% de livre 
I paquet 


.05 
.10 
•05 


Oignon rouge plat 





Vous voyez que c'est bien modeste, mais mon livre est 
surtout pour les colons qui ne sont pas millionnaires : les autres 
pourront ajouter à cette liste des graines de salade pommée 
"Pierre blanche, " de melon "ananas d'Amérique/' de persil 
frisé double, de rhubarbe Victoria, de radis rouge écarlate, etc. 

Ils en trouveront le prix dans les catalogues que distribuent 
les marchands de graines. 

Quel que soit l'état de votre fortune ,je vous recommande 
cependant de consacrer quelques sous à acheter un paquet d'an- 
gélique, de sarriette d'été, de betterave à sucre de France et 
deux ou trois onces de graines de soleil. 

Quant au tabac, je n'ai pas de conseils à vous donner : 
chacun son goût, moi je fume de préférence le vrai canadien, 
qui vient bien dans nos terres neuves. 

Dites au marchand qui vous vendra vos grainages de mettre 
quelques paquets de graines de bouquet par-dessus le marché ; 
ça sera pour la ménagère. 

Demandez lui aussi un catalogue en français ; vous y trou- 
verez les renseignements nécessaires pour semer convenablement 
toutes ces graines. 



J2 LE LIVRE DU COLON 

En s'y prenant à l'avance, votre femme peut aussi vous 
exempter quelques dépenses en conservant les graines de semen- 
ce? potagères qu'elle peut trouver à sa portée : graines de to- 
mates, de concombres, de citrouilles, de melons. 

Achetez aussi, sur le marché, deux ou trois navets, autant 
de betteraves et de carottes ; choisissez les plus belles : le prin- 
temps venu, vous les planterez proprement dans un coin de 
votre jardin : ça vous servira de porte-graines et vous sauvera 
d'autres dépenses. 

Quant aux çrrains proprement dits, avoine, seigle, orge, sar- 
rasin, ainsi que la graine de trèfle et de mil, on recommande gé- 
néralement de les acheter sur place ; ça coûte quelques cents de 
plus, mais on sauve le coût du fret et on obtient ainsi des varié- 
tés acclimatées à la région. 

Surtout, n'achetez que du meilleur, quitte à en acheter 
moins ; la graine de mil sale, ou l'avoine éventée, coûte toujours 
trop cher, même à cinq cents le minot. 

Vous pouvez aussi obtenir quelques graines de semences,, 
légumes, grains, natates, etc., en écrivant à la Ferme Expéri- 
mentale d'Ottawa. Demandez qu'on vous envoie ce qui convient 
le mieux pour votre terre (terre légère, terre franche ou terre- 
forte). Ecrivez autant que possible avant le 1er de mars de 
chaque année. Vous obtiendrez ainsi deux ou trois livres d'excel- 
\J lentes semences, et en continuant ainsi pendant quelques années, 
vous aurez bientôt tout un assortiment de plantes de choix qui 
vous permettront de recueillir vous-même vos graines de se- 
mence, sans qu'il vous en coûte un sou. 

Adressez votre lettre comme suit : 
A Monsieur le Directeur, 

Ferme Expérimentale Centrale, Ottaica. 

En même temps, demandez lui de vous envoyer le dernier 
rapport des fermes expérimentales (en français) ; c'est un gros 
livre publié par le gouvernement pour renseigner les cultiva- 
teurs. Il y a là bien des choses nui ne peuvent pas immédiate- 
ment vous servir, mais vous y trouverez quand même de bons- 
renseignemeiits — et ça ne coûte rien. 



LE LIVRE DU COLON 13 

Quand partir ? 

C'est encore toute une question, et la réponse dépend des 
circonstances. 

Si vous avez l'argent nécessaire pour vivre jusqu'à la ré- 
colte de l'an prochain, et vous acheter une vache dès le prin- 
temps, partez cet automne. Ca vous donnera de l'avance : vous 
pourrez bâtir votre chantier en arrivant, et tandis que votre 
femme s'occupera des petits détails de l'installation, vous aurez 
le temps d'efferdocher quelques arpents de terrain dont vous 
abattrez le gros bois durant l'hiver. 

Mais si vous n'avez pas d'argent, et s'il vous 
faut, dès le premier hiver, abandonner votre chantier, je 
crois qu'il vaut mieux attendre au printemps, surtout si vous 
avez de l'ouvrage où vous êtes. 

Vous le voyez, il est difficile de donner une réponse iixe, 
parce oue les circonstances changent et qu'une chose avanta-, 
geuse pour Louis peut causer la ruine de Eobert. 



Installation 

Vous voici donc sur votre lot avec armes et bagages y com- 
pris, si possible, un ou deux voyages de planches. Si vous ne 
voulez pas bâtir votre chantier en arrivant, afin de forcer le dé- 
iricheinent, faites-vous une cabane, pointue ou carrée, avec la 
planche que vous avez emportée ; recouvrez-la avec des écorces 
eu des auges de cèdre, mettez des branches de sapin comme 
plancher en les plaçant en écailles de poisson, pour cacher les 
gros cotons. En plaçant cette cabane à l'abri du vent du nord, 
vous pouvez y dormir sans crainte jusqu'à la Toussaint, même 
sans la fermer du devant. Le soir, vous faites un bon feu à 
l'entrée, vous vous entortillez bien dans votre couverte, et bon- 
soir ! 

Cette méthode vous permet de vous mettre à l'efïerdochage 
de suite, et à mesure que vous rencontrez une épinette ou un 
sapin qui peut vous convenir pour bâtir, vous l'abattez, l'ébran- 



14 LE LIVRE DU COLON 

chez, le coupez en longueur et le laissez sur place. Entre temps, 
\'0us vous ferez une échelle d'une vingtaine de pieds avec deux 
épinettes et des rondins — votre tarrière, votre hache et votre cou- 
teau de poche suffiront pour cela. — Eamassez ensuite de la 
mousse : mousse de roche, mousse d'érable, de frêne, de meri- 
sier, etc., et faites-là sécher à l'ombre et à l'air. 

Puis, quand tout sera prêt et que vos voisins auront fini 
leurs récoltes, vous donnerez un hi pour monter le corps et la 
charpente de votre chantier. 

Personne ne vous refusera un coup de main : c'est dans les 
coutumes du pays. 

Aussitôt le chantier fini, faites deux ou trois grosses atti- 
sées en ouvrant portes et châssis pour chasser l'humidité, et si 
possible, ne couchez dans ce chantier qu'après l'avoir chauffé 
ainsi un jour ou deux. 

Si vos moyens ne vous permettej^t pas d'acheter toute la 
planche nécessaire, employez celle que vous avez pour la cou- 
verture, et mettez des branches de sapin comme plancher, ou 
bien encore des écorces. mais je vous préviens que les arbres 
sont durs à écorcer, excepté en juillet et août. 

Vous pouvez encore couvrir yotre chantier avec des auges 
en cèdre, et les voisins vous diront comment faire cela, mais 
autant que possible, ayez de la planche. Vous achèterez ensuite, 
si vous n'avez pas déjà, trois ou quatre rouleaux de papier gou- 
dronné, et vous étendrez ce papier sur la couverture quand il ne 
vente pas. placez des tringles pour le tenir. Ces tringles seront 
mises de haut en bas et non de gauche à droite pour laisser cou- 
ler l'eau de pluie et la neige fondue. Pour la même raison, faites 
votre couverture pas mal à pic. 

Entre temps, vous rechaussez bien le bas de votre chantier 
avec la terre que vous avez tirée de votre cave. Si vous ne 
faites pas de planrher, vous n > pouvez naturellement pas faire de 
cave. En ce cas, prenez de la terre aux environs pour rechaus- 
ser. Ce travail est indispensable et vous sauvera bien des ma- 
ladies. Eeste à calfeutrer les fentes, joints, etc. 

Vous bouchez les plus gros joints avec des éclats de cèdre, 
'Je bois blanc, du sapin, etc., puis vous achevez de boucher les 
trous avec de la mousse qu3 vous enfoncez avec un bo .t de bois 



LE LIVRE DU COLON J5 

taillé en ciseau, pas trop aiguisé, sur lequel vous cognez avec un 
rondin. 

S'il y a de la terre glaise dans les environs, faites vous du 
mortier, voici comment : prenez de cette glaise par pelletées ; 
faites la cuire en faisant un feu à l'entour, puis écrasez-là eu 
poudre ; délayez-en deux ou trois terrinées dans un seau d'eau, 
avec un peu de sable et de mousse ou même sans rien du tout, 
et servez-vous en pour bousille: _ 

Si vous n'avez ni glaise ni chaux pour faire du mortier, 
ma foi ! il faudra se contenter de la mousse. 

Maintenant, si votre voisin a des vaches, demandez lui deux 
ou trois brouettées de bouse, qui vous serviront pour bousiller, 
mais d'une manière ou de l'autre, bouchez bien tous les trous ; 
surtout les petits ; c'est par les petits trous qu'entre la mort, et 
puis, cela vous sauvera trois ou quatre cordes de bois par hiver : 
le bois ne vous coûte rien, mais il faut une journée pour en dé- 
biter une corde et vous n'avez pas de temps à gaspiller. 

Dès que le chantier est habitable, faites venir votre femma- 
avec le reste de votre petit bagage, si ce n'est déjà fait. 



Défrichement 

Que vous soyez arrivé le printemps ou l'automne, vous voilà 
donc installé, du moins à peu près. Petit à petit, vous vous per- 
fectionnerez, vous ferez un cLemin pour aller chercher de l'eau, 
puis un grand cadre avec 4 billots retenus par des piquets, pour 
empêcher les copeaux de s'éparpiller partout, puis' une 
shed avec des écorces ou des branches pour abriter votre meule 
et le bagage qui ne peut entrer dans le chantier ; etc. 

Laissons cela maintenant et parlons du défrichement. 

Pour défricher profitablement, il ne suffit pas de se lever 
à 3 heures du matin et de taper dans h tas jusqu'au retour des 
étoiles ; il faut faire du bon ouvrage. 

Prenez donc d'abord votre sape ou faucille et enlevez toutes 
les ferdoches, en commençant auprès du chantier. Autant que 
possible, arrachez les ferdoches au lieu de les couper. Puis, 



16 LE LIVRE DU COLON 

faites un petit feu d'écorce et de bois mort bien sec, et jetez-y 
vos ferdoches à mesure : ça brûlera pourvu que vous ayez le 
soin de relever votre feu de temps en temps. A mesure que vous 
vous éloignez, faites de nouveau?: feux — et ainsi de suite. 
Durant les premiers temps, ne vous sen-ez de la hache que le 
moins possible : vous n'y êtes pas habitués peut-être et une fou- 
Ivre est vite attrapée. Ne restez pas non plus trop longtemps ac- 
croupi pour travailler : cela étourdit — variez votre ouvrage. 
Coupez un peu, arrachez les racines, culbutez les souches pour- 
ries, attisez vos feux. 

Le lendemain matin, prenez la hache, mais rien que pour 
une heure, abattez deux ou trois petits sapins ou épinettes, 
ébranchez-les. brûlez les branches — ^billez, c'est-à-dire coupez 
l'arbre en longueurs de 10 à 12 pieds, puis, avant de vous sentir 
fatigué de la hache, reprenez la sape ou la faucille et continuez 
l'efferdochage. Au bout de quelques jours, vous aurez ainsi le 
tour de la hache, et pourrez abattre pendant quelques heures. 

Si vous êtes en automne, il vaudra mieux forcer sur l'effer- 
dochage jusqu'aux neiges et bûcher le gros bois en hiver, à moins 
que vous ne soyiez obligé d'aller en chantier. 

En ce cas, calculez votre affaire pour arriver à peu près 
juste. 

Si votre voisin peut vous louer son cheval, sortez tout le bois 
qui peut vous servir : bois de corde, piquets de clôtures, perches, 
etc. Mettez ça en roll tvay, sur des traverses, en attendant l'heure 
de vous en servir. 

Quant à l'autre bois, laissez-le sur place pour le brûler le 
printemps venu. 

Surtout, ne craignez pas de mettre de côté autant de bois 
que possible : bois franc, billots, perches, piauets, etc., vous en 
aurez besoin plus vite que vous ne le croyez. 

Ce bois, quand il est placé sur de bonnes traverses (roïï 
ivays) qui l'empêchent de toucher terre, qu'il est bien aéré au 
moyen d'autres traverses placées entre chaque lit, et qu'il est 
abrité contre le soleil et la p'uie par une couverture en écorces 
ou en planches mises sur des perches retenues par des fourches 
de bois piquées en terre, peut se conserver ainsi pendant plu- 
sieurs années, et au bout d'un an ou deux le colon sera bien aise 



LE LIVRE DU COLON 17 

de ti'ouver ce bois à sa portée plutôt que d^aller en chercher à 25 
ou £0 arpents pour se chauffer, pour bâtir ou faire des clôtures. 
Ajoutons qu'en brûlant tout son bois, le colon massacre sa terre 
en détruisant tout l'humus qui la recouvre. Cet humus, com- 
posé de feuilles pourries, est ce qui rend le sol fertile. Qu'on le 
brûle et il ne reste plus que du sable, de la roche ou de la glaise 
qui ne donneront parfois que de pauvres récoltes, même malgré 
la richesse des cendres. 

Il est bien vrai que les terres neuves sont quelquefois aci- 
des et que le feu a la vertu de corriger ce défaut ; mais un 
simple feu de branches suffit à atteindre ce but. 

On pourrait même s'exempter complètement de brûler la 
terre neuve, en y répandant de la cendre ou de la chaux. 

Ce qui détruit l'acide, ce n'est pas en effet le feu lui-même, 
mais la potasse contenue dans la cendre que le feu donne. 

Ajoutons que, dans les bois francs ou même dans les bois 
mêlés oiî le bois franc domine, la veugle, c'est-à-dire la couenne 
de terre acide qu'on cherche à détruire par le feu, n'existe 
qu'assez rarement sur une épiasseur capable de nuire, et qu'il suf- 
firait souvent, pour avoir une bonne récolte sur ces terrains, de 
donner un bon coup de herse. 

D'autre part, le colon devant s'efforcer, comme on le verra 
tantôt, de cultiver des légumes la première année, et ce travail 
s'exécutant surtout à la pioche, on comprend que, même dans un 
terrain un peu veugleux, on pourrait s'en tirer sans brûler autre 
chose oue des branches et des ferdoches. 

L'heure venue de brûler, on réunit tout le gros bois en 
bûchers et on met le feu, en relevant à mesure les tas. Il vaut 
mieux brûler les tas qui sont près du chantier, le soir, et en 
toutes petites quantités à la fois, alors que le vent est tombé, par 
crainte des accidents. 

Inutile, au reste, de recommander la prudence : il suffit 
parfois d'une étincelle pour ruiner un homme. 

Il existe une autre méthode de défrichement (^u'on nomme 
l'abattis plat ; on l'emploie surtout dans les bois mous (sapiniè- 
res etc.) Ici, on n'efferdochera pas du tout. On abat tout le gros 
bois, arbre sur arbre, en ébranchant et en hillant à mesure, puis 



18 LE LIVRE DU COLON 

le printemps venu, on met le feu, après quoi on ramasse les 
billots qui restent, et on les met en tas pour les brûler. 

En usant de cette méthode, le colon gagne un peu de 
temps, mais court plus de risques d'abîmer sa terre ou d'in- 
cendier toute la région. 

Quelle que soit la méthode que vous employez, observez les 
quelques remarques suivantes : attaquez toujours l'arbre que 
vous voulez abattre par le côté où vous voulez qu'il tombe ; faite 
une bonne coupe jusqu'au cœur, puis, faite l'autre coupe 2 ou 3 
pouces plus haut. Veillez aussi à ce qu'aucune branche ne se 
trouve dans le chemin de votre hache i-pour cela, coupez d'abord 
toutes les ferdoches qui peuvent vous nuire. 

Si vous êtes plusieurs ensemble, criez au moment où votre 
arbre va tomber, pour prévenir les autres du danger. 

Ne travaillez pas trop rapprochés les uns des autres. Ne 
vous tenez jamais en face d'un camarade qui bûche. La hache 
peut se défaire ou lui srlisser des mains. 

Ne vous ambitionnez pas : un effort ou une foulure du poi- 
gnet est vite attrapée, et si une imprudence vous rend malade 
pendant quinze jours, vous serez moins avancé qu'avec le p'tit 
train va ïcin. 



Cultures de première année 

Le colon devra, la première année, semer autant de légu- 
mes que possible ; ça vient bien, ça ameublit la terre et ça vaut 
un labour. 

Il pourra, vers l'époque du retour des corneilles, faire une 
petite couche-chaude, avec une boîte ou des cales de cèdre bien 
rechaussées jusqu'au bord, et y semer un peu de tabac, de sala- 
de, de choux, de radis, de concombre, etc. Sa femme en pren- 
dra soin. Il se rappellera seulement que, quand le lard se 
vend 15 cents, un quart d'arpent de jardinage paie mieux que 
deux arpents d'avoine, et il ne craindra pas de donner un coup 
^iôe main à sa femme pour bêcher le jardin. 

Dès que les feuilles commenceront à pousser, il achètera 
une vache, une canadienne. Il lui attachera une clochette au 



LE LIVRE DU COLON 19 

cou et la mettra en pacage au bord du bois, après avoir fait une 
clôture (V embarras avec de moyens arbres abattus du même côté, 
les uns sur les autrej. 

Cette vache ne coûtera rien de l'été, donnera du lait, du 
beurre et permettra d'engraisser un cochon. Ce qu'on gagnera 
de ce côté vaudra déjà la moitié du prix de la vache. Le colon 
sèmera un arpent de légumes (patates, navets, etc), un peu de 
bié-dlnde et de citrouilles, puis le reste en avoine, soit seule, 
soit avec de la graine de mil. Il coupera cette avoine en vert : 
elle lui servira, avec les légumes, le blé-d'Inde et les citrouilles, 
pour hiverner si, vache. 

Disons d'abord nu'il ne faut pas, la première année, trop 
s'occuper des roches ou des souches. 

En travaillant la terre pour ensemencer, on se réserve 
quelques endroits où on jette les bouts de bois et les cailloux 
qu'on peut enlever à la main. 

Quant aux pierres et aux grosses souches qu'on ne pourrait 
remuer sans avoir un levier ou un cheval, on les laisse ; le temps 
en viendra bien à bout. 

S'il y a, devant la maison, quelques souches plus ou moins 
creuses qu'on veut faire pourrir au plus vite, on les remplit de 
terre et on y sème des capucines, de la verveine (verbena), de 
ia mignonnette, des graines de citrouille ou autres plantes qui 
lont touffe : c'est joli comme verdure, et puis ça entretient une 
fraîcheur qui fait pourrir le bois. 

Pour détruire les souches, on recommande encore le 
moyen suivant : 

Quand la souche est sèche, on y creuse, de haut en bas, un 
trou de 7 à 8 pouces avec une tarière ; on remplit le trou avec 
du pétrole, on bouche soigneusement ce trou, puis, au bout de 
quelques mois, quand le pétrole s'est bien infiltré dans toutes les 
fibres de la souche, on y met le feu. Mais cette méthode coûte 
cher et ne pourrait servir que TX)ur enlever les grosses souches 
qui nuisent trop aux alentours du chantier. 

Encore une fois, autant vaut attendre : au bout d'un 
an ou deux, trois au plus, la plupart de ces souches s'arracheront 
aisément avec un cheval ; la première année, le temps presse 
trop pour s'arrêter à ce travail. 



20 LE LIVRE DU COLON 

Courtes notions sur les grains, légumes, etc , 
utiles au colon 

Indépeudainment des notions que vous apprendrez en inter- 
rogeant des voisins ou en lisant le catalogue que je vous ai dit 
de demander au marchand de graines, voici quelques renseigne- 
ments qui pourront vous servir : 

Blé. — Doit-on recommander au colon de semer du blé ? Ca 
dépend : si vous êtes proche d'un moulin à farine, si votre terre 
est convenable, semez-en ; sinon, abstenez-vous ; cette culture, 
du reste, doit être limitée aux besoins de la famille, car vous ne 
pourrez guère en vendre ; c'est à vous de calculer toutes ces 
choses et de voir si ça vous paierait. 

Le blé vient bien dans les terres fortes bien égouttées ou 
dans nos terres franches ou légères bien ameublies, mais il pré- 
fère la terre forte. Il demande une terre bien exposée au soleil, 
car il lui faut beaucoup de chaleur pour mûrir \ un terrain 
abrité contre le vent du nord est préférable. 

Seigle. — Dans certains sols, le seigle peut être semé plu- 
sieurs années de suite sans trop fatiguer la terre, mais il est pré- 
férable de s'en exempter, parce que la première récolte vaut 
mieux que les suivantes et que cela peut favoriser la croissance 
des mauvaises herbes. 

Usages. — Mélangée à la farine de blé, la farine de seigle 
donne un bon pain de ménage, économique et soutenant. 

— On peut donner un peu de seigle aux animaux quand 
l'avoine est rare, mais pas trop souvent, car ça les affaiblirait. 
Coupé en vert, le seigle donne un excellent fourrage pour tout 
le bétail, mais surtout pour les juments poulinières. 

— La paille de seigle peut être donnée aux animaux, soit 
seule, soit avec un peu de foin : on en fait aussi des litières, des 
paillassons, des paniers pour les mouches à miel, ou on s'en sert 
pour couvrir les bâtiments. 

Orgei — On dit que l'orge convient à tous les climats : elle 
redoute cependant l'humidité prolongée et préfère une bonne 
exposition chaude. 



LE LIVRE DU COLON 21 

Usages. — Seule, la farine d'orge donne un pain grossier, 
mais on la mélange avantageusement, en petites quantités, à la 
farine de blé. L'orge non moulue fournit une excellente nour- 
riture aux volailles et au bétail; elle est plus rafraîchissante que 
l'avoine et convient mieux aux chevaux qui ne travaillent pas 
beaucoup en été. La paille est plus dure et moins nourrissante 
que les autres : il faut la mélanger au foin ou la garder pour 
faire des litières. Coupée en vert, l'orge donne un excellent 
fourrage. 

Avoine. — L'avoine s'accommode généralement de tous les 
terrains, mais il vaut mieux lui réserver les terres légères. 

Usages. — On peut faire moudre l'avoine en farine pour en 
faire de la galette, mais cette galette est noire et amère ; il vaut 
donc mieux réserver l'avoine pour le bétail. L'avoine augmen- 
te le lait des vaches ; elle donne aux cochons un lard ferme et de 
bonne qualité : elle engraisse bien les moutons et les volailles, 
qui pondent mieux et plus à bonne heure. La paille d'avoine 
convient aux chevaux, mais surtout aux vaches et aux moutons. 
Elle est très nourrissante et on. doit par conséquent éviter de la 
mettre en litière quand on peut faire autrement. Les vaches 
nourries seulement à la paille d'avoine finissent par donner un 
lait amer qui gâte le goût du beurre ; il vaut donc mieux varier 
la nourriture de ces bêtes. L'avoine coupée en vert donne un 
excellent fourrage. 

Sarrasin. — Le sarrasin redoute le froid, les grandes cha- 
leurs, les vents secs, les brusques changements de température ; 
il ne mûrit pas non plus régulièrement : c'est dire qu'il ne con- 
vient pas toujours au colon. Il peut venir dans les terres pauvres 
et maigres : il n'aime pas les terres trop fortes et humides ; les 
terres riches — et les terres neuves sont généralement très riches 
— le portent à donner beaucoup de pesats, mais peu de grain ; 
de plus, il prend plus de temps à mûrir. 

Usages. — On en fait une galette substantielle et économi- 
que ; bien préparée, cette galette n'est pas désagréable au goût et 
tient lieu de pain pour un très grand nombre de nos colons et 
voire même de nos cultivateurs. 

Non moulu, le sarrasin convient aux volailles, aux cochons 
tt aux chevaux. Son pesât est généralement donné aux moutons, 



22 LE LIVRE DU COLON 

mais c'est bien pauvre ; faute de mieux, on emploie ce pesât 
comme fourrage ou litière. 

BU d'Inde. — Pour mûrir, 1 eblé d'Inde demande encore 
plus de chaleur que le blé ; il faudra donc choisir des variétés 
très hâtives et les semer dans un terrain bien exposé au soleil et 
abrité du vent du nord. Les terres franches sont les meilleu- 
res, car le blé d'Inde redoute les terres trop fortes ou trop légè- 
res, la sécheresse et l'humidité. 

Sur une terre neuve, on sème généralement le blé d'Inde de 
3 pieds en 3 pieds, dans de petites fosses creusées à la pioche. 
On peut mettre dans quelques-unes de ces fosses, de 6 pieds en 6 
pieds, par exemple, une ou deux graines de citrouille avec les 
grains de blé d'Inde. 

Usages. — La farine de blé d'Inde sert à faire des galettes 
qui sont un peu sèches, mais soutenantes ; on en fait aussi des 
gâteaux {Jolinny cakes) : bouillie avec de l'eau et du lait, elle 
donne une bonne nourriture. On peut aussi la mé- 
langer à la farine de blé pour en faire du pain de ménage. Le 
Idé d'Inde en farine ou même en grain engraisse bien les cochons 
et les volailles. Il remplace avantageusement l'avoine pour les 
chevaux, mais il vaut mieux le casser, parce qu'il use les dents. 
Les bouettes de farine de blé d'Inde, seule ou mélangée de pa- 
tates cuites, conviennent aux vaches, aux bœufs de travail, aux 
moutons, etc. Les cotons de blé-d'Inde sont brûlés quand ils 
sont secs ou employés à faire de la fumée pour boucaner les jam- 
îions, la viande, etc; les feuilles de la tige et de l'épi sont données 
aux vaches. Celles qui sont les plus fines et les plus souples 
font d'excellentes paillasses ; les tiges, coupées en petits mor- 
ceaux, sont données aux vaches. Si vous en avez beaucoup, 
coupc-z-les de suite avec une hache, faites-les bien sécher à l'om- 
bre et à l'air, puis, mettez-les au grenier par petits tas ; durant 
l'hiver, vous en donnerez de temps à autre à votre vache, après 
les avoir fait tremper pendant quelques heures dans l'eau chau- 
de, avec un peu de sel. 

Enfin, vous trouverez plus loin, dans les recettes de la ména- 
gère, la manière de préparer le blé d'Inde lessivé. 

Poi<s. — Les pois viennent bien dans les terres neuves ; ils 
craignent cependant les sécheresses, les pluies T>rolongécs et les 



LE LIVRE DU COLON 23 

gelées suivies de chaleur. Les meilleures terres à pois sont les 
terres franches ; les terres fortes donnent plus de pesât qu'autre 
chose. 

Usages. — On connaît l'usage des pois en cuisine. Le pesât 
est donné aux ■"•aches et aux moutons ; les pois, moulus ou en- 
tiers, cuits ou crus, conviennent aux vaches, aux cochons et aux 
volailles. 



Prairies 



Prairias. — Plus encore que pour le cultivateur des vieilles 
paroisses, les prairies sont, dans une terre neuve, la base de toute 
culture sérieuse, parce que l'éloignement des marchés pousse le 
colon à l'élevage ; puis, parce que la main-d'œuvre est rare et 
chère, et puis, parce que, assez souvent, les terres, placées en dé- 
vallage, sont difficiles à labourer. 

Il faut donc soigner les prairies. 

Au Canada, on ne cultive guère d'autre foin que le mil ; 
c'est un tort, car le mil n'est pas toujours ce qui convient le 
mieux à une terre, et il existe peut-être une cinquantaine d'au- 
tres plantes qui donnent un excellent fourrage et rendraient de 
meilleurs services. Malheureusement, le colon n'est pas en état 
de faire des expériences, et puis, il compte surtout vendre un peu 
de fourrage aux marchands de bois qui n'achètent que du mil ; 
il faut donc en passer nar là en attendant mieux. 

Après avoir levé une récolte de légumes sur le terrain des- 
tiné aux prairies, on sème généralement le mil avec du grain : 
seigle, orge ou avoine. On préfère l'avoine qui se vend aux 
chantiers, mais l'orge favorise mieux le foin. L'automne venu, 
on récolte le grain eu ce n'est que l'année suivante que la prairie 
donne. 

Ici, laissez-moi vous recommander de ne pas imiter l'im- 
prévoyance de plusieurs cultivateurs des vieilles paroisses, qui 
maintiennent leurs prairies pendant dix ou quinze ans sans les 
relever — une prairie ne profite guère que pendant 4 ou 5 ans, 6 
au plus, et encore. 



24 LE LIVRE DU COLON 

Dès qu'elle commence à faiblir, il faut la laisser en pacage 
pendant quelques années, puis labourer, semer des légumes, avec 
fumier pendant un an ou deux, puis du grain, qu'on coupe en 
vert, et revenir au foin seulement quand la terre est redevenue 
propre et grasse. De la sorte, on se donne un peu plus de mal. 
mais on n'est pas obligé de défricher cinquante arpents de terre 
pour avoir le nécessaire à l'hiveruement du cheval, d'une couple 
de vaches et de cinq ou six moutons. 

En général, il vaut mieux faucher les prairies assez tôt pour 
que les mauvaises herbes n'aient pas le temps de mûrir et de 
s'égrener. Un coup de herse légère, donné au commencement 
de l'automne, aère bien le sol et y étend les bouses plus unifor- 
mément. 

Quand donc vous verrez la mousse, la verge d'or, l'oseille, la 
marguerite ou même les ferdoches, envahir votre pacage, il n'y a 
pas à hésiter ; il faut relever la pièce par un bon labour, enlever 
les souches pourries, épierrer, nettoyer, herser, répandre tout le 
fumier dont on dispose, herser encore puis semer des légumes. 
Aux gi'ands maux les grands remèdea Je vous conseillerais 
même de ne pas attendre aussi longtemps pour faire ce travail. 

On ne saurait trop recommander au colon de consacrer une 
bonne part de sa terre à la culture du trèfle, et surtout du trèfle 
blanc, alsike ou jaune ; on l'a vu réussir dans les régions les 
plus reculées du bas fleuve, et y donner des résultats très en- 
courageants. Semé en prairie, il donnera deux fortes récoltes. 
La première coupe fournira au bétail un aliment d'autant plus 
substantiel que ledit trèfle aura été coupé plus vert. Ce n'est 
pas l'habitude de faucher la seconde coupe. On prétend que 
cela épuise le trèfle. On peut cependant y mettre les animaux 
en pacage. Ajoutons que cette plante amende les terres au lieu 
de les épuiser. 

Un mélange de pois et d'avoine coupés verts fait un excel- 
lent fourrage. On recommande de semer de bonne heure le 
printemps. Un minot de pois avec deux minots d'avoine fait 
un mélange bien proportionné. On doit semer les pois environ 
une semaine avant l'avoine. 



LE LIVRE DU COLON 25 

Fourrages additionnels. — Vous ferez bien de donner des 
rameaux de pruche à vos animaux deux ou trois fois par semai- 
ne ; çà les réchauffe et c'est bon pour la santé. 

Je connais même des colons qui ont hiverné des vaches rien 
qu'avec cela, mais on conçoit que cette méthode n'est pas à re- 
commander. Les foins naturels qui poussent dans les marais 
et dans les environs de quelques lacs : foin de castor, foin bleu, 
foin plat, etc., etc., peuvent encore, rendre service au colon et 
Faider à hiverner ses bêtes. Même si vous avez du foin et des 
légumes, recueillez ces niantes si elles sont à votre portée ; ça 
mettra de la variété dans le régime du bétail, ça vous permettra 
de changer les litières plus souvent et ça augmentera d'autant les 
proportions de votre tas de fumier. 

Les feuilles de frêne, d'orme, de bois blanc (tilleul), de 
bouleau, de merisier, d'érable, de tremble, d'aulne, de chêne, de 
coudrier, de hêtre, et quelques autres moins communes, peuvent 
aussi vous aider à hiverner \7)tre bétail quand le foin est rare. 
Mais ces feuillages sont d'autant plus nourrissants qu'ils sont 
cueillis plus à bonne heure en été ou même à la fin du printemps. 
En défrichant, vous en ferez donc des fagots que vous mettrez 
debout et laisserez sécher à l'ombre et à l'air, et l'hiver venu, 
vous donnerez ces fagots au bétail. Il mangera les feuilles, et 
souvent même l'écorce. Avec un peu de foin, quelques légumes 
par-ci par-là, une bouette uour les jours de fête, cela lui suffira, 
faute de mieux. Il ne faut cependant pas abuser de 
ces feuillages qui, tous excepté l'érable, le tilleul (bois blanc), 
et le merisier, sont très échauffants, peuvent provoquer des bron- 
chites et diminuer le lait des vaches. 

Il ne faut donc recourir à ce moyen qu'en cas de malheur, 
car un colon doit savoir trouver sur sa terre le foin, la paille et 
les légumes voulus pour hiverner sou bétail. 



Récoltes. 



Notions. — Ici comme dans les autres chapitres, je ne puis 
que grouper quelques conseils généraux sous peine de donner à 
mon modeste volume les dimensions d'une encyclopédie. 

Aussi bien, pourrez-vous toujours recourir à l'expérience 



26 LE LIVRE DU COLON 

des anciens de la place, qui sont encore les meilleurs juges pour 
les détails de la pratique, et qui vous donneront de bons conseils 
sur la façon de faire une gerbe, une moyette ou une meule, de 
fabriquer un râteau, une fourche de bois, des liens en écorce 
d'orme ou de bois blanc, de battre au fléau, de vanner, de faire 
un brancard pour transporter vos récoltes si vous n'avez pas de 
voiture, etc. 

Surtout, n'ayez pas honte de demander un renseignement : 
la faute ne consiste pas à ignorer une chose ; elle consiste à né- 
gliger d'apprendre quand on le peut. 

Les foins. — Pour les foins, il ne faut pas craindre de fau- 
cher de bonne heure, c'est-à-dire aussitôt que la fleur du mil 
est à peu près formée. On obtient de la sorte un foin plus ten- 
dre, plus nourrissant et qui fatigue moins la terre. 

Frais coupé, le foin n'a pas peur de la pluie, mais s'il est 
à moitié sec, un orage suffit pour le gâter. 

La poussière grisâtre qu'on remarque souvent sur le foin en 
grange ou en meule provient de la moisissure qui s'y est déve- 
loppée parce que le foin a été engrangé sans être complètement 
sec. Cette poussière est très malsaine. 



Les légumes. — Pour avoir des patates nouvelles avant la 
grande récolte, grattez la terre au pied des plus belles tiges, 
choisissez les plus belles patates et recouvrez bien l'ouTerture 
en tassant la terre ; çà vaut mieux que d'arracher complète- 
ment la plante. 

La récolte générale se fait, chez les colons, avec une fourche 
à dents plates (brock). On laisse les patates sur le terrain pen- 
dant quelques heures pour qu'elles se ressuient, puis on les ra- 
masse le jour même afin d'éviter la rosée du soir, qui les porte- 
rait à pourrir. 

On les dépose ensuite sous un hangar, à l'abri de l'humidi- 
té de 'la rosée et des gelées possibles ; au besoin, on les recou- 
vre, le soir, avec un peu de paille, des branchages secs ou des 
sacs ; au bout d'une quinzaine de jours, après avoir remué les 
tas de temps en temps, pour que toutes les patates aient le temps 
de bien sécher, on les met en cave ou en caveau. On met des 



LE LIVRE DU COLON 27 

branches bien sèches ou des écorces sous les patates pour qu'elles 
ne touchent pas le sol de la cave ; on en met aussi sur les côtés 
ei en arrière du carré où elles se trouvent, pour les isoler. 
En observant ces quelques conseils, surtout dans les années hu- 
mides, on évitera la pourriture de ces tubercules. 

Au printemps, évitez de donner des germes de patates à vos 
animaux ; vous pourriez les tuer. 

Xe leur donnez pas non plus de patates pourries : la pour- 
riture n'est bonne que pour le fumier. 

Suivez les mêmes conseils pour les autres légumes récoltés : 
carottes, navets, betteraves, etc., à qui on recommande de laisser 
leurs racines. 

Les grains.— Le srain (blé, orge, seigle, avoine, etc.) se 
récolte quand la tige est jaune dorée et que le grain, assez bien 
formé pour ne plus s'écraser sous les doigts, se laisse cependant 
rayer par l'ongle. L'épi est alors d'un jaune blanchâtre. 

On récolte les pois quand les cosses, bien sèches, commen- 
cent à se tordre. On fauche ou on arrache les tiges ; on les 
laisse faner en brassées ou en javelles pendant cinq ou six jours, 
puis on les met en bottes nour les transporter. 

Quant au blé d'Inde, coupez-en la tige à deux ou trois pou- 
ces de terre, dès que le grain durcit et que les feuilles jaunissent, 
et mâtez-les en rang le long d'une clôture ou du chantier, au 
soleil, pour qu'il achève de mûrir en quelques jours ; après quoi 
vous arrachez les épis, que vous éplucherez en famille ou en don- 
nant une " épluchette " avec les voisins. Comme, à cette époque, 
l'herbe commence à être rare dans les pacages ou les bois, vous 
donnerez une brassée de tiges de blé d'Inde à votre vache tous 
les soirs à l'étable ; elle mangera les feuilles et laissera les tiges. 
Vous hacherez alors les tiges, vous les ferez bien sécher en les 
étendant au soleil pour les empêcher de chauffer, vous les met- 
trez ensui e au sec pour les donner au bétail en hiver, ainsi que 
je l'ai dit plus haut. Quant au grain cultivé pour être coupé vert, 
on le coupe dès que le grain est formé ; on. le laisse faner sur le 
champ, on le retourne pour activer le séchage, on le met en 
veilloches ou veillottes, et on le traite exactement comme le mil 
ou le trèfle. 



28 LE LIVRE DU COLOX 

Cette méthode de traiter le grain et de l'utiliser me semble 
celle qui, dans la plupart des circonstances, et surtout la pre- 
mière année, convient le mieux au colon qui a du bétail et qui 
peut s'exempter de vendre son grain. 



Bétail 



Le gros bétail, sur une ferme, comprend : les chevaux, ou 
bœufs de travail, les bêtes à cornes, les cochons et les moutons. 

Pour élever des chevaux et en faire un commerce, il faut 
d'abord des connaissances que vous n'avez pas plus que moi, sans 
doute, puis pas mal d'argent pour commencer. Il faut ensuite 
attendre plusieurs années avant que cela ne paie, et courir des 
risques que vous n'êtes pas en état de supporter. 

Il ne faut donc pas songer à l'élevage des chevaux. Ayez 
un ou deux bons chevaux de ferme — des canadiens autant que 
possible. — prenez-en soin, élevez les poulains que vous en obtien- 
drez, pour les vendre à l'âge de 3 ou 4 ans ; mais n'allez pas 
plus loin. 

Dans les vieilles paroisses, où on est proche du village et de 
la beurrerie. un gros troupeau de vaches peut rapporter de gros 
bénéfices en permettant au cultivateur de placer tout son lait et 
d'élever des cochons qu'il vend un bon prix ; mais, placé comme 
V0U3 êtes peut-être, à quelques milles du village et trop isolé des 
voisins pour songer à fonder une beurrerie ou une fromagerie, 
vous ne pouvez pas songer encore à l'industrie laitière; ce sera 
pour plus tard. 

Il peut, je le sais, y avoir des circonstances oii le colon 
peut garder plusieurs vaches avantageusement, mais ces circons- 
tances sont exceptionnelles. 

Ayez donc une, deux ou trois bonnes vaches — des canadien- 
nes autant que possible — pour les besoins de la famille et pour 
élever Quelques cochous, mais n'allez pas plus loin tant que vous 
serez éloigné d'un centre. 

— Mais, direz-vous, que reste-t-il à élever ? 

Il reste leB mondons. 

Quelques mots sur tout cela : 



LE LIVRE DU COLON 29 

Chevaux. — Quand on n"a pas d'argent, on ne fait pas ce 
qu'on veut, mais ce qu'on peut. 

Je n ai donc pas de conseils à vous donner sur le choix d'un 
cheval. Inutile de vous dire nu'un trotteur n'est pas ce qu'il 
faut. Tâchez seulement d'acheter un cheval qui a les pieds 
sains. Un cheval qui a d^ mauvais pieds ne fera jamais rien 
de bien bon dans les souches, les montagnes et les bordées de 
neige. Si vous pouvez trouver à acheter dans la région même 
où vous êtes, cela vaudra mieux. Enfin, faites pour le mieux, en 
profitant des occasions et en tenant compte des circonstances. 
Au reste, si vous n'avez nas beaucoup de charriage, ne vous pres- 
sez pas trop d'acheter un cheval que vous serez obligé de nourrir 
à ne rien faire. 

En été, le cheval peut, à la rigueur, coucher dehors, mais 
je vous conseille de lui bâtir une écurie au plus tôt. Le bois ne 
coûte rien, les voisins vous donneront un coup de main et vous 
serez tranquille ; un refroidissement est vite attrapé et $30 per- 
dues, pour un colon qui commence, c'est un désastre. 

Un vieux tapis, une couverte ou deux vieilles catalogues 
cousues ensemble, ou même des poches cousues de la même 
iaçon, pourraient, dans bien des cas, sauver la moitié de la valeur 
d'un cheval de $300. Dans les écuries qui ne sont pas bien 
finies, cette couverte est surtout d'une grande importance. 

Quand, le soir, on met son cheval, qui a travaillé toute la 
journée, dans une écurie froide, on est tout simplement cruel 
pour un serviteur utile. 

Par les temps froids, surtout lorsqu'il y a une tempête, 
frottez vigoureusement vos chevaux avec un bouchon de paille 
aussitôt qu'ils rentrent du travail, puis mettez leur la couverture 
sur le dos jusqu'au moment oii les poils sont secs. C'est le 
moyen de leur éviter une foule de maladies qui n'ont pas d'au- 
tres causes que la négligence sous ce rapport. 

Il ne faut pas donner au cheval une forte ration d'avoine 
au moment où il va travailler : c'est rendre sa digestion plus 
difficile et le rendre moins propre au travail. On doit donner 
ce supplément de nourriture la veille, quand on veut préparer le 
cheval à un surcroît de fatigue. Si sa ration du soir est aug- 



80 LE LIVRE DU COLON 

mentée, il pourra, le lendemain matin, fournir l'effort qu'on lui 
demande. 

La jument poulinière doit travailler tous les jours, mais 
sans excès. Quelques semaines avant qu'elle pouline, il est bon 
de lui donner une nourriture qui se digère aisément, telle que du 
grain moulu échaudé, du son de blé, de la moulée d'avoine, etc. 
Quand la chose est possible, il vaut mieux laisser l'animal en 
liberté, c'est-à-dire au pacage. 

Pour ajuster un collier à votre cheval, trempez ce collier 
dans l'eau jusqu'à ce qu'il soit bien amolli, puis passez-le au cou 
du cheval, bouclez ferme, et laissez sécher. On peut alors atteler 
la bête à une grosse charge ; de la sorte, le collier prend absolu- 
ment la forme du cou du cheval et ne le blessera jamais. 



Boeuf de travail. — En queloues régions, les colons emploient 
les bœufs à la place des chevaux ; cet usage a beaucoup de 
bon, parce que le bœuf convient mieux que le cheval aux tra- 
vaux de défrichement (loggage, charroyage, ésouchage. etc.), 
parce qu'il est plus persévérant, plus entêté à l'ouvrage et 
moins violent que le cheval. Ajoutons que, sur une terre neuve, 
un cheval court le risque de s'estropier, et que cet accident est 
un malheur d'autant plus grand qu'il est irréparable et repré- 
bcnte une ptTte sèche, tandis qu'un bœuf estropié peut toujours 
être engrai^^sé et vendu à la boucherie. 

Un bœuf a, de plus, l'avantage de coûter moins cher d'en- 
tretien qu'un cheval et de manger des herbages qui ne convien- 
nent ])as à celui-ci. 

Cela ne veut pas dire qu'il faille se contenter de lui donner 
des pesats, mais cela veut dire qu'avec une nourriture moyenne 
un bœuf donnera plus de travail utile qu'un cheval. La nour- 
riture qui convient au bœuf de travail est à peu près celle qui 
convient aux vaches, mais il faut lui donner moins de nourri- 
ture liquide, parce que cette nourriture, qui, chez la vache, favo- 
rise le lait, a, chez le bœuf, le défaut d'affaiblir. 



LE LIVRE DU COLON 31 

Du foin sec, des bonnes pailles, un peu de grain par ci par 
là, quelques bouettes, des racines (betteraves, patates, etc.), 
voilà donc ce que le colon servira de préférence à son bœuf. Il 
aura soin aussi de l'étriller de temps en temps — au moins trois 
fois par semaine, — non seulement parce que c'est propre et que 
la propreté est le plus bel ornement d'une étable bien tenue, mais 
parce que ce pansage favorise la croissance du bœuf, lui fouette 
le sang, augmente son appétit, le réveille, et par conséquent le 
rend plus alerte, plus vigoureux et plus apte à donner un bon 
service. Soignez donc votre bœuf comme si c'était un cheval 
pur sang, et vous en serez content. Ici comme partout, vous en 
aurez pour votre argent — beaucoup si vous donnez beaucoup de 
soins, presque rien si vous lésinez. 



Vache à lait. — La vache à lait, surtout notre brave cana- 
dienne, est le trésor du colon ; mettez-vous cela dans la tête une 
fois pour toutes. 

Lait, beurre, fromage, fumier, veaux, viande de boucherie, 
cuir, débris animaux propres à engraisser la terre, la vache donne 
tout cela, et elle épargne à elle seule bien des dix piastres qu'il 
faudrait autrement consacrer à acheter du lard, du beurre, des 
chaussures, etc. 

Très sobre, la vache canadienne trouve facilement dans les 
bois francs une nourriture succulente et s'hiverne facilement 
avec de la paille ou du foin de seconde qualité et des légumes. 

Les citrouilles, les choux de Siam, les betteraves, le blé 
d'Inde à vache, les panais, les carottes, les patates, lui convien- 
nent admirablement. Surtout n'ayez pas peur de la bien nour- 
rir, de la traiter comme un bon serviteur et comme un ami qui 
vous rend d'immenses services. Les colons qui laissent leurs 
vaches dépérir pendant l'hiver ne feront jamais rien de bien bon. 
Que votre étable soit chaude et surtout bien éclairée. L'obs- 
curité est l'âme des maladies. 

Si vous mettez du foin dans le grenier de votre étable, veil- 
lez à ce que les plafonds de celui-ci soient bien ajustés ; si vous 
ne pouvez avoir des plafonds embouvetés, étendez au moins des 



32 LE LIVRE DU COLON 

écorces ou même des vieilles orazettes sous votre foin, pour em- 
pêcher la poussière de passer à travers les fentes et de tomber 
dans retable. Cette noussière non seulement salit vos bêtes, 
mais leur pénètre dans les yeux, les narines, la gorge, les rend 
malades et peut favoriser la tuberculose ou des bronchites per- 
nicieuses. 

L'automne venu, entrez quelques brouettées de terre bien 
sèche dans votre écurie ; mettez cette terre dans un entre-deux, 
et toutes les semaines ^ :as en mettrez quelaues pelletées sous la 
litière de vos vaches. Certaines tourbes absorbent aussi les uri- 
nes d'une façon remarquable et on augmentera de la sorte les 
engrais en les améliorant. Ne négligez pas non plus les litiè- 
res elles-mêmes, chançrez-les souvent ; pour cela, faites-en une 
bonne provision. Les matières suivantes peuvent, à part les 
pailles et les pesats. servir de litières : terre sèche, fanes de 
pr tates. roseaux, fougères, framboisiers, joncs, sciure de bois 
(surtout la sciure d'épinette, de pin ou de sapin), et les feuilles 
mortes mêlées à de la naille. 

Il ne faut pas négliger de donner du sel aux vaches : elles 
doivent en avoir tous les jours. 

Un cultivateur recommande le sel pour les vaches qui s'é- 
touffent en mangeant : "• Ma vache, ajoute-t-il, s'était étouffée 
en mangeant une citrouille. Lui tenant la tête en l'air et sa 
langue de côté, je mis dans sa gueule une poignée de sel commun 
et je la tins dans cette position pendant une minute afin que le 
sel pût descendre dans la gorge. Elle paraissait presque morte, 
mais l'obstruction disparut et maintenant elle est bien. "" 

En hiver, donnez de l'eau dégourdie à vos vaches au lieu de 
leur donner de l'eau glacée. 

Il y a quelques années, on a fait à ce propos l'expérience 
suivante : en hiver, deux vaches d'une même fécondité laitière 
ont été mises au même réeime et à la même nourriture, mais à 
la première on donna de l'eau froide tout le temps, tandis qu'à 
If. seconde on ne donna que de l'eau dégourdie. Celle-ci. c'est- 
à-dire celle qui ne buvait que de l'eau dégourdie, a donné un 
tiers de plus de lait que celle qui n'avait eu que de l'eau froide. 

On a reconnu, d'après plusieurs observations sérieuses. 



LE LIVRE DU COLON 33 

iju'en moyenne le terans de gestation d'une vache dure 9 mois 
et 7 jours. 

(On comprend par le mot gestation le temps qui s'écoule 
depuis l'époque de l'accouplement jusqu'au vêlage.) 

Cette observation peut être utile à ceux qui veulent 
avoir des veaux à telle ou telle époque de l'année plutôt qu'à 
telle ou telle autre, ou qui veulent avoir du lait l'hiver. 

Dans ce dernier cas, on recommande de faire vêler les va- 
ches en octobre, novembre ou décembre ; l'accouplement devra 
donc avoir lieu environ 9 mois avant l'une ou l'autre de ces épo- 
oues, c'est-à-dire en janvier, février ou mars. 



La cause la plus commune de l'avortement des vaches, est 
la nourriture endommagée par la moisissure ou'on leur donne 
parfois. Les moisissures sont toujours plus ou moins poison et 
suffisent en général pour affecter une vache pleine. 

Il faut souvent rattacher à cette mauvaise nourriture les 
maladies qui attaquent les troupeaux et qui font croire qu'on a 
affaire à une épidémie ou à un sort. La plupart du temps, c'est 
l'habitant lui-même qui se jette un sort en traitant son bétail 
comme s"il était payé pour le maltraiter. 



Pour les vaches oui perdent leur lait, on recommande 
de faire prendre aux trayons un bain d'eau dans laqiiello 
on a fait bouillir du tan ou de l'écorce de pruche ou 
d'aulne. Si la vache est rétive, on fera une pommade avec du 
tan et de la graisse et on en graissera les trayons. 

Laiterie. — Aussitôt que vous aurez une vache, tâchez de 
trouver le moyen de vous faire une bonne laiterie. Bâtissez-là 
sur un buton ou faites une rigole autour en rejetant la terre 
en dedans. Mettez la laiterie du côlé nord, exposé au froid, mais 
r. l'ombre autant que possible. 

Recouvrez-là en cales, puis mettez un rang d'écorces, puis 
un pouce ou deux de terre, puis un autre rang d'écorces retenues 
par des perches ou des quartiers de bois. Laissez un " ventila- 



34 LE LIVRE DU COLON 

leur '"' jDour aérer rintériour, ou faites-en un en perçant de part ^ 
en part deux ou trois trous de tarière, en arrière de la laiterie 
et aussi haut que possible. Si vous trouvez de belles pierres 
plates, dallez l'intérieur, à moins que vous n'a}-ez de la glaise 
ou du mortier ; en ce cas, foncez la laiterie en béton — mais mé- 
nagez une j)etite rigole "nour laisser sortir l'eau quand vous la- 
verez ou qu'il se répandra du lait. 

A la sortie de la rigole, mettez des roches et des branches 
pour empêcher d'entrer les souris, mais laissez assez de petits 
trous pour laisser circuler Tair. 

Il ne faut pas mettre l'intérieur de la laiterie en communi- 
cation avec un drainage dont les mauvaises odeurs nuiraient à 
vos produits laitiers. 

Inutile de vous dire que la laiterie, c'est pour le lait, le 
beurre et la crème, mais rien de plus, et que l'huile à lampe, le 
tabac, les légumes, ne peuvent s'y mettre sans empester le lait 
et donner au beurre un goiit désagréable. 

Si vous avez quelques objets à mettre à l'aigri, faites plutôt 
un petit hangar ouvert, avec des écorces étendues sur des tra- 
verses couchées sur des fourches. 

Moutons. — Il y a de l'argent, beaucoup d'argent à faire sur 
une terre neuve, avec des moutons. 

Un journal américain dit à ce propos : 

" Il faut peu pour les nourrir et ils vivent largement avec 
" ce que les autres bestiaux ne mangent pas. Ils donnent des 
" profits rapprochés : agneaux et laine tous les ans. Une 
" bonne brebis donnera environ huit livres de laine qui, à 25 
" cents la livre, donne un total de $2.00. Un agneau devra peser 
" 100 livres à quatre mois et demi et se vendre $3.00 (aux Etats, 
" ils se vendent $5.00). Ainsi les moutons donne un revenu de 
" $5.00 par an. Après avoir soustrait la valeur de leur nourri- 
'' ture, il y aura un bon profit. " 

Le mouton a de plus la réputation de manger plus de 500 
espèces de mauvaises herbes, tandis que les chevaux, les vaches 
et et les cochons n'en mangent que quelques-unes. Mais pour que 
les moutons paient, il faut les soigner un peu mieux que ne le 
font généralement les cultivateurs des vieilles paroisses. 

Avec un bon stock d'animaux de choix — des canadiens tou- 



LE LIVRE DU COLON 35 

ijours. — tic bons pacages et imc l)onne bergerie bien sèche et ré- 
gulièrement nettoyée an moins denx fois par semaine, on peut 
tenter l'aventure et on trouvera qu'il y a plus de profits de ce 
côté ou'avec un troupeau de bêtes à cornes. 

Quand la région sera plus avancée, on pourra peut-être en- 
treprendre autre chose, mais en attendant, il vaut mieux n'avoir 
qu'une ou deux vaches, les chevaux strictement nécessaires, quel- 
ques cochons et des moutons, des moutons et des moutons tant 
qu'on en peut nourrir. 

(Il est cependant bon de vous dire qu'ici comme ail- 
leurs il faut réfléchir avant d'agir, et qu'il existe des régions où 
l'élevage du mouton ne conviendrait pas et serait plus désas- 
treux ou'utile. En ce dernier cas, il faut plutôt s'efforcer d'a- 
grandir son stock de bêtes à cornes, en autant qu'on peut profita- 
])lement en écouler les produits. 

Autant que possible achetez vos moutons reproducteurs 
(bélier, brebis) dans la région même où vous êtes établi ; ils 
sont jjIus acclimatés et par suite souffriront moins du change- 
ment. Les bêtes communes : moutons canadiens, croisés, etc., 
peuvent donner de beaux profits. Le SliropsJiire est aussi 
très estimé et me paraît devoir convenir tout particulièrement 
dans les bois en attendant que nos grands éleveurs parviennent à 
perfectionner la race canadienne, qui a toutes les qualités vou- 
lues pour devenir la meilleure. 

Mais on conçoit qu'un colon ne peut songer à ces expérien- 
ces. Tous prendrez donc ce que vous trouverez; vous garderez les 
brebis les plus belles en vendant les autres, vous changerez le 
bélier de temps à autre en achetant toujours meilleur, et avec un 
] eu de soin et d'intelligence, vous aurez bientôt un beaii troii- 
peau qui vous paiera plus, en consomnumt tous les produits de 
votre ferme, que si vous n'aviez d'autre ambition que celle de 
ruiner votre terre pour fournir de l'avoine et du foin au mar- 
chand de bois. Ici, comme partout, commencez doucement, étu- 
diez bien votre affaire, lisez, observez, et vous verrez ! 

;!< * ^ 

La laine des moutons dépend non seulement de la race de 
ces animaux, mais encore de la nourriture qu'on leur donne. 



36 LE LIVRE DU COLON 

Des moutons nourris avec du bon foin et des légumes, ou 
mis dans de bons pacages, donneront une laine abondante, riche, 
égale, tandis qu'en les laissant ronger la porte des étables ou 
manger du mauvais pesât on n'aura qu'une laine dont le brin 
sera inégal et qui ne vaudra pas cher. 

Les moutons sont une banque ; ils payent en proportion de 
ce qu'on leur donne et ne sont pas obligés de faire des miracles. 

Les moutons a qui on donne régulièrement un peu de sel 
produisent une laine beaucoup plus soyeuse et plus longue. Le 
tel, d'ailleurs, est bon nour tout le bétail. 

Cochons. — Aussitôt qu'il aura une vache, quelques légumes 
et un peu de grain, le colon achètera un ou même deux jeunes 
cochons, qu'il nourrira avec les produits de la ferme, en évitant 
autant que possible de recourir aux achats de moulée, qui lui 
mangeraient beaucoup de ses profits. 

Les cochons doivent être logés dans un compartiment bien 
aéré et propre : le cochon, malgré sa renommée, ne dédaigne pas 
la propreté. 

Essayez, et vous verrez que les cochons entretenus propre- 
ment engraisseront mieux et plus vite et donneront un meilleur 
lard que ceux qui logent dans la pourriture. 

Xettoyez donc la souille aussi souvent qu'il le faut, donnez 
à vos cochons de la paille fraîche ou des pesats en litière, de 
l'eau propre, et vous m'en direz des nouvelles. 

Le mode le moins coûteux et le meilleur de garder des co- 
chons en été, c'est de les mettre au pacage. Il faut avoir soin 
de leur faire un petit abri cdntre le soleil et les vents les plus 
froids, et de leur donner beaucoup d'eau pure et fraîche. Avec 
cela, de la bonne herbe, du petit lait ou lait écrémé et les restes 
de la cuisine, un cochon se tiendra en bon état et donnera une 
viande saine, profitable et de bon goût. Il ne faut même pas avoir 
peur de laisser les cochons pacager dans le bois, surtout s'il y a 
(lu hêtre ou du chêne dans les environs. Les cochons s'y nour- 
riront de faînes et de glands et reviendront tous les soirs, surtout 
Si vous leur donnez régulièrement une petite bouette et si vous 
lef traitez comme il faut. 

Plusieurs cultivateurs ont l'habitude de suranner les co- 
chons dans le but d'obtenir une plus grande pesanteur chez ces 



LE LIVRE DU COLON 37 

animaux, c'est-à dire qu'ils gardent ces animaux jusqu'à l'âge de 
15 à 18 mois. Ils leur donnent peu dé nourriture en été, et 'en 
hiver tout juste ce qu'il, faut pour les empêcher de crever de 
faim. C'est un mauvais calcul : un jeune cochon de 10 mois 
qui est toujours bien nourri coûte moins cher et pèse souvent au- 
tant qu'un cochon de 18 mois qui a eu de la misère pendant un 
an. 

Si vous hivernez quelques cochons (reproducteurs, etc.), 
veill'jz à ce que votre porcherie soit suffisamment chaude et con- 
fortable pendant l'hiver ; car les porcs souffrent beaucoup plus 
qu'on ne le croit généralement du froid et du manque de soin. 



Il n'y a pas beaucoup d'avantage à donner du son au porc 
et on doit ne leur en donner qu'en autant qu'on est à court d'au- 
tre chose. Le porc mange assez bien le son, mais ça ne lui pro- 
fite pas beaucoup. 

D'aucuns prétendent que le son, quoique peu nutritif, a sa 
valeur, à cause des propriétés purgatives qu'il possède. Il serait 
bon de vérifier par l'usage, et de limiter l'emploi du son aux cas 
011 il semble donner de bons résultats. 

Tl n'y a pas de me'lleure nourriture pour les jeunes cochons 
qui commencent à manger seuls que la bonne avoine battue. Si 
elle leur est donnée seule et sèche, ils la mâchent pour en man- 
ger l'amende, mais trouvent le moyen de ne pas avaler l'enve- 
loppe. 

Toute nourriture donnée au cochon qu'on va tuer, douze 
heures avant qu'on le tue, est perdue, et elle rend la chair plus 
Eujette à chauffer. Les intestins, plus gonflés, sont aussi plus 
difficiles à sortir de la carcasse. One ne doit pas non plus faire 
boire les cochons le matin de la boucherie. Il est important de 
les tuer vivement. Plus vite ils meurent et sont débarrassés de 
leur sang, meilleure est la viande. 

Les cochons tués au commencement de l'hiver, quand le 
temps est assez froid pour qu'ils puissent se refroidir en une 
nuit, se conservent mieux que si on les tue plus tard, quand ils 
courent le risque de geler. Si la viande gèle, elle renfle et se 
remplit d'air. Mi^ en baril dans ces conditions, la viande se 



38 LE LIVRE DU COLON 

gâtera. Quand on met la viande en baril avec les côtes et les os, 
elle se conserve mal pendant les chaleurs, parce qu'il y a tou- 
jours de l'air autour des os et que cet air favorise la décomposi- 
tion. 11 est impossible de conserver du lard dans un baril qui 
a déjà renfermé du bœuf, mais on peut garder du bœuf dans de 
vieux barils à lard, pourvu qu'on ait le soin de les ébouillanler. 

Basse-Cour 

Dès qu'il le pourra, le colon fera bien de s'acheter des pou- 
os ; cela ne coiXte pas cher et pourvu qu'on se donne la peine 
4' <?n avoir soin, elles sont d'un bon rapport. 

D'habitude on en laisse le soin à la ménagère ; c'est un tort, 
le colon lui-même devrait surveiller la basse-cour, netto3-er sou- 
vent le poulailler, le clôturer proprement, etc. 

Quelques dindons et dfs oies complètent bien une basse- 
cour. 

Si vous avez de l'eau à portée des bâtiments, un ruisseau, un 
petit lac^ une grenouillère, vous devriez avoir quelques canards. 
Ca coûte peu et ça i^aie d'autant. 

Bâtissez-leur une cal)ane sur un terrain sec. donnez-leur 
une bouette de temps à autres et laissez-les faire : ils trouveront 
leur vie à barbotter et à numger des loches, des insectes, des gre- 
nouilles, des vers, des chenilles, de la grassette, des miettes, 
de la folle avoine, etc., etc. 

Choisissez seulement de gros canards lourds : ils ne seront 
pas tentés de s'envoler avec les canards sauvages, qu'ils attire- 
ront, au contraire, et que vous pourrez tuer au fusil si vous êtes 
adroit. 



On recommande de mettre des ripvcs de bois dans les pou- 
laillers, parce qu'elles tiennent les volailles plus chaudement, et 
parce que l'odeur du bois chasse la vermine. En outre, les rippes 
pourrissent plus lentement que la paille, et le fumier qu'on ob- 
tient de cette façon convient très bien aux terres fortes. 

Une poule ordinaire neut pondre environ GOO œufs dans sa 
vie. 



1 



LE LIVRE DU COLON 39 

La 1ère année, elle pond de 16 à, 20 œufs. 
La 2e année, elle pond de 100 à 120 œufs. 
La 3e année, elle pond de 120 à 135 œufs. 
La 4e année, elle pond de 100 à 115 œufs. 
La 5e année, elle pond de 60 à 80 œufs. 
La 6e année, elle pond de 50 à 60 œufs. 
La 7e année, elle pond de 35 à 40 œufs. 
La 8e année, elle pond de 15 à 20 œufs, 
La 9e année,, elle pond de 1 à 10 œufs. 

Il n'y a donc pas de profit à garder des poules plus de 
quatre ans. 

Plusieurs poules ont le défaut de manger dos oeufs. Il 
suffit, pour les dégoûter à jamais de cette habitude, de faire 
tremper dans l'huile de charbon (huile à lampe) deux ou trois 
œufs qu'on laisse à leur portée. 

Pour détruire la vermine d'un poulailler ou l'empêcher d'y 
venir, il suffit de barbouiller de temps en temps les juchoirs, 
nids, etc., avec un peu d'huile de charbon. On en met aussi un 
peu dans les plumes des volailles qui ont des poux ; ça ne les 
incommode pas. On met aussi de la cendre dans des boîtes en 
bois à portée des poules. On blanchit à la chaux, chaque année, 
le poulailler. 

Engrais et fumier 

Aussitôt qu'il aura bâti son écurie, le colon choisira une 
place bien sèche pour y mettre le fumier. S'il peut recouvrir 
cet endroit avec un toit d'écorce ou de croûtes, tant mieux. 

On dit bien que les terres neuves n'ont pas besoin d'être en- 
graissées, parce qu'elles sont déjà riches en humus, ou en ter- 
reau. ]\rais c'est comme si on disait qu'un millionnaire n'a pas 
besoin d'argent. 

Ce n'est pas quand une terre est ruinée qu'il faut songer à 
l'engraisser, et le colon qui se mettra cette vérité-là dans la tête 
dès la première année n'aura jamais besoin de vendre sa terre 
pour émigrer. 

. Prenez donc pour ligne de conduite de payer vos dettes. 

I Quand vous enlevez une récolte à votre terre, c'est un emprunt 



40 LE LIVRE DU COLOX 

eue vous lui faites, car vous lui prenez un peu de sa richessg. Eu 
la payant de suite, en bon fumier, vous êtes quitte, mais si vous 
attendez deux, quatre ou dix ans, vous aurez à payer des intérêts 
tellement élevés que vous n'en finirez plus. 

Donc, dès la première année, dites vous que votre tas de 
fumier est un petit Klondyke ; ayez-en soin comme d'un trésor 
et vous n'aurez jamais besoin d'acheter des engrais chimiques de 
$30 à $40 la tonne, conune on le fait dans les vieilles paroisses 
pour ramener des terres épuisées, parce qu'on a attendu trop 
longtemps avant de les engraisser. 

Un cul.ivateur peut se passer de ces engrais chimiques s'il a 
soin, dès le commencement, de ramasser tous les engrais qui se 
trouvent à sa portée : cendres, suie de poêle, os, raclures de rigo- 
le?, fruits pourris, mauvaises herbes, sarclages, feuilles mortes, 
bran de scie, balayures, déchets de boucherie, vieilles guenilles, 
pailles pourries, etc., et d'arroser ces monceaux de richesses avec 
des eaux de lessive, eaux de savon, eaux sales de toute sorte, 
urines, etc., sans parler que ça tiendra les alentours de la maison 
beaucoup plus propres. On recommande à ce propos de placer un 
vieux baril à la porte de la cuisine pour y jeter tous les déchets, 
et quand le baril est plein de le verser sur le tas de fumier. Ajou- 
tez de temps en temps un peu de terre à ce tas d'ordures : ça le 
grossira d'autant, et bientôt la masse entière vous donnera un 
compost d'autant meilleur que la terre absorbe mieux les gaz et 
les sels, qui s'évaporeraient sans cette précaution. 

Encore une fois, songez à cela dès maintenant : plus tard 
il sera trop tard de reconnaître que sans engrais on ne peut rien 
faire en agriculture. Auprès de ce tas de fumier, ou en tout 
autre endroit convenable, placez des latrines. En attendant 
mieux, contentez-vous d'une boîte d'emballage dans laquelle 
vous percez un ou deux trous, et dans laquelle vous mettez une 
couche de fumier de cheval ou de terre pour absorber les urines. 

En mettant une bonne cramne de fer à un bout de cette 
boîte, vous pourrez la faire traîner par un cheval sur une de vos 
pièces de terre pour la vider. Afin d'empêcher les mauvaises 
odeurs qui peuvent se répandre du tas de fumier ou des latrines, 
vous pourrez y jet r de temps en temps un peu de charbon de 



, LE LIVRE DU COLON 41 

bois, écrasé en poudre. Remarquons, en passant, que, pour cette 
opération, la tourbe ou la terre de savane est préférable. 

Contrairement à ce que font plusieurs colons, ne mélangez 
pas vos cendres avec le fumier de vos étables, mais recueillez-les 
soigneusement à part. Vous n'ignorez pas que c'est un engrais 
merveilleux, mais encore faut-il en avoir soin. La cendre qui a 
servi à la lessive mérite aussi d'être conservée pour engrais ; elle 
convient surtout aux jardinages et aux prairies. Surtout, n'allez 
,iamais vendre votre cendre à moins d'y être forcé par 
une extrême nécessité, car ceux qui vous l'aclièteraient même au 
prix de 25 cents le minot seraient les j3remiers à se moquer de 
vous. 



42 LE LIVRE DU COLON 



2e PARTIE 



LES PETITS RUISSEAUX 

Après avoir parlé installation, construction, défrichement, 
semences, récoltes, bétail, etc., et parcouru rapidement la no- 
menclature des travaux ordinaires du colon, je m'en vais main- 
tenant, mon cher ami, vous parler de ce que nous appellerons 
les petits ruisseaux du colon. 

Vous n'ignorez pas que les petits ruisseaux, en se réunissant, 
font les petites rivières, et que les petites rivières, en se réuni s- 
SL'nt entre elles et à d'autres petits ruisseaux, font de grandes 
rivières. Il en est ainsi de l'argent : trente sous par-ci, trente 
sous par là, ça finit par faire des piastres, et piastre par-ci, pias- 
tre par-là, ça finit par faire une petite rente. 

Je m'en vais donc vous indiquer quelques petits ruisseaux, 
et, comme Canadiens, nous allons donner la place d'honneur à 
ce qui, pour nous, la mérite le plus, c'est-à-dire au sucre du pays. 

Sucre et sirop d^èrablc 

S'il existe des érables sur votre lot, je vous recommande 
donc de vous garder une belle grande sucrerie. Surtout, ne faites 
jamais la bêtise de la culbuter pour faire du bois de corde, car en 
supposant même que vous ne soyez qu'à un mille des chars, le 
bois de corde, quand vous avez payé votre temps, le charroyage, 
la taxe du gouvernement, le fret à bord des chars et le reste, 
vous coûte, à vous, quatre piastre la corde et ne vous laisse qu'un 
bénéfice de 10, 15 ou 25 cents au plus, qui ne vous arrive qu'après 
5, 6 ou 7 mois. Et remarquez que je ne compte pas, dans vos 
dépenses, la valeur du bois lui-même ; or, il vous faut, en moyen- 
ne, trois érables pour une corde de bois fendu de 3 pieds 3 pou- 



LE LIVRE DU COLON 43 

ces de long. Voilà donc trois érables pour trente sous, et c'est 
fini : vons restez avec des roches, car une sucrerie est générale- 
ment rocheuse. Or, avec du soin, un seul érable va vous donner 
ça tous les ans, trente sous, pendant 10, 20, ou 40 ans, sans beau- 
coup de travail, sans peine, et sans vous empêcher de consacrer 
aux cultures les autres parties de votre lot. 

Aux Etats-Unis, on fait jusqu'à 40 et 50 cents de profit net 
par érable et par année. , 

Gardez vous donc une belle sucrerie et plaignez ceux qui ne 
feront pas comme vous. Surtout ne dites pas : J'ai beaucoup 
trop de bois, ma terre est grande, je n'en verrai jamais la fin, etc. 
Ce langage est insensé. 

Il y a un -oroverbe qui dit : '^ Les fous et les enfants s'ima- 
ginent que 20 sous et 20 ans ne finissent jamais. " 

Eh bien, il faut ranger parmi ces gens-là le colon qui croit 
cu'une terre de 100 acres en bois debout n'a pas de bout. 

Etudiez donc cette question, faites d'abord un peu de sucre 
et de sirop pour la famille ; plus tard, vous vous achèterez une 
bouilloire, des chalumeaux et des chaudières ; plus tard encore, 
quand vous serez en moyens et que vous connaîtrez bien votre 
iiiïaire, vous vous achèterez un évaporateur Champion ou un 
autre, puis, vous effardocherez tranquillement votre sucrerie, 
puis vous y sèmerez un peu trèfle alsike ou de mil pour y faire 
pacager vos moutons en été, et un beau jour, vous vous aperce- 
vrez qu'un arpent de sucrerie vous paie mieux que deux arpents 
d avoine ou de mil et que 5 arpents de forêt abattus en bois de 
ccrde. 

Calculons, en effet, un peu : 

Un érable ordinaire rapporte environ un gallon de sève par 
jour. 

Il faut environ 22 gallons de sève pour faire un gallon de 
sirop de 13 livres au gallon. 

En supposant que la saison des sucres dure quinze jours, 
une sucrerie de 200 érables donnera donc 3000 gallons de sève 
qui donneront 135 gallons de sirop ; ime sucrerie de 2000 érables 
donnera donc 1350 gallons de sirop qui, en bidons, se vend $1.00, 
$1.25 et même, quand il est extra, $1.75 le gallon. 

Tous voyez qu'il y a de l'argent de ce côté, surtout pour 



4-1 LE LIVRE I>U COLON 

VOUS qui n'avez rien à faire durant cette saison et qui n'avez pas 
cher à payer pour le bois. 

]\Iais ici comme ailleurs, commencez doucement et prudem- 
ment : il ne faut pas compter sur les millions en arrivant. Etu- 
diez seulement votre affaire, so3'ez business, et dans quelques 
années, vous verrez ! 



On peut encore faire ini excellent sirop avec la sève de dif- 
férents bouleaux, mais surtout avec celle du bouleau-merisier, 
qu'on appelle communément merisier rouge. 

La manière de procéder est exactement la même que pour 
le sirop d'érable : on fait bouillir proprement la sève, et voilà 
tout : l'habitude est ici le grand maître. Seulement, il faut, 
pour le merisier, beaucoup plus de sève qu'avec l'érable pour ob- 
tenir le même quantité de sirop. 

Un merisier de bonne taille, au reste, donne jusqu'à 10 gal- 
lons d'eau par jour, ce qui nécessiterait des vaisseaux particu- 
liers pour opérer en grand. 

Ce sirop de merisier, pris en petite quantité, 2 ou 3 cuille- 
rées à thé par jour, est un excellent remède contre les rhumes, 
bronchites, coqueluches, etc. Vous ferez donc bien d'en faire 
chaque printemps un ou deux gallons au moins pour votre fa- 
mille. C'est d'autant plus facile que le merisier ne commence 
à couler qu'après les érables. 

On fait encore, avec la sève d'érable ou de merisier, du ^'ïw, 
du vinaigre, des liqueurs, etc., mais ces choses ne sont pas encore 
assez populaires pour que vous puissiez compter dessus, et ça de- 
mande un matériel auquel vous ne poiwez pas encore songer 

Aussi bien, espéré-je pouvoir vous en parler plus longue- 
ment un jour, dans un petit livre que je compte écrire expressé- 
ment sur ce sujet. 

Plantes médicinales 

Indépendamment de ces deux ruisseaux qui, bien qu'ils ne 
coulent qu'au printemps, donnent déjà pas mal d'eau — et de la 
sucrée — il en existe encore d'autres et nous allons les rechercher. 

Dans les bois, il y a des centaines d'espèces de plantes qu'on 



LE LIVRE DU COLON 45 

ne connaît pas, mais dont les médecins se servent pour guérir, 
ou du moins pour soigner leurs malades. Aujourd'hui, on fait 
venir ces plantes de loin, sans se douter qu'on les possè- 
de au pays, mais il faut espérer qu'on finira par être plus pra- 
tique. , 

En attendant, vous pouvez toujours tirer parti de quelques- 
unes de ces plantes. 

La savoyanne, par exemple, que vous connaissez déjà sans 
doute, ou que le premier vieux colon que vous interrogerez vous 
fera connaître, se vend bien aux pharmacies. On se sert surtout 
de la racine. Cette racine est d'un jaune vif et assez touffue. 

La savoyanne étant très commune dans les bois un peu sa- 
blonneux et frais, vous aurez donc vite fait d'en cueillir quel- 
ques livres. , 

Si vous avez des enfants, ils feront facilement cette beso- 
gne : cela paiera mieux que de chasser les écureuils ; mais pour 
cela, il faut les encourager, en leur donnant quelques cents de 
" commission. " Une fois la racine cueillie, vous la secouez 
bien, puis vous la faites sécher tranquillement à l'ombre, dans 
le grenier, par exemple, en ayant soin de bien l'étendre pour 
Tempêchcr de chauffer. Quand elle est bien sèche, vous la 
secouez de nouveau doucement, pour enlever les miettes de terre 
qui peuvent s'y trouver, puis, quand vous en avez deux ou trois 
livres, vous l'envoyez " par la poste " à un pharmacien ou à un 
do vos amis de la ville qui la vendra pour vous. 



Dans les bois francs on trouve aussi quelquefois du ginseng; 
c'est une plante précieuse, et aux Etats-Unis on la cultive. 

Si vous en trouvez dans les bois, prenez un brock (fourche 
à dents plates) et arrachez-le de façon à ne pas casser les raci- 
nes, puis faites sécher comme la racine de savoyanne. 

Le meilleur temps pour arracher le ginseng est au com- 
mencement de l'automne. 

En même temps, recueillez soigneusement la petite caboche 
de graines qui se trouve entre les feuilles de la plante, et semez- 
les en un coin de votre sucrerie : çà fera double profit. 

Avant d'envoyer votre ginseng, triez-le, mettez toutes les 



46 LE LIVRE DU COLON 

belles grosses racines ensemble; et toutes celles qui sont endom- 
magées ensemble. 

Les pharmaciens vous achèteront ces racines. (Le ginseng 
vaut de $2.00 à $5.00 et même $7.00 la livre, suivant la quali- 

té.) 

Gommes et résines, 

Y a-t-il des sapins dans votre voisinage ? Si oui, nous avons 
découvert encore un ruisseau. 

A partir de la nouvelle lune jusqu'au '' décours, " l'écorce 
de sapin, comme vous savez, se couvre de vessies de gomme. 
Crevez ces vess.es et ramassez la gomme dans une bouteille ou 
dans un plat bien propre. 

On peut encore entailler les sapins exactement comme les 
érables. 

On dit qu'un sapin de moyenne taille peut donner jusqu'à 
quatre livres de gomme par saison : il y en a, les gros, qui don- 
nent jusqu'à 12 et 16 livres. En supposant que ça ar^ vous 
donne qu'une livre par arbre et par année, ça vaut encore la 
peine de s'en occuper. 

La gomme de sapin se vend, en cfEet, de 25 à 35 cents la 
livre. 

Dix sapins vous donneront donc de $2.50 à $3.50 par année. 
Cent sapins vous donneront de $25.00 à $35.00. 
Cinq cents sapins vous donneront de $125 à $1T5.00. 
Ce sont les p'tits ruisseaux qui font les grandes rivières. 
Vos enfants peuvent s'occuper de cette récolte de résine. 
La gomme d'épinette rouge se rend de 50 à T5 cents la livre : 
ramassez-la, soit en entaillant l'épinctte, soit en recuillant les 
" clairons " de gomme. On peut aussi entailler ces arbres et on 
cloue sous l'entaille un petit vase en terre durcie dans laquelle 
s'amasse la résine. 

Ces petits vases se font avec de l'argile cuite : vous en avez 
déjà vu le modèle dans les soucoupes de jjots à bouquets et vous 
pouvez en fabriquer vous-même. 

. En blessant l'épinette, à l'aide d'une vrille ou d'une mèche, 
en cinq ou six endroits suivant la grosseur de l'arbre, vous le 



LE LIVRE DU COLON 47 

provoquez à suinter de la ji-omme, que vous n'avez plus qu'à ra- 
masser, au bout de quelques semaines. 

Si une épi nette roug« vous donnait seulement 1 livre de 
fromme par année, ça ferai toujours bien cinquante cents, c'est- 
à-dire cinq piastres pour dix épinettes, cinquante piastres pour 
cent épinettes et deux cent cinquante piastres pour cinq cent. 
•Essayez d'alwrd en petit : ce sont les p'tits ruisseaux qui font les 
grandes rivières, et dans certains pays de l'Europe cette récolte 
de résine suffit à faire vivre bien des gens. 



Il y a encore bien d'autres choses qui paient dans nos grands 
bois, mais, ainsi que je vous l'ai dit, il faut donner le temps à 
nos savants de se reconnaître. Espérons que ça viendra petit à 
petit et qu'un jour, une foule de plantes, d'écorces, de racines et 
de fruits qu'on méprise aujourd'hui parce qu'on ne les connaît 
pas, finiront par acquérir une valeur qui permettra au colon ca- 
nadien de ramasser tranquillement une petite fortune, tout en 
élevant des moutons et en étant son propre maître. 

Petit Thé 

En furetant ainsi dans les bois, vous trouverez peut-être 
aussi du petit thé (thé de montagne, thé de merisier) ou un 
petit arbuste qu'on appelle thé du Canada (ou spirée à feuille 
de saule) . Ca pousse un peu partout et vos voisins vous en mon- 
treront s'il y en a dans la région. Eamassez-en quelques livres : 
c'est vite fait et ça ne coûte rien. Vous ferez sécher ces feuilles 
en les étendant sur des gazettes ou un linge, au grenier par ex- 
emple, puis vous les mettrez dans un sac. Ca peut toujours ser- 
vir. Une tisane de ce petit thé, préparée comme le thé ordinai- 
îe, est bonne pour l'estomac, nettoyé les rognons, fait transpirer 
les malades, aide la digestion et enlève le gros mal de tête. 
X'ayez pas peur de faire cette tisane bien forte : ça ne coûte 
rien. Si vous pouviez prendre l'habitude de boire de ce thé-là 
aux repas à la place de l'autre, vous feriez trois bons coups à la 
fois : lo parce que le thé commun qu'on vous vend de 25 à 75 



48 LE LIVRE DU COLON 

cents la livre renferme un tas de saletés qui ruinent lentement 
la santé ; 2o parce que vous prendriez une boisson salutaire pour 
vous et vos enfants ; 3o parce que vous ménageriez trente sous 
par mois. , 

Trente sous par mois représentent $3.00 par année ; avec 
$3.00 on achète dix poules, et dix poules bien nourries vous don- 
neront cent douzaines d'oeufs. 

Il ne s'agit pas ici de vous priver du nécessaire, et je ne 
vous demande pas d'abandonner la pipe : je vous demande sim- 
plement de remplace r les mauvais thés qu'on vous vend pour 
du thé et qui n'en sont pas, par une bonne petite rJante saine et 
parfumée qui vous fera du bien au lieu de vous faire du mal, et 
qui vous permettra de mettre quelques sous de côté. C'est un 

petit ruisseau. 

* * * 

Est-ce tout ? Non. 

Yous pouvez aussi vous faire du vin et de la bière, du vin 
pour l'hiver, de la bière pour l'été, et en bo;re tous les jours, sans 
que cela vous coûte plus cher que si vous buviez du thé. 

Voici comment : 

Vin du colon 

Prenez de l'écorce de merisier rouge — enlevez l'écor- 
ee de dessus qui servira à votre vieille pour allumer 
son poêle. Quant à la seconde écorce, la rouge, vous la hachez 
en pe.its morceaux, et vous la faites bouillir dans un chaudron 
d'eau. Ordinairement on met une terrinée d'écorce fraîche et un 
peu moins d'écorc3 eèche pour 8 ou 10 terrinées d'eau. Quand 
l'écorce a bien bouilli, on laisse refroidir, on coulo dans un linge 
blanc (toile ou laine), on verse l'eau dans une cruche ou dans un 
seau ou dans uno tinette bien propre, on met deux, trois ou qua- 
tre livres de sucre blanc, ou mieux, du sucre d'érable, gros comme 
un jaune d'œuf de levain de ])ain, puis, on place ce mélange à la 
chaleur efc on laisse fermenter. Au bout de quelques jours, 
c'est-à-dire quand la préparation a fini de travadller, le vin est 
prêt. Si vous voulez lui donner une teinte plus claire, mettez-v 
r.n peu d'écorce de pruche, que vous ôtez le lendemain ; mais ce 



LE LIVRE DU COLON 49 

n'es, pas née ssaire. Si vous avez quelques bouteilles, remplis- 
sez-les de ce vin, bouchez bien, cachetez avec de l'arcanson fondu, 
et mettez-les dans une boîte avec du charbon de bois, recou- 
vrant bien vos bouteilles. Cette réserve sera pour les grands 
jours, pour les baptêmes, la visite du curé ou du ministre. 

Ce vin rend gai, ne lasse pas et purifie le sang. Pris en trop 
grande quantité, il pourrait cependant nuire. Plus tard, quand 
vous aurez bien appris la façon de le fabriquer, vous achèterez 
un petit baril, et en ferez en plus grande quantité. En été, deux 
ou trois verres de cj vin dans une "cruche d'eau fait une excel- 
lente piquette. 

Bière du colon 

Faites bouillir à peu près une terrinée de jeunes 
pousses d'épi netie (épinette jaune, noire, grosse épinet- 
te), puis, versez l'eau dans une cruche ou un petit baril, sucrez 
avec 1^ livre de sucre blanc ou de sucre du pays ou avec une pin- 
te de mêlasse ou de sirop, un peu de levain, et laissez fermenter 
à la chaleur. Si vous mettez cette bière en bouteilles, attachez 
bien les bouchons et tenez vos bouteilles au frais. 

On peut faire ainsi du vin ou de la bière avec une foule de 
choses : écorces, racines, fruits, herbages, etc., mais je dois me 
contenter d'indiquer les deux principaux. 

Avec ce vin, cette bière, du lait, de la bonne eau de source, 
du thé des bois, vous n'auriez jamais besoin de dépenser un sou 
peur acheter d'autres boissons. Or, l'économie d'un sou par jour 
est encore un petit ruisseau. 

Précautions à prendre. — Pour faire ce vin et cette bière, il y a 
quelques petites précautions à prendre. N'employez jamais que 
des vaisseaux trèî propres — s'ils sentent le rance, ébouillantez- 
l'S avec de l'eau de lessive (perlasse et eau) ou bien avec une 
i satine de tiges et de feuilles de framboisiers, puis rincez. N'em- 
pJoyez pas de vaisseaux de ferblanc, ni de fer. 

Pendant que votre boisson fermente, ayez soin de la mettre 
en dehors des courants d'air et de la tenir toujours au chaud, 
près du poêle en hiver ou au soleil en été, mais à l'abri du vent. 
Le soir, enveloppez le vaisseau avec une couverte ou une cata- 
logue. 



50 LE LIVRE DU COLON 

Vinaigre du colon 

Pendant les chaleurs, tout en buvant de la j^etite 
bière, vous ferez iine cruche de vin d'écorce de me- 
risier ordinaire, puis quand il sera fini, vous mettrez dedans à 
peu près une roquille de vinaigre de commerce et vous laisserez 
la cruche au soleil jusqu'à ce que toute la boisson soit devenue en 
vinaigre. Puis vous la boucherez et la mettrez à la cave. Tel 
quel, ce vinaigre est déjà excellent, mais si vous voulez en avoir 
de l'extra, vous attendrez jusqu'aux premières grosses gelées de 
l'automne, vous verserez votre vinaigre dans un seau propre 
(pas en métal) et vous le mettrez dehors. Il gèlera un pouce ou 
deux au centre ; le matin, enlevez cette glace et jetez-la, ce n'est 
rien que de l'eau. Faites cela deux ou trois soirs de suite, remet- 
tez votre vinaigre en cruche et je vous réponds que le roi n'en 
possède pas de meilleur dans ses marinades, surtout ne le faites 
pas geler dans la cruche ou dans les bouteilles, qui casseraient. 

Baies & Fruits 

Est ce tout ? Non. 

Le long des chemins, dans les '' In'ulés " il y a des arpents 
de framboisiers. 

Or, les frauiboises se vendent de -iO à 50 cents le petit seau. 
10 seaux font $4.00. 

100 seaux font $40.00. 

Un colon qui a une grosse famille peut ramasser jusqu'à 
250 seaux par saison : cela fait $100. Arrangez-vous avtc un 
marchand du village voisin pour qu'i vous fournisse les seaux, 
et vous lui vendrez vos framboises, en attendant qu'il se fonde 
des fabriques dans votre région pour tirer parti sur place de 
toutes ces richesses. 

Quant aux bluets, on n'en trouve généralement pas assez 
pour en faire un commerce, excepté au Saguenay, mais je vous 
recommande bien d'en ramasser pour votre usage personnel, 
ainsi que des catherinctles. des mûres, des petites poires, des me- 
rises, etc : on en fait des confitures, du vin. du vinaigre, etc. On 
peut ainsi varier la nourriture: cela amuse la ménagère et quand 
la ménagère est de bonne humeur, tout va bien. 



LE LIVRE DU COLON 51 

Grenouilles & Wawarons 

Est-ce tout ce que nous avons comme petits ruisseaux ? 
Non. , 

Dans les lacs et les marais environnants votre chantier, il y 
a des centaines et des milliers de wawarons qui font un vacar- 
me du diable, pendant les soirs d'été ; c'est bien le moins qu'ils 
en paient la façon. Attrapez-les donc avec un hameçon placé 
au bout d'une petite ficelle de 3 ou 4 pouces et d'un grand man- 
che ; jDour cela, attachez un petit morceau de flanelle rouge à 
l'hameçon et passez cette petite amorce sous le nez de la grenouil- 
le qui avale amorce et hameçon et qui se trouve prise. Coupez les 
-cuisses en bas des reins, et jetez tripes et carcasse à vos cochons. 
Quant aux cuisses, vous leur enlevez la peau de haut en bas — • 
cela s'arrache comme un caleçon ; puis salez légèrement ces 
cuisses, couchez-les proprement dans une caisse avec des feuilles 
de fougère bien fraîches, et envoyez-les à Montréal, à Québec ou 
à Ottawa chez un marchand de poissons ou un restaurateur de 
première classe. Les cuisses de wawarons se vendent environ 20 
cents la livre, et il faut environ 5 wawarons pour une livre 
de cuisses. 

Yingt-ciuq wawarons rapporteront donc une piastre, cent 
wawarons rapporteront $4.00. 

Je connais des jeunes gens qui se sont fait $200.00 en deux 
mois rien qu'en vendant ainsi des cuisses de grenouilles. 
Vos petiti garçons peuvent en faire autant. 

Le travail des enfants 

Je vous ferai remarquer en passant que plusieurs de ces 
petits travaux peuvent être confiés aux enfants. Au Canada, 
ne ne fait pas assez attention au travail de ce petit monde. 

On les laisse galvauder jusqu'à 8 ou 9 ans.puis on les envoie 
à l'école : après cela, il est trop tard pour leur remettre en tête 
le goût du travail des champs. Il faut donc les entraîner dès le 
premier- âge en les intéressant à des travaux proportionnés à 
leurs forces. 

Quelques cents par semaine les encourageront, et en ayant 



52 LE LIVRE DU COLON 

coin de les payer réoulièrement et surtout de ne jamais les 
tricher^ on les accoutumera à l'économie et aux affaires. Ils ap- 
prendront mieux à calculer de cette façon qu'en allant à l'école 
deux ans de plus. 

Dè^ qu'ils seront en état de travailler, achetez-leur donc un 
petit râteau, une petite brouette, etc. ; confiez-leur un coin du 
jardin, donnez-leur quelques poules, laissez-leur le soin de lever 
les œufs, de nettoyer le poulailler, de préparer la bouette des 
animaux et surtout de nettoyer les alentours de la maison, de 
ramasser tous les outils qui traînent, de les mettre toujours à la 
même place et de charrier sur le tas de fumier tout ce qui en- 
combre les environs. Une brouettée de balayures par semaine, 
donne cinquante-deux brouettées par année : en jetant nn peu 
d'eau sale sur ces déchets (eaux de savon, eaux de lessive, etc.), 
vous aurez au printemps deux ou trois tonnes de terreau qui 
conviendront magnifiquement à vos jardinages. Faites faire ce 
travail par vos jeunes et surtout payer-les. Vous y gagnerez et 
les alentours de votre maison auront un meilleur aspect. 

C'est déplorable de voir combien on néglige ces détails à la 
campagne : tout est à la traîne ; les copeaux s'éparpillent de tous 
les côtés au lieu d'être maintenus dans un cadre fait avec quatre 
billots ; les outils restent au soleil et dans la cour, au risque d'es- 
ti'opier le monde et le bétail ; et pendant ce temps, les enfants 
galvaudent dans les bois à dénicher des oiseaux, et le patron lui- 
même fume la pipe devant la bavette du poêle en disant qu'il 
n'a rien à faire. 

Articles en bois 

Mais. . .reprenons le cours de nos petits ruisseaux, car il en 
reste encore et je crois même qu'ici c'est nresque toute une petite 
rivière qui roule, en gazouillant, des pépites d'or. 

N'est-il pas vrai, en effet, que vous n'avez pas toujours l'oc- 
casion de faire des gros travaux et que v^ous n'avez rien à faire 
pendant les jours de pluie, pendant les soirs d'automne et les 
longs mois de l'hiver ? 

Pourquoi ne travaillez-vous pas pendant ces heures de chô- 
mage ? 



LE LIVRE DU COLON 53 

Vouo avez du bois sous la main, bois francs et bois mou, 
érable piqué, loupes de frênes ou de merisier, etc., et vous êtes, 
je l'espère, assez habile pour manier un outil. 

Pourquoi ne vous exerce^vous pas à fabriquer des cannes, 
des manches de haches, des pipes, des têtes de parapluie, des 
petits coffrets de cèdre ou d'érable piqué, des petites étagères en 
érable onde, des moulures, des joujoux, des avirons en bois franc, 
des placages et autres objets semblables ? Tout cela se vend et 
tcus ceux qui fabriquent ces objets-là pour le commerce ont com- 
mencé comme vous : par l'apprentissage. 

Ils ont gâté quelques morceaux, ils se sont coupé les doigts, 
puis petit à petit, ils sont devenus habiles. 

Il vous faut quelques outils : une scie-ruban, un tour, du 
papier de verre, etc. ; écrivez à un ami qui habite en ville de 
vous acheter tout cela. Commencez avec quelques outils seule- 
ment, si vous n'êtes pas riche. Faites des objets faciles si vous 
n'êtes pas habitué ; plus tard, vous vous ambitionnerez. 

Prenez surtout patience ; cognez, limez, grattez, frottez, et 
recommencez : les fourmis s'y reprennent souvent, jusqu'à 
soixante-quinze fo s, avant de pouvoir- passer pardessus un brin 
de paille avec une charge, et vous avez plus de cœur qu'une four- 
mi, morbleu ! Vous réussirez, vous dis-je, et vous serez d'autant 
plus satisfait que vous aurez eu plus de difficultés pour com- 
mencer. 

Il y a des bons vieux colons qui gagnent de $80 à $80 par 
année à faire du bardeau de cèdre ou de pin. Pourtant, le cèdre 
0" le pin à bardeau commencent à devenir rares, et puis 
le bardeau n'est pas ce qui paie le mieux. Tâchez donc de trouver 
auelque chose qui paie pour travailler à temps perdu, et ma foi, 
si vous ne pouvez rien de mieux, faites même du bardeau : cela 
rapporte encore plus que de fumer la pipe au coin du poêle en 
écoutant siller le canard ou la théière. 

Donc, il y a de l'argent dans la petite entreprise que je vous 
propose, et quand vous aurez attrapé le tour,vous verrez que tous 
ces petits riens paient mieux que le bois de corde, qui ne paie 
même pas les mitaines que vous massacrez en le manœuvrant. 

En Suisse (un petit pays de deux ou trois millions d'âmes), 
les habitants se font un revenu de 20 à 25 millions de piastres 



54 



LK LIVRE DU COLON 



en fabriquant de la sorte, à temps perdu, des articles de bois 
qu'ils vendent ensuite un peu partout. 

En Allemagne, les paysans passent leurs loisirs à faire des 
paniers, des mannes, des corbeilles et jusqu'à de jolies valises de 
\oyage, avec de l'osier qu'ils ne se contentent souvent pas de re- 
cueillir au hasard, mais qu'ils cultivent régulièrement. Pour- 
quoi ? Parce que tout cela se vend. 

Quand i\< ont commencé, il y a une cinquantaine d'années, 
ils étaient comme vous et moi : ils ne savaient pas par quel bout 
prendre la varlope ou comment fendre une hart. 

Et voilà ! 

Petit train va loin, et c'est en ramassant des cents qu'on 
devient riche. 

Tâchez donc de trouver plusieurs moyens de ramasser des 
cents et vous finirez pas avoir une piastre, puis dix, puis cent, 
puis mille. 

Les arbres ; leurs propriétés, leurs usages, etc» 

Voici, à ce propos, une petite liste des arbres que vous pou- 
vez trouver sur votre lot, avec indication des principaux usages 
qu'on en fait généralement : cela peut vous aider à découvrir 
quelques nouveaux ruisseaux. 



NOMS DES ARBRES 



USAGES ORDINAIRES 



Bouleau. 



Travaux de menuiserie, de voiturerie. Echelles, 
cercles de barils, sabots, liens, casseaux, taba- 
tières, semelles, souliers. Bon pour chauffage. 
Employé comme remède. 



Cerisier d'automne. 



Violons, coffrets, placages, étagères, meubles 
riches, ornements faiis au tour, tabatières, 
boîtes, cassettes, etc. Liqueur ( 1 pinte de ce- 
rises dans 1 gallon de whiskey). 



Charme 



Bois dur, pesant. Dents de herse, dents d'en- 
grenage, manches d'outils, fléaux, leviers, 
etc. Bon pour chauffage, feuilles bonnes 
pour le bétail. 



LE LIVRE DU COLON 



55 



NOMS DES ARBRES 



USAGES ORDINAIRES 



Chêne 



Voitures, tonneaux, travaux de menuiserie, 
raies de roues, manches et socs de charrues, 
charpentes de herses, meubles, cercles, etc. 
Les glands servent à nourrir le bétail; grillés, 
ils donnent un café passable. L'écorce sert 
à tanner le cuir, et en remède. 



Cormier. 



Bois bon pour placages, coffrets, etc. 
peu agréables au goût, mais sains. 



Fruits 



Coudrier 



S'emploie tordu pour faire des liens, 
employée comme remède 



Ecorce 



Erable à sucre. 



Voitures (essieux, etc.,) instruments aratoires, 
manches d'outils, meubles. L'érable piqué, 
onde ou plané, est très précieux pour meu- 
bles de luxe, placages, étagères, couchettes, 
ornements au tour, avirons. Excellent b.ois 
de chauffage. Sa sève donne du sucre, du 
vin, du vinaigre. Ses feuilles conviennent au 
bétail. 



Erable rouge . 

{Plaine) 



Mêmes propriétés que l'érable à sucre, mais 
moins estimé. Donne moins de sucre, mais 
vaut encore la peine d'être entaillé. 



Frêne . 



Bon bois de chauffage quand il est sec. On en 
fait des travails, des essieux, des brancards, 
des rames, avirons, manches d'outils, cercles 
de tonneaux. Ses feuilles donnent un bon 
fourrage. L'écorce sert de remède. 



Hêtre , 


Bon pour chauffage. Jantes, essieux, manches 
d'outils, de râteaux, attelles, selles, boîtes à 
sel, etc. La faîne donne de l'huile à brûler 
quand on fait bouillir, ou de l'huile de table 
quand on l'écrase à froid. 


Noyer noir 


Meubles sculptés, boiserie, crosses de fusil. 
Très précieux. Ecorce employée comme 
remède. 





56 



LE L1VE.E DU COLON 



NOMS DES ARBRES 



rSAGES ORDINAIRES 



Noyer blanc ou ten = 
dre 



Employé en menuiserie, meubles. Ecorce em- 
plo3ée en rtmède. 



Orme blanc Jantes, moyeux. Brûle mal. 



Orme roux 



Jantes, moyeux, pontages d'écurie (résiste à 

la pourriture). Ecorce bouillie employée 

comme cordes, courroies, traits, etc. Em- 
ployée aussi comme remède. 



Micocoulier 



Bois pliant, souple, mais peu durable. Sert à 
faire des jougs. 



Peuplier 

{Tremble) 



Peu de valeur. Feuillage bon pour le bétail, 
mais donne un mauvais goût au lait des 
vaches. 



Peuplier du Canada. 

\Liard) 



Peu de valeur. En hiver l'écorce et les jeunes 
pousses peuvent être données aux chevaux. . . 



Peuplier baumier. 



Bois de peu de valeur. Les bourgeons, bouillis, 
donnent une résine bonne comme remè le. 
Voir Remèdes du colon. 



Platane Se prête aux mêmes emplois que l'érable. 



Saule 

{Saille-osier) 



Employé pour faire des paniers et des liens, 
des corbeilles. Ecorce bonne pour préserver 
les moutons de diverses maladies. 



Saule pourpre, . . 

(Osier rovge) 



Tilleul . . .* 

[Bois blanc) 



Même usage que le précédent, 
bonne pour moutons. 



Ecorce aussi 



Très léger. Panneaux de voitures, plafonds, 
lambris, objets de sculpture, sabots de 
femme. Son ecorce intérieure (2e ecorce) 
est très forte : on en fait des cordes, des 
liens, etc. 



LE LIVRE DU COLON 



57 



NOMS DES ARBRES 



Epinette rouge 

{Mélèze d' Amérique 
Taniaruc) 



USAGES ORDINAIRES 



Bois do sciage. Ecorce sert à faire des couver- 
tures. Bonne en remède. Bon pour chauf- 
fage. 



Epinette noire 

■ {Grosse epinette) 


Bois de sciage. Ecorce employée en couver- 
tures. Pousses servent à faire la petite bière. 
Remède. 


Pin 


Usages connus Menuiserie, construction, etc. 
Les racines, chauffées à l'étouffée, donnent du 
goudron. 


Sapin blanc 


Instruments de musique : violons, etc. Bois de 
sciage et voitures légères. Oonime de sapin 
employée en médecine ou pour faire les 
vernis. Même usage que térébentine de 
commerce. 


Pruche 


Pontages d'écurie, traverses de chemins de fer, 
lattes, etc. Ecorce employée pour tanner. 
La pruche sèche peut servir au chauffage. 



Cèdre 

{Tkuya) 



Coffrets, perches de clôture, piquets, 
Feuilles employées en médecine. 



bardeau. 



Ruisseaux divers 



Dans les bois, vous trouverez peut-être aussi du raisin sau- 
vage. En ce cas, remarquez la place, et l'automne venu, vous 
effilerez votre couteau et irez en chercher des boutures, autant 
que vous pourrez. 

Les boutures sont des bouts de branche de 13 à 18 pouces 
portant 2 ou 3 yeux, c'est-à-dire des ronds à bourgeons. Empor- 
tez-les, faites-les tremper un peu, puis plantez-les de quatre 
pieds en quatre pieds dans de la terre meuble en enterrant deu.ï 
de ces yeux et en laissant dépasser le troisième. Avant les froids, 
recouvrez complètement ces boutures avec de la vieille paille, des 



58 LE LIVRE DU COLON 

feuilles mortes, des framboisiers, etc. L'amiée suivante, elles 
Le donneront rien, mais dans deux ans, elles fleuriront ; vous 
couperez ces fleui^s et les petites tiges du bas, pour renforcir les 
autres. Dans quatre ou cinq ans, vous aurez des vignes qui, 
taillées de temps à autre et engraissées de fumier pourri et de 
cendres, vous donneront de belles grappes de raisin gros comme 
un marbre. Tous pourrez alors prendre de nouvelles boutures 
et augmenter votre vignoble. 

Vous trouverez peut-être aussi du lierre sauvage ou autres 
plantes qui s'entortillent autour des arbres. L'automne venu, 
cueillez-en des graines et semez- les en ligne, en bas du rechaus- 
sage de votre chantier. Quand elles commenceront à pousser, 
vous planterez auprès de ces grimpants des gaules fixées et can- 
tées sur le bord de la couverture. Bientôt, tout votre devant de 
fliantier sera en verdure, et comme les gaules empêchent les 
grimpants de toucher le chantier, vous n'avez pas besoin de 
craindre que cela le fasse pourrir. L'opération ne demande pas 
grand'peine et c"est joli. 

En faisant attention, vous trouverez aussi, au printemps, 
des petites plantes à fleurs blanches qui sentent le muguet et 
qui ont des feuilles semblables à celles de la pensée des jardins. 
E]nportcz-en quelques touffes, avec racines et motte de terre, et 
transplantez-les à l'ombre de la maison. 

Pendant les premiers temps, recouvrez-les avec des bran- 
chages. Cela ne demande ])as grand soin et ça fera plaisir à 
\otre femme. Il y a de la sorte une foule de plantes-roses, 
œillets, etc., qui peuvent vous être utiles ou agréables, et tout 
ce que vous ferez pour embellir votre demeure et ses alentours 
tendra naturellement à vous faire aimer davantage la paisible 
existence du colon. 

Il reste encore bien des plantes, des centaines, qui poussent 
dans les bois et qui pourraient vous être utiles, soit pour faire 
du vin, ou des remèdes, soit pour manger, soit pour autre chose, 
mais il faudrait tout un livre pour les décrire, et même en ce 
cas. il faudrait prendre beaucoup de précautions, parce que 
quelques-unes de ces plantes peuvent jouer de mauvais tours, 
("est pourquoi je ne les indique pas. Au reste, celles qui sont 
utiles sont généralement connues des gens de la place, et vos voi- 



LE LIVRE DU COl.ON (9 

sins vous renseigneront. Seulement, soyez lu-udents, car un ac- 
cident est vite arrivé. 

En furetant dans les Bois, si vous trouvez des groseilliers, 
vous pouvez cependant non seulement en manger, mais en arra- 
cher un pied ou deux et les transplanter dans votre jardin. 
L'automne venu, taillez-ks, en coupant avec un couteau bien 
effilé les branches trop vieilles ou mal faites, racourcissez les 
autres de trois ou quatre pouces, mettez un peu de famicr au 
pied de l'arbuste, et vous verrez. 

Le cormier non plus, n'est pas rare. Semez-en quelques 
graines aux quatre coins de votre jardin. S'il v en a auprè:'- du 
thantier, déterrez-leur un peu le pied au printem;;.?, faites-y une 
fente dans l'écorce et le bois, mettez-y un petit .jaillov pour em- 
pêcher la fente de se refermer, puis renterrez. Toute Tamertu- 
me de l'arbre s'en ira par là, et à l'automne, vous aurez dfs fruits 
qui vous donneront un très bon vin,, en les prépa''înir comme 
votre vin de merisier. 

Entaillez de la même manière les cerisiers à ^ippe-î s'il en 
pousse chez vous, les noyers, etc. C'est uve affaire de rien, et 
Çii vous rapportera de bons fruits. 

Est-ce bien tout, cette fois ? 

Voyons ? Eh ! mais non ! Et la pêche, et la eliasse, ne sont- 
elles pas aussi deux choses qui, en épargnant le lard, évitent des 
dépenses au colon, et, par suite, constituent deux ruisseaux pré- 
cieux ? La loi vous autorise à tuer trois chevreuils par année ; 
vous ferez donc bien d'en protîter, de même que des lièvres, per-' 
drix, canards, outardes et autre gibier qui passera à la portée de 
votre fusil. Seulement, il faut que tout cela se fasse à temps 
perdu, sans quoi il y aurait mauvais calcul, et par suite déficit 
au lieu de profit pour vous. 

Dans les ruisseaux voisins vos enfants pourront encore 
tendre des pièges au vison ou au rat musqué, et de la sorte 
chacun fera sa petite part. 

Les lacs regorgent généralement de poissons dans toute la 
province. Le poisson est une nourriture excellente et toute 
aussi nourr'ssante que la viande. On croit généralement le con- 
traire, mais c'est parce que le poisson se digère mieux, et par 
suite fatigue moins que les viandes. Je n'ai pas à vous ensei- 



60 LE LIVRE DU COLON 

gn^r la iranièro de prendre le poisson. Disons seulement que 
le poisson est plus soutenant quand il est boucané que frais. 
Vous ferez donc bien de vous monter une jDetite houcanière avec 
un foyer en pierraille, entouré d'une o^rande écorce d'épinette. 
Pour rendre cette écorce plus dure au feu, faites-la tremper dans 
de la lessive de cendres de bois. Faites ensuite des traverses 
placées sur des fourches et suspendez-y les poissons après les 
avoir nettoyés et attachés deux à deux par la queue. Faites un 
ftu de bois sec recouvert de bois pourri et de morceaux d'écorce 
dv^ bouleau, de merisier rouge, de tiges de framboisiers, d'écorce 
de cerisier, mais surtout de branches de saule vert. Cela donne- 
ra du goût. Vous pouvez boucaner ainsi toute sorte de gibier 
ou de poisson. 

Travail de la femme 

Votre ménagère peut aussi vous aider pas mal à améliorer 
votre position, et cela sans entreprendre des travaux au-dessus 
de ses forces. C'est dire qu'il y a aussi pour elle des petits ruis- 
seaux. A part les soins du ménage, l'entretien du jardin, les 
petis sarclages, la surveillance du poulailler, la fabrication du 
beurre, le lavage, etc., etc., elle peut, en effet, tricoter, et une 
bonne tricoteuse n'a pas de peine, tout en surveillant la soupe 
ou en poussant le " ber " du petit avec son pied, à gagner de 
$?5 à $30 par année : ça paie déjà le pain de la petite famille. 

En élevant des moutons, vous garderez donc la laine pour 
vous au lieu de la vendre ; vous la ferez carder proprement, et 
votr." femme, après l'avoir passée au rouet, en fera des mitaines, 
fies bas, des tuques, des crémones, etc., etc. Tout cela rapporte, 
d"abord parce que cela vous exempte de recourir au magasin, et 
puis parce que le surplus se ven-d bien. 

Les guenilles, vieux linge, etc., serviront à faire de la 
bonne Catalogne du pays, si propre et si jolie quand elle est bien 
faite. Ca fera de jolis tapis pour votre chantier. Si wus en 
avez trop, vous la vsndrez. , 

Ah ! si les femmes d'aujourd'hui voulaient faire comme 
les bonnes vieilles Canadiennes du temps passé et revenir à tous 
ces petits travaux qui, même quand on n'en vend pas, 



LE LIVRE DU COLON 61 

évi.ent des dépenses et donnent à la maison du cultivateur un 
cachet de coquetterie charmante ! 

Elles pourraient ainsi s'occuper de faire des tricots, de la 
to le, de l'étoffe du pavs, de ceintures fléchées, des tapis, des 
travaux en paille, des dentelles et une foule d'autres choses, qui 
demandent plus de patience que de force, plus d'adresse que de 
niuscles, et elles seraient elles-mêmes surprises de voir combien 
importantes deviendraient les recettes de cette source, sans 
parler de la satisfaction personnelle qu'elles éprouveraient en 
réalisant ce progrès. Je sais bien que plusieurs femmes de 
colons s'occupsnt déjà un peu de ces choses, mais on n'a pas 
encore, à mon goût, assez généralement compris que ce sont les 
petits ruisseaux qui font les grandes rivières. 



62 LE LIVRE DU COLON 



3e PARTIE 



Recettes et renseignements utiles pour la 
ménagère et le colon 

On comprend que je ne puis guère ici entrer clans les dé- 
tails de cuisine et de ménage dans lesquels une femme s'entend 
beaucoup mieux qu'un homme, non plus que révéler tous les 
petits secrets qu'une bonne ménagère apprend do ses voisines ou 
par expéiience. 

Je ne parlerai pas, non plus, de la propreté indispensable, 
non seulement parce qu'elle est l'âme de la santé, mais encore 
de la richesse, parce que pour s'enrichir, il faut avoir de l'ordre 
ei parce que l'ordre n'est que de la vraie propreté. Xos ménagè- 
res, Dieu merci, n'ont pas besoin de leçons là-dessus. 

Quelques petits secrets suffiront donc ici : La cendre de 
bois, que vous avez sous la main, ou la perlasse que votre mari 
peut préparer avec cette cendre, peut vous rendre plusieurs ser- 
. vices : mettez-en une cuillerée dans un petit sac de toile que 
vous laissez tremper dans votre eau de vaisselle : ça vous em- 
pêchera d'user du savon. Changez naturellement la cendre 
chaque fois. En n'en mettant pas beaucoup, vous pourrez 
donner cette eau de vaisselle aux animaux. 

Un peu de cendre dans un petit sac fera cuire plus faci- 
lement les pois qui sont durs à cuire. Yn peu de cendre ou de 
perlasse et d'eau chaude vous aidera à laver les vitres tachées, 
les lampes, les globes de lampes et tous les instruments imbibés 
de graisse ou d'huile, les seaux, etc. Un peu de cendre sert pour 
frotter les couteaux, les plats de ferblanc, les terrines, qu'on 
rince ensuite proprement. 



LE LIVRE DU COLON 63 

Un peu de cendre dans de l'eau donne une bonne lessive 
pour le plancher. Evitez de laver avec cette eau les peintures 
ou les vernis. 

Vn peu de cendre dans de Teau chaude, et un peu de savon, 
lave bien le linge blanc, la laine l)lanche, les couvertes ; pour les 
étoffes de couleur, les indiennes, etc., n'en mettez pas. En met- 
tant une lessive de cendre et une poignée de pelures d'oignons 
dans votre eau, vous donnerez une belle teinte dorée à votre 
plancher. Si vous n'avez pas d'oignons, mettez un peu d'écorce 
d'aulne ou de l'écorce de bouleau. 

Faites vous un balai avec des branches de cèdre : si le cèdre 
est rare, faites un balai avec des petites branches de h ois blanc 
(tilleul) ou d'orme. En écrasant le bout de ces branches avec un 
maillet de bois on leur donne beaucoup de souplesse, et ça dure 
Si votre balai durcit trop, trempez-le dans de l'eau bouillante 
et laissez sécher. Vous pouvez de cette façon vous faire des 
époussettes. Faites vous un porte-ordures avec un morceau d'é- 
corce d'épinette : vous arrachez la grosse écorce de dessus, vous 
faites un petit rebord d'un côté et à gauche et à droite, et vous 
cousez cela ensemble avec une grosse aiguille à laine et de la 
bs biche ou du gros fil frotté de gomme d'épinette, ou bien 
encore avec une petite ficelle d'écorce d'orme ou de bois blanc. 
"Vous mettez quelques cailloux dans l'assiette du porte-ordures 
er. vous le laissez sécher ; cela devient très dur. 

Vous pouvez faire ainsi des paniers, des casseaux, des 
Sleepers, pour vous et vos enfants, et plusieurs autres objets 
semblables, de même qu'avec Técorce de bouleau. 

Si vous trouvez de la pierre de sable, c'est-à-dire une pierre 
qui s'égrène en petits grains, ramassez-en quelcpies morceaux 
]jour frotter le plancher en le lavant ; ça vaudra la meilleure 
lessive. Cette pierre est aussi bonne pour frotter les couteaux, 
les plats, etc. 

En été, pendant les grosses chaleurs, faites vous faire un 
abri en écorce à la porte de la cuisine, avec un foyer en pierre, et 
vous y préparerez les repas au lieu d'allumer le poêle. 

Au lieu de mettre le linge dans des coffres, ce qui le frippe 
et l'expose aux mites, pliez-le sur des tablettes en le recouvrant 
avec des serviettes pliées sur le long, de la largeur du paquet. 



64 LE MVRE DU COLON 

Mettez les vêtements ensemble, les draps ensemble, etc. Ca vous 
exemptera de tout culbuter pour trouver une bavette nette ou 
une chemise. 

Si vous voulez avoir beaucoup de temps pour tricoter ou 
jardiner, commencez dès maintenant à faire chaque chose à son 
heure, à laver la vaisselle aussitôt le repas fini, à donner un 
coup de balai tout de suite après, etc. 

Faites un petit hei'da tous les matins après déjeuner : ba- 
layage, toilette des lits, etc. ; un moyen hcrda tous les samedis 
matin : lavage du plancher, des boiseries, nettoyage des marmi- 
tes à la pierre de sable, etc. ; puis un grand herda le printemps 
(vers le mois de mai) et l'automne, après les récoltes. Et de la 
sorte, votre chantier sera toujours propre, vous serez de bonne 
humeur et votre famille sera heureuse. 

Faites vous faire du bois à l'avance et prenez pour habitude, 
tous les soirs, de mettre tout prêt pour le déjeuner du lende- 
main. Ca sauvera du temps, ça vous exemptera de vous lever 
avant le coq ou de faire attendre votre mari jusqu'à huit heures 
pour manger. ' 

Toici maintenant quelques recettes qui peuvent vous servir 
un ;;'our ou l'autre : 

Lavage des indiennes 

Faites bouillir deux livres de riz dans dix pintes d'eau 
jusqu'à ce que le riz soit complètement dissons. Versez cette 
eau de riz dans une cuve. Quand la chaleur de cette eau sera 
assez diminuée pour être endurée par les mains, mettez dans la 
cuve ks cotons imprimés, perses, indiennes, etc., que vous vou- 
lez nettoyer. Lavez comme à l'ordinaire, mais sans savon. Rin- 
cez et faites bouillir pendant ^ heure dans l'eau du rinçage, à 
laquelle vous ajouterez autant d'eau pure. 

Les co.onnades ainsi lavées conservent leurs couleurs et 
leur lustre. 

Note. — Le riz qui est resté dans le chaudron est naturelle- 
ment bon à manger. 



LE LIVRE DU COLON 65 

Empois de la ** colonne" 

Epluchez quatre ou cinq patates, et râpez-les dans une ter- 
rine aux trois quarts pleine d'eau froide. Brassez quelques ins- 
tants, puis laissez reposer. Aussitôt le dépôt formé, versez l'eau 
doucement, sa7is agiter. Lavez ensuite ce dépôt dans de la nou- 
vellc eau et laissez encore reposer, versez l'eau comme la pre- 
mière fois et lavez de nouveau. Etendez ensuite cette fleur de 
patate sur des linges blancs bien propres, en l'écrassant, et laissez- 
la sécher au soleil ou près du poêle. Changez le linge deux ou 
trois fois. Quand cette fleur de patate est bien sèche de part en 
part, mettez-la dans une boîte, c'est de l'empois. 

Pour vous en servir, délayez d'abord votre empois avec un 
peu d'eau froide pour en former une pâte épaisse, puis ajoutez 
petit à petit un peu d'eau tiède pour éclaircir. Ajoutez ensuite 
une cuillère' à dessert de sucre et un petit morceau de beurre. 
Vous obtiendrez ainsi un luisant égal à celui des buanderies. 

Conservation des fourrures pendant Tété 

Pourvu que les fourrures soient bien secouées et brossées, 
afin qu'il n'y reste aucun œuf de mites, le meilleur procédé pour 
les conserver à l'abri de cette vermine est de les envelopper 
dans un journal. 

Si votre mari est adroit et travaille bien le bois, dites-lui de 
vous fair ' une boîte en lois de cèdre : l'odeur du cèdre chasse 
les mites. A défaut de boîte, mettez quelques copeaux ou retail- 
les de cèdre dans vos fourrures. 

Chaussures étanches 

Pour empêcher les chaussures de prendre l'eau, on recom- 
mande de les imprégner de temps à autre avec de l'eau de savon 
(quatre cuillerées de savon nour une pinte d'eau). Tl faut se 
servir d'eau de source ou de rivière. Il suffit pour cette opéra- 
tion de tremper une guenille dans l'eau de savon, d'en frotter 
bien les coutures, les semelles et les parties de la chaussure qui 
sont exposées à être mouillées. La même recette s'applique, na- 
turellement, à toute espèce de cuir : attelages, etc. 



6(3 IvE LIVRE DU COLON 

Cirage a chaussure 

Un mélange de suie et de lait donne un eirage qui peut faire 
aussi l)ien qu'un autre, pour frutter les chaussures. 

Couteaux de table 

Coupez une patate en deux, mettez-en la surface ])late dans 
de la poudre de brique à couteaux et frottez les lames, comme 
avec un bouchon de liège. Vous enlèverez ainsi la rouille et 
les taches et donnerez à vos couteaux un brillant magnifique. 

Verres de lampe 

Pour rendre moins cassants les verres de lampe (gloltes), on 
les fait "cuire", c'est à-diro qu'on les met dans un ckaudron 
plein d'eau froide, puis on fait bouillir et refroidir tranquille- 
ment. 

Il faut aussi avoir smu de ne pas, en allumant la lampe, 
lever la mèche à sa hauteur ordinaire avant que le globe ait eu 
le temps de se "ressuj-er. " 

Savon de patates 

On peut laver le linge sans savon ni lessive, en frottant ce 
linge avec des patates cuites dans l'eau. Ce procédé réussit très 
bien pour la toile, le coton, la laine, la soie, et quelle que soit 
leur saleté, les objets lavés ainsi deviennent très j^ropres. 

Savon de terre glaise 

On fait détremper de la glaise dans un peu d'eau pendant 
un quart d'iieure, de façon à faire une espèce de pâte claire. On 
savonne avec cela le linge à nettoyer et on le place dans une 
cuve en y ajoutant un peu d'eau à mesure qu'elle est absorbée 
par le linge. On frotte ensuite quelques minutes, puis on rince et 
fait sécher. Ce moyen est excellent pour dégraisser et nettoyer 
\f. drap, les lainages, les coutils de couleur, les overall, etc. 



IvE LIVRE DU COLON 67 

! 

Savon de ménage 

Pour cinq livres de graissaillos (huiles, suifs, beurres 
rtmces, graisses, débris, etc.), prenez ^ seau d'eau, faites fondre 
à part 1 livre de perlasse et ajoutez aux graissailles. Faites 
bouillir })cndant environ une heure. Au moment oîi le savon 
commence à tourner, ajoutez trois quarterons d'arcanson. Lais- 
sez bouillir encore un quart d'heure ou 20 minutes, ajoutez une 
chopine de gros sel. Pour voir si le savon est prêt, jetez-en quel- 
ques gouttes dans de l'eau froide ou sur la neige. S'il est 
prêt, il durcit comme la tire de mêlasse. Laissez refroidir len- 
tement, coupez par morceaux et laissez durcir. 

Note. — L'eau qui a servi au savon fait une excellente lessive, 
peut-être un peu forte. Surtout, surveillez les enfants pour 
qu'ils n'aillent pas se fourrer tête première dans le chau- 
dron. 

Colle pour la vaisel'e 

Prenez une tête d'ail et écrasez-la soigneusement en pâte ; 
froitez en les morceaux de vaisselle cassée et joignez les bien 
en attachant le tout avec un fil de fer, et faites bouillir dans de 
l'eau pendant une demi-heure. 

Encre du colon 

Faites bouillir de l'écorce d'aulne (une poignée) dans ime 
pinte d'eau, laissez réduire, coulez, jetez les écorces, versez une 
cuillerée à thé de couperose, mettez gros comme un pois de 
gomme de petite merise, et laissez fondre ; faites chauffer, cou- 
lez une seconde fois, laissez refroidir et mettez dans une bou- 
teille. 

L'écorce d'aulne bouillie dans de l'eau et additionnée de 
ccupe-rose donne une bi'lle couleur noire qui peut servir à tein- 
dre la laine. 

Pour teindre en jaune 

Prenez 1 livre de boursreons et de jeunes branches do peu- 
plier (tremble) ; faites bouillir dans 3 livrer d'eau (une terri- 
née à peu prè>). contenant un" cuillerée à thé d'alun. Après 



68 LE LIVRE DU COLON 

avoir laissé cuire environ 25 ou 30 minutes, on coule ce mélange 
à travers un linge, on laisse reposer ; puis on coule une seconde 
fois, et on laisse de nouveau reposer pendant 3 ou 4 jours à l'air 
et à la lumière. On obtient ainsi un liquide qui donne aux tis- 
sus de belles teintes, jaune or et orange. 

Les différentes manières d'obtenir d'autres coleurs (vert, 
bleu, rouge, etc.), sont trop connues en même temps que trop 
longues à décrire, pour que je les mentionne ; vos voisines vous 
renseigneront sur ce chapitre. 

Couvertures de lit en papier 

On dispose, sur une .grande table, sans les coller, bord à 
l)ord, un certain nombre de papiers quelconques ; puis, on les 
touche délicatement, de distance en distance, avec un pinceau 
de colle. Pardessus, on dispose une nouvelle couche de feuilles 
de papier et, ainsi de suite, jusqu'à épaisseur voulue. Finale- 
ment, on coud cet encollage entre deux pièces d'étoffe quelcon- 
que, soit seulement sur les bords, soit en carrés, comme pour les 
couvre-pieds ouaté?. Les couvertures ainsi obtenues sont plus 
ou moins souples, mais bien des pauvres diables qui claquent des 
dents tout l'hiver seraient bien aises de s'y envelopper. Les 
bonnes âmes et les mauvais poètes ont là une bonne méthode 
d'utiliser la littérature contemporaine. 

Vieilles gazettes 

Peu de personnes de ménage connaissent le parti que l'on 
peut tirer du papier de rebut. 

Après qu'un poêle a été noirci et poli, on peut le tenir pro- 
pre très longtemps en le frottant tous les matin avec du papier. 
On nettoie bien mieux les cafetières, théières, etc., en les frot- 
tant avec du papier qu'en les lavant avec du savonnage. Le pa- 
pier nettoie bien les couteaux et les fourchettes, une fois écurées, 
et aussi tous les ustensiles de ferblanc ou d'étain. Le papier net- 
toie mieux les miroirs, les vitres, les tuyaux de lampe (globes), 
qu'un ling,' sec. Les contitures recouvertes de gros papier se 
conservent mieux que celles qui le sont avec du linge. Le 



LE LIVRE DU COLON 69 

papier fait beaucoup mieux sous un tapis ou une catalogue, que 
la paille ; il est plus chaud, plus mince, et fait moins de bruit 
sous les pas. 

Feu de pétrole 

Pour éteindre un feu de pétrole (huile de charbon), il 
suffit de jeter du lait sur les flammes, qui s'anéantissent comme 
par enchantement. 

Quelques conseils 

Les toiles cirées ne doivent jamais être lavées à l'eau chau- 
de ; la chaleur en fait craquer le vernis., 

— Les chaises de canne se savonnent et doivent sécher vive- 
ment, dehors ou au moins dans un courant d'air ; l'humidité 
prolongée les altérerait très vite. 

— Les objets de paille doivent être aussi traités rapidement, 
vigoureusement essuyés. Une poignée de gros sel dans l'eau 
avec laquelle on les nettoie, retarde leur jaunissement. 

Un i)eu de vinaigre, dans l'eau qui sert à laver les bas noirs, 
les empêche absolument de rougir. 

Poids et mesures des ménagères 

Quatre grandes cuillerées à soupe de liquide égalent ^ ro- 
quille. 

2 roquilles font ^ chopine. 

3 chopine^ font une pinte. 

4 pintes font 1 gallon. 
1 roquille pèse 4 onces. 

1 cuillerée à soupe pèse ^ once. 

Pain de ménage 

Voici la quantité de farine et de pain de ménage que four- 
nissent les différents grains suivants : 

Un minot de blé pesant 6ô livres fournit 48 livres de farine 
et 64 livres de pain. 

Un minot de seigle pesant 54 livres fournit 42 livres de 
farine et 56 livres de pain. 



70 LE LIVRE DU COLON 

Un minot d'orge pe.-ant 48 livres fournit 37^ livres de 
farine et 50 livres de pain. 

Un minot d'avoine pesant 40 livres fournit 22^ livres de 
farine et 30 livres de pain. 

Vermines des légumes 

Pour débarrasser les légumes de la vermine (limaces, vers, 
chenilles, insectes) avant de les employer pour la cuisine, il suf- 
til; de les plonger pendant cinq minutes dans de l'eau salée. Les 
bestioles ne peuvent supporter ce bain et cherchent à s'échapper. 
Ce bain, d'ailleurs, ne peut qu'améliorer le goût des légumes. 

Bouillon qui surit 

En été, les bouillons deviennent rapidement surs. Pour les 
ramener, on procède comme suit : — On remet le bouillon sur le 
feu et quand il bout on jette dedans quelques tisons ou char- 
bons en feu. On enlève ensuite ces charbon avec une passoire, 
et c'est tout. 

Autre méthode. — On fait une lessive douce avec quelques 
cuillerées de cendre dans de l'eau, on coule à travers un linge et 
on jette dans le bouillon un peu de cette lessive à plusieurs re- 
prises jusqu'à ce qu'il ait reprit son goût naturel. 

On ramène ainsi du vin ou de la petite bière qui surit. 

Café d'orge 

Mettez quelques poignées d'orge dans la poêle, sans eau 
ni rien autre chose, et faites-la rôtir, sans la faire brûler, en 
brassant continuellement. 

Laissez refroidir et mette, z dans une boîte. 

Pour faire le café, prenez une demi tasse de cette orge gril- 
lée et infusez-la comme du café ordinaire. Pour café au lait, 
ajoutez autant de lait que d'eau. 

Vous pouvez aussi mêler à cette orge des croûtes de pain sec 
écrasées et grillées de la même manière. 

Ce café est très bon au goût, nourrissant et bon pour la 
santé. 



LE LIVRE DU COLON 71 

Blé d'inde lessivé 

Préparez d'abord une lessive passablement forte en faisant 
bouillir de la cendre de bois franc dans de l'eau. Coulez ensuite 
cette lessive proprement, puis versez-la dans un chaudron de fer 
pour la faire bouillir avec quelques terrinées de Ijlé-d'Inde en 
grains. Quand le blé-d'Inde ainsi traité commence à fleurir, 
c'est-à-dire à so déchirer en crevant la petite peau qui l'envelop- 
pe, vous jetez la lessive et rincez le blé-d'Inde dans de l'eau froi- 
de en brassant bien. Après l'avoir changé d'eau une ou deux fois, 
vous le remettez ensuite bouillir dans de l'eau pure pendant quel- 
ques secondes, puis vous l'étendez sur un linge propre pour le 
faire égoutter, après quoi, vous l'étendez dehors, sur une table, 
un dessus de boîte ou des écorces pour le faire geler si le froid 
est assez fort. Sinon, vous vous contenterez de le faire sécher 
au soleil ou près du poêle. Vous le mettrez ensuite dans une 
tinette ou une poche, dans un endroit assez froid pour qu'il se 
ccnserve. Vous le savez déjà sans doute, ce blé-d'Inde lessivé 
sert, avec les pois, à faire une excellente soupe de ménage : on 
fait d'abord bouillir les pois comme à l'ordinaire avec lard, lé- 
gumes, etc., puis, on y ajoute une, deux ou trois tasses de blé- 
d'Inde lessivé qu'on a fait dégeler ou tremper d'avance dasn une 
terrinée d'eau froide. Inutile de vous recommander d'agir avec 
prudence pendant que vous faites bouillir le blé-d'Inde dans la 
lessive pour qu'il n'arrive pas d'accidents aux enfants. 

Cuisses de grenouille 

Les cuisses de grenouille constituent un mets très nutritif 
et savoureux. La meilleure méthode de les accommoder est en- 
core la suivante : Les cuisses sont parfaitement dépouillées de 
leur peau, et on ks trempe ensuite pendant cinq minutes dans 
de l'eau bouillante légèrement salée ; puis on les retire et on les 
plonge pendant quelques instants dans de l'eau froide ; on les 
laisse ensuite égoutter puis on les met dans une poêle chaude 
avec du beurre, etc., et on les fait rôtir comme du poulet. 



72 LE LIVRE DU COLON 

Conservation de la viande, du gibier, de la volaille, 
du poisson, etc» 

Pour conserver le gibier, la viande, la volaille, le poisson, 
etc., durant les chaleurs de l'été, et empêcher les vers de s'y 
mettre, on enlève les intestins et on introduit à leur place un 
morceau de charhon de hois et un oignon, puis on enveloppe le^ 
tout dans une gazette ou dans des feuilles de fougère et on le 
met à Li fraîche. On peut aussi, après l'avoir ainsi préparé, 
l'enterrer dans une cave sous un ou deux pouces de terre fraîche 
mais non mouillée. 

Conserva' ion de la viande 

Coupez la viande en morceaux de 3 ou 4 livres au plus ; 
placez ces morceaux dans des vases de grès ou des boîtes de bois 
étanches, et recouvrez-les bien avec du charbon de bois en poudre. 
Par ce moyen, on peut conserver de la viande de boucherie pen- 
flant plus de 15 jours, même dans les grandes chaleurs de l'été. 
Il faut que la viande ainsi traitée soit recouverte par une couche 
de charbon d'un pouce d'épaisseur au moins. 

Autre méthode. — Pour conserver la viande fraîche 
en été, on recommande de la mettre dans de grandes terrines 
ou dans des pots de grès, remplis de lait caillé ou de lait écrémé, 
et de mettre le tout à la cave. Il faut avoir soin de mettre une 
pierre sur la viande pour qu'elle ne surnage pas. La viande 
peut se conserver ainsi pendant 8 jours sans prendre mau- 
vais goût : elle s'améliore, au contraire. Au moment d'em- 
ployer la viande, on la lave et on l'essuie. 

Pour attendrir le jambon 

On recommande le moyen suivant pour attendrir les jam- 
bons les plus vieux et les plus durcis (jambons de magasin, lard, 
chevreuil ou poisson boucané) : Essuyez votre jambon, envelop- 
pez-le dans un linge et enterrez-le dans une terre ni trop sèche ni 
trop humide, de manière à le recouvrir d'environ un pied et 
demi de terre. Au bout d'une heure, il sera devenu très tendre 
sans avoir perdu sa fermeté. 



LE LIVRE DU COLON 7X> 

Barattes, tinettes neuves, etc» 

Pour enlever le goût de bois de ces vaisseaux, ébouillautez- 
les d'abord en y laissant refroidir l'eau, puis, faites fondre de la 
perlasse ou du soda ou simplement de la cendre de bois, dans de 
l'eau tiède, en y ajoutant, si on peut, une poignée de chaux, et 
lavez la dedans du vaisseau neuf avec ce mélange. Echaudez en- 
suite une seconde fois, puis rincez bien. 

On recommande encor,- d'ébouillanter des framboisiers dans 
les tinettes, barattes, etc., soit pour leur enlever l'odeur de bois 
neuf, soit pour les désinfecter quand elles ont déjà servi. 

Conservation du beurre frais 

Enveloppez le beurre dans un linge bien propre, imbibé de 
bon vinaigre, et aspergez-le tous les huit jours avec du vinaigre. 
Placez votro beurre dans une cave ou laiterie, aérée, sèche et 
fraîche, et il se conservera plusieurs mois avec un goût délicieux. 

Soin a donner au lait 

Xe gardez pas de lait dans des greniers ou des caves, car 
cela lui donne souvent une odeur de moisi. 

Ne le gardez pas, la nuit, en grosse quantité dans de grands 
vaisseaux (chaudières, bidons, etc.). 

Xe le mettez pas dans de l'eau froide avant qu'il ne se soit 
refroidi naturellement. 

Xe le mettez même pas du tout refroidir dans de l'eau, à 
moins que le temps ne soit très chaud ou qu'il faille le garder 
un jour ou deux. 

Certains mauvais goûts sont donnés au lait par Feau. Il 
faut à tout prix ne jamais donner que de l'eau pure, claire et 
srdne, aux vaches laitières. 

On ne doit jamais employer de seaux de bois pour traire 
les vaches ou conserver le lait. 

Attendez que le lait soit refroidi avant de le couler. 



74 LE LIVRE DU COLON 

Fromage blanc 

Mettez du lait caillé dans un sac de toile suspendu au-des- 
sus d'un plat et laissez le bien égoutter. Mettez-le ensuite dans 
un casseau d'écorce ou autre vaisseau de bois, salez légère- 
ment, retournez-le tous les jours. Au bout de 3 ou -i jours il est 
bon à manger, sans plus de préparation. 

Sel de saloir 

Quand un saloir ne contient plus de viande, il reste au fond 
beaucoup de sel qu'on peut employer avec avantage pour la cui- 
sine. On le lave rapidement en jetant dessus de l'eau fraîche 
qu'on n'y laisse pas séjourner, et on le met à sécher au four ou 
au soleil. Outre le sel il se trouve beaucoup de saumure, à laquel- 
le on ajoute l'eau dans laquelle on a lavé le sel ; on conserve cette 
saumure pour saler la nourriture des cochons à la fin de l'en- 
graissement, lorsqu'ils ne mangent plus avec appel it. Le sel 
excite leur appétit, leur fait accepter les aliments qu'ils refuse- 
raient autrement, et facilite leur digestion. 

Excellente saumure 

Pour chaque gallon d'eau, prenez 1^ livre de sel, ^ livre de 
sucre, -J once de salpêtre et ^ once de potasse ou 1 once de cen- 
dre de bois. Faites bouillir le tout ensemble et écumez. Puis, 
laissez refroidir, et lorsque la saumure est froide, ver.sez-la sur 
votre viande ou voire lard et laissez-la le temps ordinaire, c'est- 
à-dire quatre ou cinq semaines. La viande doit être bien noyée 
dans la saumure. 

Contre les punaises 

Prenez des feuilles de noATr (noix longues), écrasez-les 
avec un maillet, faites- les tremper 24 heures dans de l'eau froide 
et lavez avec cette eau les bois de lits, etc., fréquentés par les pu- 
naisas. 

Chiures de mouches 

Pour préserver les cadres, dorures, etc., des taches que lais- 
sent les mouches, on les badigeonne de temps en temps avec un 



LE LIVRE DU COLON 75 

peu d'eau d'oignons, que l'on obtient en faisant bouillir G ou 12 
oignons dans 1 ou 2 chopincs d'eau. 

Lei oignons eux-mêmes ♦sont naturellement encore bons à 
manger. 

Contre les fourmis 

Les fruits ou le sucre qu'on met dans une armoire, un gre- 
nier, etc., attirent les fourmis, et c'est souvent difficile de s'en 
débarrasser. On recommande pour cela de jnetfre tout simple- 
ment un ou deux morceaux de charbon de bois à côté des fruits 
ou du sucre pour chasser ces petites ravageuses. 

Contre les mouches 

Prenez quelques bardeaux ou des bouts de planchette, peii\ 
turez-les avec un peu de mêlasse et suspendez-les au mur avec 
une ficelle accrochée à un clou. Les mouches, qui aiment le 
sucré, viennent se coller dans la mêlasse et périssent. Quand la 
planchette est couverte de mouches, on la racle avec un couteau 
et on recommence. 

— Un autre bon moyen consiste à suspendre des paquets de 
fougère dans le chantier. Le soir, toutes les mouches vont s'y 
p'acer. On prend alors un drap ou une poche, on entortille dou- 
cement le paquet de fougère, et on sauce le tout dans l'eau pour 
noyer les mouches. 

Maringoutns^ moustiques, brûlots, etc. 

Voilà la terreur du colon et de la colonne, et il y a de quoi. 
D'autant plus qu'ici, les remèdes sont rares. Quoi qu'il en soit, 
on recommande de se graisser les mains, le visage, le cou, etc., 
avec une graisse quelconque : suif, couenne de lard, huile, etc. 
Eviter d'ouvrir les portes et hs f3nêtres le soir quand il y a de 
la lumière dans le chantier, faire de la houcane, en employant 
de préférence du bois franc pourri ou des champignons de meri- 
■ser ou d'érable. Si on est trop piqué, on calme la douleur en 
lavant les plaies avec un peu d'eau salée, d'eau vinaigrée ou d'un 
peu d'eau où on met une pincée de cendre. 



76 LE LIVRE DU COLON 

Mouches a cornes 

Pour défendre le bétail contre les mouches à cornes, on re- 
commande de faire bouillir des feuilles de tomates, mélangées si 
l'on veut avec une feuille ou deux de tabac. On lave avec cette 
décoction la tête et même le corps de l'animal une fois tous les 
deux jours. On arrive ainsi à rendre la tranquillité aux vaches 
ec à augmenter la production du lait. 

Etourneaux, corneilles, etc» 

Pour éloigner les étourneaux et autres mangeurs de grains 
de votre champ, prenez une patate grosse comme le poing, plan- 
tez-y une vingtaine de plumes de volailles ou de perdrix, et ac- 
crochez cela au bout d'une ficelle et d'une perche dans votre 
champ. On recommande aussi d'attacher de la même manière 
des retailles de ferblanc, que le vent agite et fait sonner : on dit 
que cela vaut mieux qu'un bonhomme de paille habillé d'un 
vieux gilet et coiffé d'un chapeau de feutre. 

Insectes, rats, etc. 

Pour garder le grain contre les insectes (charançons, poux 
de blé, etc.), on enseigne beaucoup de moyens. Celui qui con- 
vient le mieux est de mettre le grain dans un grenier froid et de 
le- remuer à la pelle ou de le transvider de temps à autre. Quand 
aux insecte- qui ravagent la récolte sur pied, ils ne craignent 
que les oiseaux, les crapauds et les couleuvres. C'est donc à vous 
de protéger ces modestes amis et d'empêcher vos enfants de leur 
faire du mal. 

Les rats, les souris, mulots, etc., seront surtout confiés au 
chat. 

Autre recette contre les insectes 

Le mélange suivant est bon pour à peu près tous les insec- 
tes qui ravagent les Jardins, depuis le ver à chou jusqu'aux mou- 
ches à patates. 

Huile de charbon 8 chopines 

Eau 4 chopines 

Savon mou i livres. 



LE LIVRE DU COLON 77 

On fait chauffer ensemble l'eau et le savon, puis on ajoute 
l'huile et on brasse bien jusqu'à ce que le mélange soit comme 
une colle. Pour se servir de ce mélange, on y ajoute trois ou 
quatre fois autant d'eau et on répand sur les plantes, soit avec 
une pompe-arrosoir, soit avec un balai de branches de cèdre. 

L'huile de charbon employée seule fait périr les plantes. 

Quantité moyenne de semence par arpent, pour 
terre neuve 

{Note. — Dans ce calcul, je compte que les souches pren- 
nent à peu près la moitié du terrain. Vous pourrez donc aug- 
menter ou diminuer selon que votre terre sera en-deçà ou au- 
delà de la moyenne). 

Blé — 1 minot. 

Seigle. — f de minot à 1 minot. 

Orge. — 1 minot à 1| minot. 

Avoine. — 1 à 1^ minot. 

Sarrasin.— 1 minot (variable.) 
Blé-d'Inde. — (en butte : 1800 buttes à l'arpent) 1 pinte pour 
200 bu: tes. 

Pois. — 1^ minot. 

Patates. — (coupées), 4 minots. 

Carottes. — 1 à 2 livres. 

Navets (choux de Siam). — 1 livre. 

Betteraves. — 2^ à 3 livres. 

Mil.— 7 à 10 livres. 

Trèfle alsike. — 6 à 8 livres. 

Mesures utiles 

La confusion qui se glisse très souvent dans l'emploi des 
mesures agraires, tant françaises qu'anglaises, donne lieu à des 
méprises qu'il est bon de chercher à éviter. 

Dans la province de Québec, les terrains sont divisés à la 
mesure anglaise et à la mesure française également. Les deux 
systèmes sont reconnus par la loi. 

Ces deux systèmes diffèrent et il importe de ne pas les con- 
fondre, ni de les mêler. 



78 LE LIVRE DU COLON 

Mesures françaises 

18 pieds français font 1 perche. 
180 pieds français font 1 arpent. 
15120 pieds français font 1 lieue. 
10 perches françaises font 1 arpent. 
840 perclies françaises font 1 lieue. 
8-i arpents français font 1 lieue. 

180 pieds anglais ne forment pas un arpent, il en faut vir- 
tuellement 192. 

Un arpent de terre en superficie équivaut à un carré dont 
lei quatre côtés mesurent 180 pds français ou 192 pds anglais. 

28 arpents donnent 1 mille et 92 pieds anglais ; 1 lieue 
(S4 arpents) vaux 3 milles et 276 pieds anglais. 

Le pied que l'on trouve sur les mesures appelées usuelle- 
ment " pieds-de-roi, '^ est le pied anglais. Jl est bien rare de 
trouver, au pays, une mesure quelconque qui soit divisée en 
pieds français. 

12.79 pds anglais valent 12 pieds français. 

3 pieds anglais font une verge. 

16-î pds anglais font 1 perche anglaise (rod) 

66 pieds anglais font 1 chaîne. 

5280 pieds anglais font 1 mille. 
1760 verges anglaises font 1 mille. 

1 perches anglaises (rods) font 1 chaîne. 

320 perches anglaises (rods) font 1 mille. 

80 chaînes anglaises (rods) font 1 mille. 

Un mille anglais (la mesure française ne connaît pas de 
mille) vaut 5280 pieds anglais ou 4954 pieds français, ou encore 
27 arpents, 5 perches et 4 pieds. 

L'acre n'est pas une mesure linéaire ou de longueur, c'est 
à tort que l'on s'en sert dans ce sens. C'est uniquement une 
mesure de superficie. Il contient une surface de 43,560 pieds 
îinglais. Un acre de terre équivaut à un rectangle de 5 chaînes 
tle longueur sur 2 chaînes de largeur ou à im carré dont chaque 
côté mesurerait 3.16 chaînes ou 208.71 pieds anglais (208 pds 
8 pcs 4^ lignes de 1.8 de pce.) 



LE LIVRE DU COLON 79 

L'acre vaut 1.18 arpent en superficie. 
L'arpent vant 0.85 de l'acre. 
1 baril de farine pèse 19G4b. 
1 baril de lard pèse 200 Ib. 

Le blé, les fèves et la graine de trèfle pèsent GO Ib. au minot. 
Le blé d'inde. le seigle et la graine de lin pèsent -"iG Ib. au 
minot. 

Le sarrasin, 52 Ib. 

L'orge, 48 Ib. 

L'avoine, 35 Ib. 

Le son, 20 Ib. 

La graine de mil, 45 Ib. 

Le gros sel, 85 Ib. 

Balance du colon 

Une l)alance est troj) utile pour vous en passer et trop 
chère pour en acheter : faut en faire une avec une traverse atta- 
chée b.en au milieu par une ficelle; à chaque bout suspendez un 
plateau en écorce, et ça y est. Quand vous irez chez un voisin 
qui a une romaine ou une balance, vous pèserez une livre de sa- 
ble sec. Juste une livre. Trouvez ensuite un cailloux qui pèse 
exactement autant, voilà votre poids d'une livre. Divisez en- 
suite votre sable en deux parties égales : trouvez un cailloux qui 
pèse autant qu'une de ces ])arties et vous aurez la demi-livre. 
La moitié vous donnera le quarteron, puis l'autre moitié le poids 
de deux onces. Deux cail eux d'une livre vous permettront de 
trouver un cailloux de 2 livres, puis de 4, etc., etc. Avec ce 
moyen-là, pourvu que votre traverse, vos cordes et vos plateaux 
soient solides, vous êtes capables de trouver le moyen de peser 
jusqu'à un cochon de 300 livres. 

Manche de hache casse 

Avant de mettre dans le feu votre hache pour en enlever 
le bout du manche qui est resté dans l'œillet, entourez le taillant 
a'îec de la glaise humide ; de la sorte vous ne courez aucun 
risque do détremper votre outil. 



80; LE LIVRE DU COLON 

Un feon moyen de durcir vos manches de hache consiste à 
les graisser légèrement avec du suif de mouton ou de la graisse, 
et à les laisser sécher ainsi tout près du poêle. Quand la graisse 
€8t imbibée, on frotte énergiquement le manche de hache avec 
an morceau d'étoffe, de laine, etc., et on le fait chauffer encore 
un peu. 

Remèdes du Colon. 

Ecoutez d'abord ce que dit un vieux docteur qui connaît 
son affaire : 

Quand iu es malade, ne dis pas : "Le mal est venu tout 
seul. " 

Le mal ne vient jamais tout seul. 

Xes trois quarts du temps, c'est ta faute si tu es malade. 

Tu as fait quelque imprudence que tu aurais très hicm, pu 
éviter. 

Dieu t'a fait présent d'une longue vie. C'est à toi de ne 
pas la faire courte, par nénlinence ou par ignorance. 

Ta. soigner quand tu es malade, c'est très bien. Mais c'est 
mieux de te soigner quand tu es hien portant. 

Il est bien plus facile d'empêcher la maladie d'entrer que 
de la chasser une fois installée. 

La maladie} entre par une porte à deux battants : elle sort 
par un trou d'aiguille. 

C'est vous dire qu'il y a des précautions à prendre : voici 
les principales : 

Propreté. — De l'eau, du savon et un balai de cèdre vous 
sauveront bien des remèdes. 

Que tout brille de propreté : les murs, les meubles et le 
plancher. ' • 

Vous devriez vous baigner souvent tout le corps, en été, 
dans le lac ou la rivière, et l'hiver vous laver tout le corps avec 
de l'eau tiède. Deux fois par semaine en été, une fois en hiver, 
layez-vous les pieds : la moitié des maladies viennent des pieds 
sales. 



LE LIVRE DU COLON 81 

Evitez aussi de vous savonner le visage, même avec du 
savon d'odeur ; l'eau froide suffit généralement. 

Ayez toujours du linge propre, surtout des bas. Même en 
faisant de la terre neuve, vous devez vous tenir propre, et vous 
laver surtout, parce que la ■'■«oussière de charbon encrasse. Un 
bon lavage au savon en vient à bout. 

Evitez les refroidissements subits : en été, quand vous êtes 
tout en sueurs, n'arrêtez pas brusquement de travailler pour vous 
asseoir à l'ombre et encore moins boire de l'eau de source : ça 
peut vous tuer. Modérez plutôt petit à petit, puis arrêtez ; 
quand le sang est reposé, asseyez-vous, puis buvez avant de vous 
remettre à l'ouvrage. 

L'hiver ou le soir, ne sortez pas sans vous mettre quelque 
chose sur les épaules et sur la tête. 

Ne dormez jamais dans un courant d'air, surtout en été. 
S'il fait trop chaud, roulez-vous plutôt dans une couverte et 
dormez dehors, sur des branches de sapin. 

Voici maintenant quelques remèdes : 

Surtout méfiez-vous des pilules, des remèdes en bouteilles 
qu'on vous vend au village : le meilleur ne vaut rien, et même 
s'il vaut quelque chose, il ne faut pas en prendre, à moins que le 
docteur ne l'ordonne. 

Evitez aussi très soigneusement les recettes des voisins, si 
vous ne. connaissez pas parfaitement la valeur des plantes indi- 
quées. Plusieurs plan.tes de nos boig sont dangereuses ; je n'in- 
dique que celles qui sont parfaitement connues, afin d'éviter, en 
vous indiquant d'autres bons remèdes, de faire des erreurs qui 
pourraient vous coûter cher. 

Ne vous servez jamais jamais de toiles d'araignée, ni pour 
les plaies, ni encore moins pour la fièvre. En supposant que ce 
remède soit bon, il est impossible d'avoir une toile d'araignée 
qui ne ,soit imprégnée de toutes espèces, de saletés, microbes, 
poussières nuisibles, etc. Et ça peut vous empoisonner le sang, 
donner le charbon, le tétanos, ou quelque autre maladie mortelle. 
Ca ne tue pas toujours, sans doute, mais il, suffit de savoir que 
ça peut tuer, pour ne. pas se risquçr. 

Purgatifs à prendre en cas de nécessité.- — Quand la tête est 



S2 LE LIVRE DU COLON 

lourde, les selles difficiles et rares, la langue épaisse, les yeux 
abatttus, l'appétit nul, prenez un quarteron de feuiles le frêne 
bouillies dans une pinte d eau. Buvez-en une tasse le matin à 
jeun, une autre ravant-midi. et le reste dans l'après-midi. 
Sucrez à volonté. Mangez légèrement. Evitez les refroidisse- 
ments. Note. — Faites nne provision de feuilles de frêne, faites- 
les sécher à l'ombre et à l'abri, et conservez-les dans une boîte ou 
un sac de papier, avec le nom dessus : ça vaut le meilleur séné. 

Diarrhées, coliques, etc. — Ecorce de saule blanc, en tisane. 
Dose : ^ cuillerée à soupe d'écorce dans une chopine d'eau ou 
dans du vin. Ou bien, écorce de frêne, d'aulne, d'orme, de bou- 
leau, de pruclie. de peuplier ou tremble, dose un peu plus forte. 

Mal de ressii\ (retranchement d'urine, rhumatisme de l:i 
vessie, etc.). — Boire de temps à autre, 2 ou 3 fois par jour, uno 
tisane de bourgeons de sapin ( ^ cuillerée à soupe dans de l'eau 
sucrée ou du vin). Tisane de persil ou de pissenlit. Manger 
des gnons crus. Boire des tisanes faites avec des chevcu.v de 
blé-d'Inde. 

Vers. — Ecosse de saule blanc, de frêne, de tremble (peu- 
plier) , en tisanne. Dose : | cuillerée à soupe d'écorce pour une 
chopine d'eau, à prendre en trois fois par jour. Donner | dose 
seulement aux enfants. Ou bien, pour adultes, 2 ou 3 gousses 
d'ail bouillies dans du lait. 

Manque d'appétit, faiblesse, maigreur. — Mâcher de l'écorce 
d"orme, de saule blanc, de frêne. Manger deux ou trois bouffies 
de gomme de sapin par jour. Mâcher des racines de savoyannc. 
Boire de la tisane de racines de salsepareille ou de racines de 
(jinseng. ]\[anger quelques gousses d'ail par jour. Boire quel- 
ques tisanes de tiges d'angHique et de mélisse dans l'eau ou le 
vin. Infusion de feuilles de cassis (gadel'e noire) dans le vin 
eu l'eau. Infusion de baume (menthe poi\Tée). 

Refroidissement. — Tisane de fleurs de sureau blanc, bien 
chaude, ou de menthe ou de camomille. 2 ou 3 fois par jour. Se 
coucher et se couvrir pour transpirer. Changer de linge après 
transpiration, sans faute, et se recoucher. Tisane d'angélique. 

F èvre. — Tisane d'écorce d'aulne. Faire transpirer le ma- 
lade avec tisane de fleurs de sureau. Eviter de lui donner à 
manger trop copieusement. T'n simple liouillon ou une tisane 



LE LIVRE DU COLON 83 

(l'orge ou d'avoine vaut mieux. L'iufusion ou tisane de menthe 
(baimie) ou de camomille est aussi excellente. Tisane d'angé- 
lique chaude. Tisane d''écorce*de coudrier. 

Rhumes. — Sirop de merisier, sirop de savoyanne ou tisane 
u.' savoyanne sucrée. Tisane d'écorce de bois blanc (tilleul). 
Louffies de gomme de sapin. 

Faire un sirop avec de la carotte râpée et du sucre ; laisser 
bouillir et réduire presque en sucre. A prendre par cuillerées, 3 
ou -i fois par jour. 

Sirop d'oignon (même procédé), même dose. 

Sirop d'écorce d'orme (faites bouillir, coulez, sucrez et ré- 
duisez en sirop). 

Coqueluche. — Prenez une poignée d'ail ; coupez-la en petits 
morceaux, mettez dans une tasse à thé de saindoux, faites cuir>; 
jusqu'à ce que l'ail soit bien mou ; passez ce mélange à travers 
une toile en comprimant bien. Lorsqu'un enfant a la coque- 
luche, graissez lui le dos, le creux de l'estomac, la paume (le 
dedans) des mains, la ])lante (le dessous) des pieds et la gorge, 
avec cette pommade. En même temps, faites lui prendre quel- 
ques cuillerées à thé de miel de temps en temps, si vous en avez 
ECUS la main (Voir remède pour le rhume : sirop de savoyanne. 

R]iumat{s}ii('. — Prendre du sirop de merisier, 1 cuillerée à 
tjié 3 fois par jour. Késine de peuplier-baumier (obtenu en 
faisant bouillir les bourgeons).! cuillerée en 3 fois par jour. 
Cataplasme de gomme de sapin. Mouche de racine de raifort 
on poudre, délayée dans un peu de vinaigre. Frictionner la 
partie malade avec de l'onguent de cèdre (feuilles de cèdre 
écrasées et chauffées avec du Ijcurre non salé, du saindoux ou 
de l'huile). Appliquer sur la partie malade un petit sac plein 
d'avoine sèche et bien chaude. 

Hémorrhdides. — Cataplasme de feuilles de patates écrasées 
et cuites. Laver avec une infusion de ces feuilles. 

Epuisement, consomrition, etc. — Hacher en petits morceaux 
4 livres de -s'iande crue et fraîche ; verser sur cette viande une 
pinte d'eau froide et laisser tremper 4 heures ; presser ensuite 
énergiquement à travers une toile, et faire prendre en un jour 
au malade le liquide rouge ainsi obtenu. Continuer jusqu'à la 
guérison, qui s'effectue avec une rapidité merveilleuse. 



84 LE LIVRE DU COLON 

Ce remède a été découvert tout récemment par deux grands 
médecins français, les docteurs Eichat et Héricourt. 

On recommande aussi de prendre du sirop de navet. Râpez 
ou coupez un ou deux navets, et faites bouillir avec du sucre 
jusqu'à ce que le sirop se forme. Plusieurs cuillerées par jour 
(de 5 à 8). 

Impureté du sang. — Au printemps, boire de l'eau d'érable 
tant qu'on pourra, sans excès, naturellement. Un peu plus tard, 
faire une tisane de sapinages : rameaux d'épinette avec un peu 
de jeunes pousses de sapin (pas beaucoup), des bourgeons de 
cormier, de l'écorce de cerisier sauvage ; en boire pendant quel- 
qi^es jours, deux ou trois verres ou tasses par jour. La tisane de 
racine de pissenlit est aussi recommandée. 

Pïades, etc. — Laver avec tisane d'écorce d'épinette. Mettre 
sur la plaie un peu de gomme de sapin. 

Si la plaie coule, y mettre des cataplasmes trempés dans 
une tisane de feuilles de noyer, et changer matin et soir ; ou les 
feuilles elles-mêmes, bouillies et tièdes. 

On peut aussi employer le pissenlit de la même manière, ou 
des tisanes d'écorce de saule (saule blanc, osier, hart rouge, etc.). 

Poudre de charbon de bois. 

Coupures, écorchures, atc. — Les feuilles de tous les géra- 
niums ont l'avantage de guérir rapidement les coupures, écor- 
chures et autres plaies semblables. 

On prend une ou deux feuilles de cette plante, que l'on 
écrase un peu sur un linge et qu'on applique sur la plaie. Sou- 
vent, une seule feuille suffit à g\iérir. Elle s'attache fortement 
à la peau, rapproche les chairs et cicatrise la blessure en peu de 
temps. 

Chancres, morsures de cTi'en, piqûres de mouches charbon- 
neuses, etc. — Pour toute plaie dangereuses, il faut brûler \-\ 
chair au plus tôt avec de la perlasse ou de la cendre vive, puis 
laver avec de la tisane d'avoine et mettre un peu de gomme de 
sapin. Ce remède est aussi bon pour le bétail, pour des plaies 
lualsaines, etc. 

Clous. — Indiquent généralement du mauvais sang. Prendre 
une légère purgation, pendant deux ou trois jours. Manger peu. 



LE LIVRE DU COLON 85 

Surtout s'abstenir des nourritures trop fortes (lard, fèves, etc.). 
Appliquer sur le clou un cataplasme d'oignon cuit. 

Maladies contagieuses. — S'il ^ a des maladies épidémiques 
dans la région (fièvre, diphtérie, picote), redoublez de propreté. 
Changez souvent le linge de vos enfants et ne laissez pas le linge 
sale traîner sans le laver. Mettez du charbon de bois en diffé- 
rents endroits dans le chantier ; changez-le tous les 3 ou 4 jours, 
eï jetez le vieux dans le poêle. Coupez quelques oignons crus en 
deux, et mettez-en sur les tablettes ; quand ils seront secs, vous 
les brûlerez et en mettrez d'autres. Si des visiteurs suspects 
(sales, etc.) entrent chez vous, brûlez un peu de vinaigre sur des 
tisons aussitôt après leur départ. Tout ça chasse les microbes. 
Llangez aussi quelques morceaux d'oignons crus, de temps à 
autre ; faites-en aussi manger aux enfants. Si votre cave sent 
mauvais, mettez-y des paquets de tiges de framboisiers. Mettez- 
en quelques touffes dans tous les bâtiments, ainsi que du char- 
bon de bois, et ouvrez les soupiraux. 

Mal d'yeux. — Prenez cinq ou six feuilles crues, de chou ou 
de laitue (salade) ; ôtez-en les grosses côtes (cotons), et appli- 
quez-les sur la partie malade en les fixant avec une bande de 
toile. Renouveliez deux ou trois fois par jour. La fraîcheur de 
ce cataplasme enlève l'inflammation et apaise la douleur. On 
recommande surtout ce cataplasme de feuilles de laitue pour les 
inflammations des yeux. Ca ne peut jamais faire de mal. 

Dangers à éviter 

Les bas de certaines couleurs, surtout les rouges et les noirs, 
peuvent être dangereux parce qu'ils sont teints avec des acides 
et des poisons qui se délaient dans la sueur des pieds et peuvent 
occasionner des démangeaisons, des plaies, et même des empoi- 
sonnements du sang. 

Plusieurs ménagères ont l'habitude de porter des claques 
dans la maison, parce que c'est moins lourd que les chaussures ; 
c'est très malsain, parce que les claques empêchent l'air de pé- 
nétrer jusqu'aux pieds, provoquent la sueur, et peuvent occa- 
sionner différentes indispositions. Il ne faut porter des claques 
que pour sortir, et les ôter en arrivant. Pour la maison, faites 



86 LE LIVRE DU COLON 

\ous des pantoufles en forme de souliers de bœuf, soit avec du 
cuir mince, soit avec de l'étoffe, soit même avec de l'écorce, et 
ayez des sabots pour sortir. 

Remèdes du bétail 

Les différents remèdes indiqués plus haut pour le colon et sa 
fi-.mille conviennent également au bétail : il suffit de doubler la 
dose pour le gros bétail, de la réduire, au contraire, pour les 
moutons et pour les gorets, et de suivre les prescriptions autant 
qu'elles peuvent s'appliquer, aux animaux. D'ailleurs, avec de 
la propreté, une étable sèche, une nourriture saine, de l'eau 
propre et plutôt tiède nue froide (même en été), un coup d'étril- 
lé de temps à autre, un coup de balai tous les matins pour sortir 
le fumier, vos animaux ne seront jamais malades que par acci- 
dent. Or, avec de bonnes clôtures, de la gomme de sapin et 
quelques tisanes, vous n'avez rien à craindre des accidents. Mais 
surtout, veillez aux clôtures. 

Conclusion générale 

Vous avez, mon cher ami, dans votre terre, dans votre 
énergie personnelle et dans les modestes pages que vous venez 
do lire, à peu près tout ce qu'il faut pour réussir, non seulement 
à vivre, mais à vous enrichir. 

Tl ne faut pas se contenter du nécessaire : il faut avoir de 
l'ambition, non pour dominer, non pour faire parler de soi, non 
pour éblouir, mais pour être plus puissant à faire le bien. Vos 
enfants grandiront, et vous devez dès maintenant songer qu'ils 
seront vos héritiers, mais que le plus bel héritage que vous puis- 
siez leur laisser est une solide instruction. Pour cela, il faut 
dv' l'argent. Faites donc de l'argent : ])lus vous en ferez, plus 
vous pourrez faire de bien ; et vous savez que l'iiomme n'a pas 
d'autre devoir auprès de ses semblal^les que celui de faire du 
bien. 

Vous ferez de l'argent cti rons occupant de votre affaire. 
Cela ne veut pas dire de rester enfermé dans votre trou. Cela 
veut dire, au contraire, de chercher à vous renseigner sur tous 



LE LIVRE DU COl.ON 87 

les moyens possibles de faire le plus sûrement fortune on utili- 
sant toutes les ressources que la nature a mises à votre disposi- 
tion. 

Ne perdez donc aucune occasion de vous instruire sur les 
mille secrets de votre profession. 

Et puis, quand vous saurez une chose, que vous penserez 
pouvoir la réussir, essayez d'abord en petit, et dites-vous bien 
que, si ça paie votre voisin, ça doit aussi vous payer. Mais pour 
que ça paie, il faut adopter tous les moyens voulus pour que ça 
paie. Il ne faut donc pas avoir peur de payer le iirix, quand 
vous avez besoin de matière première : bétail, graines, etc. 

Soignez surtout les détails : le succès, en agriculture, dé- 
pend souvent d'un clou bien enfoncé, d'une porte bien fermée, 
d'un fossé bien fait, d'une allumette mise à sa place. Les traî- 
neux sont généralement des apprentis-g^iéie^<a;. 

Faites tout de suite et faites bien ce que vous avez à faire. Il 
vaut mieux prévenir que guérir, et ce n'est pas au jour où votre 
terre sera empestée de mauvaises herbes, que vos vaches auront 
pris l'habitude de défaire vos clôture savec leurs cornes, ou que 
les renards auront pillé votre poulailler, qu'il faudra se dire : 
" Hélas, si j'avais su ! " 

/En un mot, ayez de l'ordre, et tout marchera sur des rou- 
lettes, parce qu'un homme d'ordre est un homme intelligent, et 
que l'intelligence est la qualité la plus sûre pour arriver à la 
fortune. ^ 



INFORMATIONS OFFICIELLES 



Tirées de la loi concernant les Terres de la Couronne et les choses 

qui en relèvent (Ch. 6 Statuts Refondus P. Q.) 

et des règles et règlements du Département 

des Terres, Forêts et Pêclieries 

Le prix d'un lot. 

Le prix des terres est purement nominal ; il varie de 20 cts 
à 60 cts l'acre, et le colon le moins fortuné peut toujours aspirer 
à devenir propriétaire d'un ou de plusieurs lots. 

Bien plus, lorsque le ministère des Terres a la preuve qu'il 
a affaire à un colon de bonne foi, il tempère volontiers pour lui 
ijt rigueur de ses règlements, et facilite, dans la mesure du pos- 
sible, son établissement sur nos terres publiques. 

Les conditions de la vente* 

Disons tout d'abord que c'est à l'agent local du ministère 
des terres de la Couronne que doit s'adresser, soit verbalement, 
soit par écrit, toute personne désirant faire l'acquisition d'un 
lot de terre. 

Naturellement la vente d'un lot s'effectue à certaines con- 
ditions. Nous les énumérons ci-après pour l'utilité des colons : 

L'acquéreur doit prendre nossession de la terre dans les six 
mois qui suivent la date de la vente. 

Il doit y résider et .l'occuper, soit en personne, soit par 
d'autres, au moins deux ans à compter de la vente. 

Dans le cours des quatre premières années, il est tenu de 
défricher et de mettre en culture au moins un dixième de la 
terre, et d'y construire une maison habitable de seize pieds sur 
vingt. 

Il doit payer comptant un cinquième du prix d'achat, et la 



LE LIVRE DU COLON 89 

balance en quatre versements éa^aux et annuels, portant intérêt 
de six pour cent par année. 

De plus^ si le lot se trouve dans une région sous licence de 
coupe de bois, ou encore dans un région qui tombe sous le coup 
de PActe des Mines, le colon est tenu de se conformer aux dispo- 
sitions de la loi qui régit les forêts, les mines et les eaux. 

Toutes ces conditions sont énumérées dans le reçu que l'on 
remet à l'acheteur, et dont voici la teneur : 

^^0.... 

Agence du ministère des Terres de la Couronne 
$ . : 190 

Eeçu de la somme de 

étant le premier versement d'un cinquième du prix d'achat de . 

acres de terre contenus dans . . .lot 

Ko dans rang du canton de 

P.Q., la balance étant payable en quatre versements égaux an- 
nuels, avec intérêt de cette date. 

Cette vente, si elle n'est pas désapprouvée (dans les quatre, 
mois) par le ministère des Terres de la Couronne, est sujette 
aux conditions suivantes, savoir : L'acquéreur devra prendre pos- 
session de la terre dans les six mois de la date de la 
présente vente, et continuer d'y résider et de l'occuper soit en 
personne, soit par d'autres, pendant au moins deux 
ans, à compter de ce temps ; et dans le cours de 
quatre années au plus, il devra défricher et mettre en culture 
v\\ moins un dixième d'icelle, et y construire une maison habi- 
table d'au moins seize pieds sur vingt. Il ne sera coupé de bois 
avant l'émission de la patente que pour défrichement, chauffage, 
bâtisses ou clôtures ; et tout bois coupé contrairement à cette 
condition sera considérée coupé sans licence sur des 
terres publiques. Nul transport des droits de l'acquéreur ne 
sera reconnu s'il y a eu défaut d'accomplissement d'aucune des 
conditions de vente. Les lettres patentes ne seront 
émises, dans aucun cas, avant l'expiration des deux années d'oc- 
cupation, ni avant l'accomplissement de toutes les conditions re- 



90 LE LIVRE DU COLON 

quiscs. uiênic quand le prix de la terre sera pa3^é en entier. L'ac- 
quéreur s'oblige à payer toutes les améliorations utiles faites par 
d'autres à la terre vendue. Cet octroi est sujet aux lois et règle- 
ments concernant les terres publiques, les bois et forêts, les mi- 
nes et les pêcheries de cotte province. 

Agent. 



Avis. — Lorsque le ministre des Terres de la Couronne est 
convaincu qu'un acquéreur de terres publiques ou son cession- 
nairo, représentant ou avant cause, s'est rendu coupable d'une 
fraude ou d'im abus, ou a enfreint ou négligé, d'accomplir quel- 
que condition do la vente ; aussi, lorsqu'une vente a été faite par 
méprise ou erreur, il peut annuler la vente, reprendre la terre y 
désignée et en disposer de même que si elle n'eût jamais été 
vendue. (Voir art. 1283 des S. E. P. Q.) 

Ue plus, l'acquéreur d'un lot doit faire devant Tagent ou 
devant tout autre fonctionnaire autorisé par la loi à faire prêter 
serment, la déclaration solennelle qui suit : 

Je (iioui de rac(jucrcur) de 

comté de déclare solennellement : 

1. Que je suis âgé de ans. 

2. Que je désire acquérir le lot de terre (indiquer le lot), 

du . . . .rang, dans le canton de comprenant 

acres. 

3. Que, dans mon opinion ledit lot est propre à la culture et 
ne tire point sa principale valeur du bo's ou des minerais qui s'y 
trouvent. 

4. Que j'ai l'intention d'acquérir ledit lot, en mon nom, aux 
fins de le défricher et cultiver pour mon usage et bénéfice 
personnels, .et nullement pour l'usage et bénéfice, directs ou indi- 
rects, d'autres personnes ; que je ne désire pas non plus acquérir 
ce lot, ni en devenir le possesseur, dans le seul but d'exploiter le 
lois qui s'y trouve, ou de tirer uniquement avantage des mines 
et minéraux (pii peuvent s'y trouver. 

5. Je dk'lare en outre que ledit lot, actuellement inoccupé, 
n'a pas encore été travaillé. (Spécifier les exceptions s'il y en a.) 



LE LIVRE DU COLON 91 

Je, soussigné, déclare solennellement que les faits ci-dessus 
sont vrais ; et je fais cette déclaration solennelle la croyant cons- 
ciencieusement vraie et sachant tiu'elle a la même force et le 
même effet que si elle était faite sous serment, sous l'empire de 
l'Acte de la Preuve au Canada, 1893. 

Déclaré devant moi, soussigné, à 

ce jour de 190 

(Signature de l'agent ou d'un juge de paix.) 

Les chemins publics 

Sur chaque lot vendu par le gouvernement, une réserve 
ce cinq pour cent de l'étendue totale du terrain est faite pour les 
chemins publics. 

Cette réserve n'existe pas, cependant, s'il s'agit d'un îlot. 

Elle n'est pas circonscrite à un endroit particulier ; elle 
peut être faite où on le juge à propos et dans l'endroit qui paraît 
li plus convenable nour une route public^ue. 

L'acquéreur d'un lot ne perd rien par suite de cette réserve. 
Le gouvernement vend en effet des lots d'une étendue supposée 
dt cent acres, et l'acheteur ne paie que ces cent acres, bien 
que le lot mesure en réalité cent cinq acres. 

Les lots, dans les cantons, peuvent être divisés et subdivisés 
dans un sens ou dans l'autre — sur le long ou sur le travers — 
pourvu, toutefois, que l'étendue de chacune des divisions ou sub- 
divisions soit une partie aliquote. 

Révocations de ventes 

Le ministre des Terres, Forêts et Pêcheries peut toujours 
invalider une vente et reprendre la terre vendue, s'il lui est prou- 
vé que l'acquéreur s'est rendu coupable de fraude, ou a négligé 
r/accomplir aucune des conditions de la vente. 

Il en est de même si le lot a été vendu par méprise ou par 
erreur : la vente du lot est révoquée et le ministère peut en (dis- 
poser comme s'il n'eût jamais été vendu. 

Celui qui demande l'annulation de la vente doit faire faire 
préalablement, .i ses frais, par l'agent du ministère des Terres ou 



92 LE LIVRE DU COLON 

le garde forestier, une inspection du lot, pour constater si les con- 
ditions d'établissement n'ont pas été remplies. 

Une révocation de vente ne pGut cependant être prononcée 
avant qu'avis en ait été donné dans la Gazette Officielle. 

Cet avis — dans lequel sont désignés les lots visés par la 
révocation — est transmis à l'agent, qui le fait afficher dans un 
endroit public. Ce n'est que trente jours après cet affichage que 
l'annulation peut être prononcée. 

L'agent doit, dans tous les cas, informer par écrit l'occu- 
j)ant ou l'acquéreur du lot, que la révocation de la vente est an- 
noncée dans la Gazette Officielle. 

L'acquéreur est toutefois admis à bénéficier des délais de 
l'affichage pour exposer au ministre, par écrit, les raisons de son 
opposition à la révocation de la vente. Le ministre ou le cabinet 
décide alors ce qu'il convient de faire. 



Colons sans titres. — Rente (inoccupation. 

Les colons sans titre (squatters) sont ceux qui occupent des 
terres sans les avoir acquises de la Couronne. Ils ne sont pas 
reconnus par le ministère, mais ils sont toujours admis à régu- 
lariser leur position, c'est-à-dire à obtenir un titre de propriété 
qui les empêche d'être dépossédés à un moment donné des fruits 
de leurs travaux. 

Ils s'adressent, à cet effet, à l'agent local ou au ministère 
des Terres, et doivent payer au moment de l'achat la rente d'oc- 
cvpation. 

Le montant de cette rente d'occupation est fixé par un rè- 
glement passé en 18T4, et encore en vigueur. Il varie suivant la 
valeur de la terre : 

Eente de 100 acres de terre à 60 centins par acre : $2.50 par 
année pour les sept premières années, et double de ce montant, 
savoir. -fô.OO ))ar année, ensuite. 

IJente de 100 acres de terre à 40 centins par acre : $2.00 par 
année pour les sept premières .années, et double de ce montant, 
savoir. $4.00 par année, ensuite. 



LE LIVRE DU COLON 98 

Rente de 100 acres de terre à 30 centins par acre : $1.50 
par année pour les sept premières années, et double de ce mon- 
t'int, savoir, $3.00 par année, ensuite. 

Eente de 100 acres de terre à 30 centins par acre : $1.00 
par année pour les sept premières années, et double de ce mon- 
tant, savoir, $2.00 par année, ensuite. 

Et ainsi de suite, en proportion, pour de moindres ou de 
plus grandes étendues. 

La rente doit être ajoutée au prix par acre, et le tout doit 
Ctre payé, par versements, suivant l'usage. 

La rente d'occupation est due par le colon pour tout le 
temps qu'il a occupé le lot. 

La question d'imputation des droits de coupe en paiement 
du lot peut aussi se présenter pour les colons sans titre. Cette 
question est résolue par un article de la loi qui se lit ainsi : 

^' Si des colons n'ont pas pris de billet de location, mais oc- 
cupent de bonne foi des lots appartenant à la Couronne, sur les- 
quels ils ont rempli les conditions d'établissement requises avant 
l'octroi de lettres patentes, le cabinet peut, à sa discrétion, im- 
puter les droits de coupe imposables sur le bois coupé dans l e dé- aJ^^T^ 

f richement, sur la somme due à la Couronne pour le prix ijj^oc- 
cupation de ces lots, et peut remettre la balance de ces droits, s'il 
y en a, aux occupants. " (Art. 1342, E.S.P.Q., amendé par 55-56 
V., eh. 18.) 

D'un autre côté, l'article 35 des règlements des bois et 
i'orêts défend strictement à tout' colon sans titre (squatter), à 
moins qu'il n'en ait préalablement obtenu l'autorisation du mi- 
nistre des Terres, Forêts et Pêcheries, ou de ses agents, de 
s'établir ou de faire aucun défrichement ou abattis en- 
traînant coupe de bois de commerce, dans aucun territoire non 
arpenté, ou sur aucun terrain subdivisé, mais non offert en vente, 
compris dans les limites de la province de Québec et formant 
partie des concessions faites pour coupe de bois ; lesdits bois ap- 
partenant aux concessionnaires de droits de coupe, qui ont plein 
droit d'intenter des poursuites contre les auteurs de pareils délits. 



94 LE LIVRE DU COLON 

Les agents du gouvernement 

< Attributs et devoirs 

Les terres publiques sont — comme on sait — administrées 
par un des membres du oonvernement provincial, qui a le titre de 
ministre des Terres, Forêts et Pêcheries. 

Partout où il y a des terres publiques à administrer, le mi- 
nistre est représenté par des agents. 

C'est par ces agents que s'effectue la vente des terres à colo- 
niser. 

Les règlements défendent aux agents de vendre plus de 200 
3cres de terre à une seule et même personne. Il ne leur est pas 
ptrmis non plus de vendre à des personnes âgées de moins de 
seize ans. 

Si l'agent a raison de croire que c'est uniquement dans l'in- 
tention de couper du bois, et non pour faire des défrichements 
et cultiver, qu'on veut acheter des lots, il doit refuser de vendre. 

Les agents perçoivent les arrérages dus à la Couronne, 
règlent les difficultés qui peuvent surgir de réclamations oppo- 
sées, sont chargés de l'inspection des terres, ainsi que de la pro- 
tection du domaine public. 

Ils peuvent dresser eux-mêmes, s'ils en sont requis, les actes 
de transport, lorsqu'un lot chantre de mains. 

Ces transports peuvent également se faire par acte notarié. 
Si l'agent en est chargé, on lui paiera comptant un honoraire de 
cinquante centins. 

Une fois dressé et signé par les parties intéressées, l'acte de 
t:?nsport est transmis au ministère pour enregistrement. Cet 
envoi doit être accompagné d'une piastre, prix de l'enregistre- 
ment. 

Pour être acceptés par le ministère, les actes de transport ne 
doivent contenir aucime condition ([ui n'ait été remplie ou aucu- 
ne obligation qui n'ait été acquittée d'avance. Il faut de plus 
que tous les versements échus aient été payés. 

Les agents sont autorisés à accorder aux colons des certifi- 
cats d'exécution des conditions d'établissement, lorsqu'ils possè- 
dent les renseignements nécessaires pour le faire. Chaque certi- 



LE LIVRE DU COLON 95 

f cat est remis, sur paiement d'uu honoraire de trois piastres, à 
la personne qui le requiert. 

Si l'on a confié à un agent Ja tâche de faire une inspection 
spéciale au sujet d'un achat de terres, ou de s'enquérir si les con- 
ditions d'établissement sur un ou plusieurs lots ont été remplies, 
il a droit à une somme de quatre piastres par jour, durant l'ins- 
pection, hors de sa résidence. Cet honoraire doit être payé d'a- 
vance par la personne qui demande l'inspection. 

Enfin, s'il s'élève quelque conflit au sujet ue terres ou au 
sujet de droits à percevoir sur le bois, tous les documents et 
pièces à conviction se rapportant à Tatïaire doivent être transmis 
à l'agent. Celui-ci est tenu, suivant les exigences et la difficulté 
du cas, de faire rapport au ministère des Terres et de solliciter 
son action directe. 

Les agents doivent s'efforcer d'obtenir des renseignements 
e:;acts sur tout ce qui se rattache aux terres soumises à leur ju- 
ridiction, de manière à éviter, autant que possible, la vente de 
lots impropres à la culture et sur lesquels il n'y a que du bois de 
commerce. 

Ils doivent aussi faciliter, autant que faire se peut, la tâche 
do ceux qui dasirent occuper de lionne foi des terres publiques, et 
kur procurer le moyen d'obtenir leur billet de location. 

Les agents sont tenus de rendre au ministère, au com- 
mencement de cha-^ue mois, un compte de leurs opérations. 
Cette règle ne souft're pas d'exception. Une copie de ce compte 
rendu leur est renvoyée par le ministère, après révision, et les 
agents int-crivent dans leurs livres les corrections qui y ont 
été faites. 

Les agents pour la vente des bois sont aussi tenus d'infor- 
mer le minislère des opérations forestières à faire dans leur 
agence, et d'indiquer où le garde forestier doit êfre délégué. Ils 
doivent également, lorsquMs font la vente d'un lot compris dans 
une limite à bois, en informer les porteurs de licences. 

Les arpenteurs et gardes forestiers. 

Les arpenteurs ou gardes forestiers chargés d'examiner les 
travaux et améliorations faits à des terres publiques, sont 
tenus de constater dans leurs rapports, qu'ils communiquent au 



96 LE LIVRE DU COLON 

ministère ou à son agent, la nature et l'étendue de ces travaux 
et de ces améliorations, ayant soin, en outre, de faire la distinc- 
tion entre les défrichements partiels, les défrichements aban- 
donnés, etc. 

Ils doivent indiquer également si les terres examinées par 
eijx sont en bon état de culture et si la maison — en supposant 
qu'une maison ait été construite — est actuellement occupée. Il 
est même très utile de donner le nom de la personne qui réside 
actuellement sur le lot. 

Les arpenteurs ou gardes forestiers doivent noter de plus 
toutes les réclamations que peuvent faire valoir les parties inté- 
ressées. 

Les comptes des gardes forestiers doivent, avant d'être 
transmis au ministère, avoir été examinés et vérifiés par l'agent. 

La coupe du bois. 

D'après la lettre même du billet de location, le colon, tant 
qu'il n'a pas rempli les conditions requises pour l'émission des 
lettres patentes, n'a le droit de couper du bois sur son lot que 
pour le défrichement, les bâtisses, le chaulïage et les clôtures. 
Mais le ministre des Terres, Forêts et Pêcheries interprète tou- 
jours les termes du billet le plus favorablement possible pour le 
colon, si ce dernier lui semble de bonne foi. 

Le bois que le colon coupe sur son lot dans les défriche- 
ments, et dont il dispose pour des fins de commerce, est sujet 
aux droits de coupe réglementaires. Ces droits sont appliqués 
au paiement de ce qui reste dû sur le prix du lot : 

'* Les droits de coupe fixés par les règlements du minis- 
tère sont prélevés sur tout bois coupé pour fins d'établisse- 
ment sur des lots régulièrement acquis de la Couronne par billet 
de location et qui ne sont pas entièrement payés, et le produit de 
ces droits est imputé sur la balance due en capital et intérêt 
sur le prix du lot jusqu'à concurrence de cette balance ; le sur- 
plus, s'il y en a, est remboursé au colon, si le lieutenant-gouver- 
rjeur en conseil le décide ainsi. " (Art. 1343. S.E.P.Q.. amendé 
par 55-56 V., ch. 18.) 



LE LIVRP: du colon 97 

"Lorsque le prix d'achat est entièrement payé et que les con- 
ditions d'établissement requises pour l'émission des lettres pa- 
tentes sont remplies, le coîon peut couper tout le bois qui se 
trouve sur son lot et en disposer à son gré, sans payer aucun 
droit. 

"Nul droit de coupe ne sera prélevé sur le bois coupé par les 
colons sur des lots régulièrement acquis de la Couronne par bil- 
lets de location et qui sont entièrement payés, pourvu que ces 
lots soient occupés de bonne foi et que les conditions d'établisse- 
ment requises aient été remplies. " (Art. 1342, S.E.P.Q., amen- 
dé par 55-56 V., ch. 18.) 

Il importe de bien établir ces principes, afin d'éviter tout 
malentendu. En prenant un billet de location, le colon, même 
s'il paie tout le prix du lot, n'acquiert par la permission de 
couper le bois comme il l'entend : il ne peut couper que 
peur les fins mentionnées en son titre de vente. L'article 24 des 
règlements des bois et forêts se lit ainsi : 

" Les colons, occupants, acheteurs ou concessionnaires à ti- 
tre gratuit de terres publiques qui, avant d'avoir rempli les con- 
ditions de la vente ou de l'octroi, couperont sans licence du bois 
dans ces terres (si ce n'est pour défricher la terre, pour bâtir, 
pour construire des clôtures), ou autres qui le couperont avec 
leur permission, seront passibles des pénalités imposées par la loi 
dans les cas de bois coupé sans licence. " 

Le colon a donc intérêt à se mettre le plus tôt possible en 
éïat d'obtenir ses lettres patentes, et la loi actuelle lui facilite 
cette tâche par l'application, au paiement du prix du lot, des 
droits payés sur le bois coupé pour les fins d'établissement. 

Application des droits de coupe. 

Pour profiter des bienveillantes dispositions de la loi qui 
permet de payer le prix d'un lot avec les droits sur le bois coupé 
pour les fins d'établissement, le colon doit rendre un compte 
exact du bois ainsi coupé, afin que l'agent puisse faire au mi- 
nistère le rapport voulu ; et, s'il désire que l'application des 
dîoits de coupe soit faite sans retard, qu'il les paie lui-même 
a l'agent, ou qu'il voie à ce que l'acheteur de son bois, qui 



98 LE LIVRE DU COLON 

retient généralement le montant de ces droits sur le prix 
du bois, les paie en temps et lieu. Il ne peut être, en effet, 
question d'appliquer des droits non payés, et, du reste, si le mi- 
ir stère ignore que le bois a été coupé pour les fins d'établisse- 
ment, Tapplication des droits payés ne peut se faire. 

De même, afin de ne pas pa3'er de droits lorsque son lot 
est dans les conditions requises pour l'émission des lettres paten- 
tes, le colon doit produire un état assermenté du bois coupé, avec 
indication du lot, suivant une formule imprimée qu'il obtient 
de l'agent ou du garde forestier, et que voici : 

Province de Québec, 
District de 



A comparu devant moi, un des Juges de Paix de Sa Ma- 
jesté pour ledit district (nom et prénoms du coion) 

de comté de lequel, 

après avoir prêté serment sur les Saints Evangiles, dépose et dit : 

Qu'il a vendu et livré à de 

les quantités suivantes de billots (ou autres effets), savoir : 



Que ce bois a été coupé par lui ou par son ordre, durant la 

saison 189.-190., sur le lot Xo. . . dans le 

rang du canton de et qu'il n'a vendu audit . . . 

aucun autre billot ni bois d'aucime autre espèce, 

et qu'il n'a coupé aucun aiitre billot ni bois d'aucune autre espèce 
j.ur des terrains privés ou sur le terrain de la Couronne.durant la- 
dite saison ; et qu'il est le (propriétaire, concessionnaire, etc.) 
du lot susmentionné. 

Assermenté devant moi, à 

f,^ Jour de 

Juge de Paix. 



LE LIVRE DU COLON 99 

La coupe en contravention. 

Il est expressément défendu de conper du bois sans permis- 
sion sur des terres publiques. L'article 31 des règlements des 
bois et forêts dit : 

" Toute personne coupant du bois sur des terres publiques 
sans y être autorisée par une licence, sera punie suivant la loi. 

" C'est-à-dire qu'elle perdra son droit au bois qu'elle aura 
a'nsi coupé, ainsi que ses frais de fabrication et d'exploitation ; 
e: toute personne qui enlèvera ou fera enlever ou aidera à enle- 
\er du bois ainsi coupé sans permission, se rendra passible d'une 
amende de trois piastres ($3.00) par arbre ainsi abattu, plus les 
fiais encourus. 

" Toute personne cherchant à empêcher ou empêchant un 
officier ou agent du ministère des Terres de la Couronne de sai- 
sir du bois coupé illégalement, ou d'enlever ou de faire enlever 
du bois saisi en vertu de la loi, se rend coupable de félonie. 

''Les personnes qui coupent du bois sur des terres qu'elles ont 
achetées en apparence pour des fins de colonisation, mais en réa- 
lité dans le but d'en enlever le bois, se rendent coupables du 
n ême délit que si ce bois était pris dans le domaine de la 
Couronne. 

" Au cas d'une contravention commise de bonne foi, il est 
permis au ministre des Terres. Forets et Pêcheries d'acquitter 
le bois en imposant, comme pénalité, double, triple ou quadruple 
d:oit. On ne prélève, en général, qu'un double droit de coupe et 
les frais occasionnés par la contravention, pourvu que le contre- 
venant cesse de couper. Mais c'est une erreur d'en conclure 
qu'il est permis de couper du bois sur des terres publiques en 
payant double coupe. Au contraire, les officiers du ministère 
des Terres ont ordre d'empêcher toute contravention, et, si les 
contrevenants refusent d'obéir, la loi s'applique dans toute sa ri- 
gTeur. 

Les licences de coupe de bois. 

La permission de couper du bois sur des terres de la Cou- 
ronne se vend à enchère publique. 

Celui qui désire obtenir cette permission doit s'adresser au 
ministre des Terres et désigner suffisamment le territoire qu'il 



100 LE LIVRE DU COLON 

veut accepter. La demande est notée au ministère pour être 
examinée lorsque le ministre décide d'offrir à l'enchère des 
terres boisées. 

Avis public de toute vente de limites à bois est donné sui- 
vant la loi. 

La mise à enchère a lieu au jour fixé, et la licence pour 
chaque limite sujette au paiement de la rente foncière et aux 
autres conditions réglementaires, est accordée au plus haut en- 
chérisseur. 

La licence de coupe de bois est dans les termes suivants : 

AVIS AUX PORTEURS DE LICENCES 

La rente foncière pour le renouvellement de cette licence 
devra être payée le ou avant le 1er septembre prochain ; autre- 
ment le licencié sera sujet aux pénalités imposées par les règle- 
ments. 

Des affidavits indiquant la quantité et donnant la descrip- 
tion des bois coupés en vertu de chaque licence, et autres détails, 
conformément aux formules fournies par le bureau de l'agent 
soussigné, devront être déposés audit bureau avant le trente de 
juin prochain. 

Des acquits pour tout le bois coupé devront être obtenus 
avant qu'il sorte des limites de cette agence ; et afin que le bois 
coupé sur les terres des particuliers ne soit pas frappé de droits, 
des affidavits devront être déposés à ce bureau, indiquant sur 
quels lots ce bois a ét3 coupé et la quantité coupée sur chaque lot. 



Agent pour la vente des bois de la Couronne. 

EN" VERTU DES POUVOIRS à moi conférés par les Sta- 
tuts Refondus du Canada, chap. 28, et des règlements mainte- 
nant en vigueur, et en considération de certains paiements faits 
ou qui seront faits à Sa Majesté ; 

Je, par la présente licence, donne plein pouvoir et autorisa- 
tion à et à ... . agents et employés, de 

prendre, sur les terrains désignés au dos de la présente, les bois 
carrés, bois de sciage et autres bois énumérés dans la lOième 
section des règlements actuellement en .vigueur et de jouir 



LE LIVRE DU COLON 101 

exclusivement de ladite location, sauf les exceptions ci-dessous 

à compter du jusqu'au 

30 avril 19.., avec droit de 'transporter ledit bois à travers 
aucune des terres non occupées ou incultes de la Couronne. 

Et en vertu de cette licence, ledit licencié a 

droit, suivant lesdits Statuts Eefondus du Canada, chap. 23, à 
tout bois coupé par d'autres, pendant la durée de cette licence, 
fcUi les terrains désignés ci-contre, avec plein pouvoir de le saisir 
et de s'en emparer partout où il le trouvera, dans la province de 
Qi~ébec. 

Mais cette licence est sujette aux conditions suivantes, 
savoir : 

Que toute personne pourra en tout temps faire des chemins 
et voyager sur et à travers les terrains désignés ci-contre. 

'.^ue rien dans la présente n'empêchera qui que ce soit, dû- 
ment autorisé à cet effet par le ministre des Terres, Forêts et 
Pêcheries ou le ministre des Travaux Publics, de prendre sur les 
terrains désignés ci-contre, du bois debout, de quelque espèce 
que ce soit, pour construction de chemins ou de ponts, ou pour 
autres travaux publics faits par ordre du gouvernement de cette 
province. 

Que tous les lots vendus ou loués par l'autorité du minis- 
tre des Terres, Forêts et Pêcheries avant la date de la 
présente, sont soustraits à cette licence ; et, aussi, que les lots 
ainsi vendus ou mis en location subséquemment à l'émission de 
cette licence cesseront le 30 avril suivant d'y êti«e sujets ; et 
dans chaque cas oii la vente ou la location d'aucun desdits lots 
sera annulée, ces lots seront remis sous le coup de al licence. 

Que les personnes qui s'établiront, par autorité 
ou titre légal, dans les limites de la location accordée par la 
piésente, ne seront en aucune manière molestées dans leurs opé- 
rations de défrichement et de culture par ledit licencié ou ses 
représentants. 

Que ledit licencié (ou ses représentants) se conformera à 
tous les règlements établis ou qui pourront l'être par le cabinet, 
et consentira à ce que tout le bois coupé en vertu de cette 
licence soit compté on mesuré, et paiera les droits imposés 
sur icelui lorsqu'il en sera requis par moi ou aucun 



102 LE LIVRE DU COLON 

officier à ce autorisé ; autrement, ledit bois sera confisqué au 
profit de la Couronne et ledit licencié sujet aux autres péna- 
Ltés que la loi impose. 

Donné sous mon seing à ce 

jour de en l'année de Xotre-Seigneur mil neuf 

cmt en double. 

Rente foncière, $ 

Le licencié ci-dessus nommé sera tenu, en payant 
la rente foncière pour le renouvellement de la présente, de 
déclarer sous serment s'il est encore propriétaire de Jjonne fox de 
Il Hniite désignée au dos d'icelle, ou s'il l'a vendue ou transpor- 
tée, en tout ou en partie, ou pour qui il la détient. 



La licence est accordée pour un an, commençant au 1er mai. 

Le porteur de licence a droit au renouvellement annuel de 
sa licence, s'il paie la rente foncière et se conforme, quant au 
rtste. aux règlements. 

►Si. dans le territoire sous licence, des lots sont concédés 
pour fins agricoles, le licenci3 conserve le droit d'v couper du bois 
jusqu'au 30 avril qui suit la concession. Après cette date, les 
lots vendus sont soustraits à sa licence, et il n'a plus droit au 
bois. 

"Tous les lots vendus ou mis sous location par l'autorité du 
ministre, avaiit l'octroi d'une licence de coupe de bois pour le 
territoire dans lequel sont situés ces lots, sont exclus de cette li- 
cence, mais les lots ainsi vendus ou mis sous location dans ce 
territoire, après l'octroi de la licence, ne cessent d'être 
sujets à cette licence qu'après le trente avril suivant, et dans le 
cas d'annulation de vente de ces lots ils sont remis sous l'effet de 
cette licence. " (Art. 1343 S.K.P.Q., amendés par 55-56 V., ch. 
18.) 

L'expérience démontre que des relations amicales existent 
généralement entre le colon de bonne foi, qui s'établit sur un lot 
dfns un territoire sous licence de coupe et y travaille au défri- 
chement, et le licencié qui explojte pour le bois le territoire ovi 
s 3 trouve ce lot. 



LE LIVRE DU COLON 103 

Il y a, au contraire, malaise et conflit, lorsque de soi-disant 
celons prennent des lots pour y faire le commerce du bois. Aussi 
le ministère s'etîorcc d'éviter les ventes de lots aux colons spécu- 
lateurs. 

Au reste, il y a toujours contre ces ventes le recours en an- 
nulation, suivant la loi. 

Tarif des droits de coupe. 

Voici le tarif des droits de coupe fixé par les règlements : 

Chêne et noyer noir — par pied cube -i centins 

Pin blanc et pin rouge, merisier, bois blanc, cèdre, 
épinette, orme, frêne, épinette rouge et tout au- 
tre bois de construction — par pied cube ... 2 

Billots de pin blanc, bois pour estacades, bois de di- 
mension et tout autre bois destina à être scié, 
excepté le pin rouge, l'épinette, la pruche, le 
cyprès, le sapin et le cèdre — par mesure-étalon 
de 200 pieds, étant l'équivalent de $1.30 par 
1030 pieds 20 " 

llillots de pin rouge — par 200 pieds, étant l'équiva- 

îent de 80 cents nar 1000 pieds 10 " 

B:llots d'épinette, de pruche, de cyprès, de sapin et 
de cèdre — par 200 pieds, étant l'équivalent de 
65 cents par 1000 pieds 13 

Bois de chauffage (franc) — par corde de 128 pieds 
cubes 20 

Pois de chaufEage (mou) — par corde de 128 pieds 
cubes 10 

Perches de cèdre n'excsdant point 12 pieds de lon- 
gueur — par cent 30 

Piquets de cèdre — par cent 15 

Perches d'autres bois nue le cèdre et n'excédant 
point 13 pieds de longueur — par cent .... 15 

Piquets d'autres bois qwe le cèdre — par cent ... 10 

Pardeaux de cèdre ou de pin (courts) — par mille . 10 

Bardeaux de cèdre ou de pin (longs) — par mille . . 15 contins 



104 LE LIVRE DU COLON 

Poteaux de télégraphe, de téléplimie ou d'éclairage 
électrique, en cèdre ou autre bois, n'excédant ' 
point 10 pouces de diamètre à la base ou 
gros bout — par pied linéaire . . . . ■ J- ceïitin 

L>Jto, excédant 10 pouces de diamètre à la Ijase, — 

par pied linéaire ^ " 

Traverses de chemin de fer de toute es- 
pèce de bois — chaque 2 centins 

Pruche et bois à lattes — par corde de 128 pds cubes 20 " 

Ecorce de pruche — par corde de 128 pds cubes . . 32 " 

Petits billots de pin, cèdre, merisier, ou autres bois, 
n'excédant point 10 pieds de longueur ni 10 
pouces de diamètre au petit bout, pour bar- 
deaux, bobines, planches de petite dimension — 
par corde de 128 pieds cubes 25 " 

Bois de pulpe — par corde de 128 pieds cubes (avec 
réduction de $0.25 par corde si le bois est ma- 
nufacturé dans la province de Québec) . . . .$0.65 

Genoux, courbes, varangues et autres pièces qui 
entrent dans la constniction des vaisseaux et 
non énumérés plus liant — droit ad valorem de 10 p. cent 

La loi du ^'Homestead/^ '•' 

La loi " concernant la protection des colons et l'établisse- 
ment des homesteads, " sanctionnée le 9 janvier 1897, décrète 
ce qui suit : 

1. Les articles 1743, 1744 et 1745 des Statuts refondus 
sont remplacés par les suivants : 

1743. Xulle terre publique octroyée à un colon de bonne 
foi, par instrument sous forme de billet de location, permis d'oc- 
cupation, certificat de vente ou autre titre semblable, ou aux 
mêmes fins en vertu du chapitre sixième du titre quatrième dos 
présents Statuts refondus, relativement au département des 
Terres de la couronne et aux matières qui en relèvent, ainsi qu'en 
conformité des arrêtés pris et règlements faits en vertu du- 

* 60 Vict., chap. XXVII. 



LE LIVRE DU COLON 105 

dil chapitre, ne peut, tant que les lettres patentes ne sont pas 
émises, être engagée ni hj'pothéquée par Jugement ou autrement, 
E' être saisie et exécutée pour aucune dette quelconque, non plus 
que les bâtiments, constructions et améliorations sur icelle, y 
compris les moulins dont le colon se sert pour son propre usage, 
h moins que ce ne soit pour le prix de la terre, et ce, nonobs- 
tant les articles 1980 et 1981 du Code civil, et les articles 553 
et 551 du Code de procédure civile. 

1744. Tout concessionnaire de terre publique en cette pro- 
vince, en vertu de lettres patentes, détient cette terre, pourvu 
qu'elle n'ait pas plus de 200 acres en superiîcie — et en cas d'ex- 
cédent, 200 acres de cette terre. — ainsi que les bâtiments, cons- 
tructions et améliorations sur icelle, 5' compris les moulins dont 
le concessionnaire se sert pour son propre usage, à titre de pa- 
trimoine de famille (hoinœtead). 

Aucun patrimoine de famille (homestead) ne peut-être 
saisi ni vendu pour une dette quelconque, la vie durant du con- 
cessionnaire primitif, de sa veuve et de ses ou de leurs enfants 
et descendants en ligne directe. 

Le propriétaire du patrimoine de famille peut l'aliéner à 
titre gratuit ou à titre onéreux. 

Toutefois, s'il est marié il lui faut le consentement notarié 
de son conjoint, et, si ce dernier est décédé et qu'il reste des 
enfants mineurs au propriétaire, le consentement du conseil de 
famille homologué par la Cour Supérieure ou par un juge de ce 
tribunal 

1745. Sans préjudice des articles 556 et suivants du Code 
cle procédure civile, les meubles et effets ci-dessous énumérés, 
qu'ils soient entre les mains d'un co'on de bonne foi, suivant les 
termes de l'article 1713, ou entre les mains d'un concession- 
naire, suivant les termes do l'article 1744, ou de sa veuve, 
ou de ses ou de leurs enfants ou descendants en ligne directe, 
tant que le saisi est possesseur ou propriétaire de la terre men- 
tionnée dans ces articles, sont exempts, pour toute dette quel- 
conque, de saisie et d'exécution, savoir : 

1. Les lits, literies et bois de lit à l'usage de la famille ; 



106 LE LIVRE DU COLON 

2. Les vêtements nécessaires et ordinaires pour le colon et sa 
famille ; 

3. Un poêle et son tuyau, une cr.Miiaillère et ses accessoires, 
i^ne paire de chenets, un assortiment d'ustensiles de cuisine, une 
pfcire de pincettes et une pelle, une ta])le, six chaises, six cou- 
teaux, six cuillères, six fourchettes, six assiettes, six tasses à 
thé, six soucoupes, nn sucrier, un pot au lait, une théière, tout 
rcuet à filer et métier à tisser destiné à Tusage domestique, une 
hache, une scie, un fusil, six jnèges, les rets et seines de pêche 
ordinairement en usage, et dix volumes ; 

4. Du combustible, de la viande, du poisson, de la farine et 
des légumes, suffisants pour le colon et sa famille pendant trois 
mois ; 

5. Les grains nécessaires pour ensemencer sa terre ; 

6. Deux chevaux, deux bœufs de lal)our, quinze autres bêtes 
à cornes, vingt-cinq moutons, dix cochons, les aninuiux de Imsse- 
cour, les grains et fourrages destinés à la nourriture ou à Ten- 
giaissement de ces animaux. 

7. Les voitures et instrunu'uts d'agriculture. 

8. Les matériaux de construction destinés aux construc- 
tions, améliorations et outillages susdécrits. 

Les effets mentionnés aux paragraphes 1. 2, 3, 4, 5 et 6 sont 
laissés, sur un >^lus grand nombre, au choix du débiteur. 

Les effets mentionnés aux paragraphes 3. 4, 5 et G ne sont 
pas exempts de la saisie et de l'exécution s'il s'agit du prix 
de leur acquisition. 

II. L'ai'ticle 1T4() desdits Statuts rcfundus (vt abrogé . 

III. Les cédules A et B, qui se trouvent dans lesdits Statuts 
refondus à la suite de l'article 1748, sont abrogés. 

IV. Les terres pul)liqucs actuellement octroyées par lettres 
patentes ou par instrument sous forme de billet de location, per- 
mis d'occupation, certificat de vente, ou autre titre semblable. 



LE LIVRE DU COLON 107 

E9 seront pas sujettes à l'aioplication de la présente loi, mais 
continueront à être régies, .pour les matières auxquelles elles se 
rapportent, par les dispositions abrogées ou amendées comme si 
la présente loi n'avait pas été passée. 



Terres à Sucre 



Le prix des terres à sucre est assez variable : il dépend du 
nombre des érables, de l'espèce, de la qualité, de la quantité du 
bois, et enfin, de la qualité du sol. 

Si les bois francs dominent, et que le nomljre des érables ne 
dépasse pas 500, le prix de la terre est d'une piastre et demie 
l'acre. 

Si la terre porte presque en égale quantité du bois franc et 
du bois mou, le prix n'est plus que d'une piastre l'acre— pourvu 
toujours qu'il n'y ait pas plus de cinq cents éral)les. 

S'il y a plus de cinq cents érables sur le lot, on exige alors 
un prix additionnel de cinq centins par acre pour cliaqae groupe 
supplémentaire de cent érables. 

Le règlement donne aussi au ministre des Terres le droit 
d'exiger un prix additionnel pour le bois marchand qui pour- 
lait se trouver sur les terres à sucre. 

Disons, enfin, que la loi ne permet pas de vendre à la même 
Ijersonne plus de cent acres de terre à sucre. 



Terres à bois de chauffage 



Dans le vaste domaine forestier de l'Etat, se trouve néces- 
sairement une certaine étendue de terres impropres à la culture, 
et même des terres sur lesquelles l'on ne trouve du bois de com- 
merce qu'en quantité négligeable. 

Ces terres sont vendues pour leur bois de chauffage 
et ceux qui les achètent ne sont point assujettis aux " conditions 
d'établissement ". 



108 LE LIVRE DU COLON 

Le prix de ces terres à bois de chauffage varie quelque peu, 
selon qu'elles portent du bois franc ou du bois mou : 

Pour un lot où l'érable, le merisier ou tout autre bois 
franc domine, le prix est d'une piastre et cinquante centins 
($1.50) l'acre. 

Pour une terre de bois mêlé, contenant presque autant de 
bois mou que de bois franc, le prix est d'une piastre ($1.00) 
l'acre. 

Si le bois mou domine, comme l'épi nette, le sapin, etc, le 
prix n'est plus que de soixante-quinze centins ($0.75) l'acre. 

Enfin, pour les terres participant de ces trois catégories et 
sur lesquelles se rencontre une quantité assez notable de bois 
de commerce — ce qui est de nature à en augmenter la va- 
leur — un prix additionnel peut être exigé. Ce prix est déterminé 
par le ministre, qui le base sur les rapports d'inspection qui lui 
b'ont communiqués par ses agents. 

Le prix des terres à bois de chauffage est payable comptant, 
et on n'en vend à personne plus de cinquante acres en superfi- 
cie. L'acheteur doit être chef de famille ou de maison, et n'être 
pas déjà iDropriétaire d'une terre semblable achetée de la 
Couronne. 

De plus, on ne peut acheter une terre à bois de chauffage 
Ëituée à plus de vingt-cinq milles de sa demeure. 

L'acheteur supporte les frais. d'inspection de son lot, s'il y a 
inspection spéciale, et si c'est une inspection générale, il con- 
tribue pour sa quote-part aux frais encourus, laquelle est déter- 
minée par le ministère des Terres, Forêts et Pêcheries. 

Ceux qui ont acheté des lots aux conditions d'établissement 
et n'ont pas encore rempli ces conditions, peuvent acquérir, au 
prix des terres à bois, cent acres de la première concession, si la 
terre est connue impropre à la culture, et ne se trouve point 
oans un territoire sous licence de coupe de bois. Ils devront 
cependant payer la différence entre le prix du premier achat et 
le prix, fixé pour les terres à bois. 

Les agents du ministère des Terres et Forêts de la Cou- 
r.mne auxquels l'on fait la demande de ces terres à bois de chauf- 



LE LIVRE DU COLON 109 

fage ne doivent point consentir à la vente avant de s'être assu- 
rés, par un récent certificat du garde forestier, que la terre est 
impropre à la culture et ne contient pas de bois de commerce. 



Familles de douze enfants 



CONCESSIONS GRATUITES 

Formalités à remplir pour se faire concéder cent acres de terre 

Depuis 1890, les chefs de famille de douze enfants vivants 
peuvent obtenir gratuitement cent acres de terres publiques. (53 
A^ict. chap. 26, et 54 Yict., chap. 19.) 

On a voulu, par ce moyen, venir en aide aux familles nom- 
bieuses et faciliter leur établissement sur les terres à coloniser. 

Cette loi de 1890, remplacée par la loi de 1892 (55-56 Vict. 
ch. 19), donne aux pères de douze enfants la faculté de choisir 
leur lot de cent acres dans le canton oii ils ont leur domicile, ou 
dans le canton le plus voisin s'il n'y a pas de terres disponibles 
dans le premier. 

Les terres choisies doivent être propres à la culture. Le 
ministre peut toutefois en refuser l'octroi, si c'est un terrain 
minier, ou si le terrain choisi contient du bois de commerce en 
grande quantité. 

La demande et le choix du lot se font par le père. Si 
celui-ci est décsdé, la mère peut le remplacer. 

La demande se fait par simple requête adressée au minis- 
tre des Terres, Forêts et Pêcheries, et doit être accompagnée de 
trois certificats : 

1. Le certificat de mariage du requérant. 

2. Un certificat indiouant le nombre et les noms des enfants 
du requérant. Ce certificat doit être attesté sous serment devant 
un juge de paix ou un commissaire de la Cour Supérieure. 

3. Un certificat du curé de la paroisse, corroborant les allé- 



110 LE LIVRE DU COLON 

gâtions contenues dans la requête ; ou un certificat de toute 
autre personne connaissant les faits *. 

Si la demande du requérant est agréée, un billet de loca- 
tion (50 Vict.) rédigé comme il suit, lui est remis par le minis- 
tère des Terres, Forêts et l'êcheries : 



* Pour l'avantage de ceux que cela peut intéresser, nous 
donnons ci-après un exemplaire de la formule de la requête que 
peut présenter un chef de famille de douze enfants : 

La requête de {nom et prénoms) de la paroisse de 

dans le comté de 

Expose respectueusement : 

Que jour do 1900 

i] a contracté mariage avec 

tel qu'il appert au certificat de mariage produit avec la présente. 

Que de ce mariage sont nés {)iombn') enfants, dont .... 
sont vivants, tel qu'il appert aux documents aussi produits avec 
la présente requête. 

Qu'en vertu de l'acte de la législature de la province de Qué- 
bec, 55-56 Vict., chap. XIX, intitulé : " Acte autorisant des oc- 
trois gratuits aux pères et mères de douze enfants, " votre requé- 
lant a droit à cent acres de terres publiques, propres à la culture. 

C'est pourquoi votre reauérant conclut à ce qu'il plaise à 
l"honoral)le ministre des Terres. Forêts et Pêcheries de vouloir 
p]-endre en considération la présente requête et les pièces qui 
l'accompagnent, afin que les cent acres de terre auxquels il a 
droit, en vertu de l'acte précité, lui soient accordés. 

Et votre requérant ne cessera de prier. 

En foi de quoi- j'ai signé à ce 

jour de 190. . 

(Jertificat du cure : 

Je, soussigné, prêtre curé, résidant à 

certifie que les faits allégués ci-dessus par le requérant sont 
exacts. 

X. B. — Le requérant devra annexer à la requête ci-dessus 
scn affidavit, son extrait de mariage, et faire signer le présent 
certificat au curé, missionnaire ou ministre du culte de l'endroit 
cà il réside. 



LE LIVRE DU COLON 111 

Province de Québec. 

ÛCTKOI GKATUIT DES CENT ACRES DE TERRE AUX PÈRE ET MÈRES 
DE DOUZE EX'FAXTS VIVANTS 

Billet de location 

est 

I;ar les présentes auttn-isé à prendre possession du lot de terre 

Xo 

contenant cent acres, et à l'occupe, aux conditions suivantes : 

1° Il devra prendre possession du lot dans les six mois 
de la date de ce permis et continuer à y résider et à l'occuper, soit 
eu personne, soit par d'autres, pendant au moins deux ans à 
compter de ce temps. 

2° Dans le cours de quatre années au plus, il devra défri- 
cher et mettre en culture au moins un dixième de ce lot et y cons- 
truire une maison habitable d'au moins seize pieds sur vingt. 

3° Il ne sera coupé de l)ois sur ce terrain, avant l'émission 
des lettres patentes, que pour défrichement, chauffage, Ijtltisses et 
clôtures ; et tout bois coupé contrairement à cette condition sera 
considéré coupé sans licence sur des terres publiques. De plus, 
cette location sera sujette aux licences de coupe de bois 
actuellement en vigueur et le locataire sera ol)ligé de se 
conformer aux lois et règlement concernant les terres publiques, 
les bois et forêts, les mines et les pêcheries de cette province. 

4° Les lettres patentes ne seront émises dans aucun cas 
avant l'accomplissement des conditions qui précèdent. 

Donné sous mon seing au département 
des Terres, Forêts et Pêcheries, à 
Québec, ce. . . .jour de. . . . 190. . 



Assistant-commissaire 
des Terres, Forêts et Pêcheries. " 



112 LE LIVRE DU COLON 

Toutefois, les lettres patentes ne sont accordées au père Je 
douze enfants que sur production d'un certificat de l'agent du 
ministère des Terres ou d'un garde forestier, ou d'un arpenteur, 
que les conditions d'établissement requises par le billet de loca- 
tion ont été remplies. 

Le défaut d'accomplissement des conditions d'établisse- 
ment entraîne pour le chef de famille de douze enfants la perte 
c'e ses cent acres et le prive de plus de la faculté de faire le choix 
d'un autre lot. 

Ce patrimoine concédé par l'Etat ne peut être aliéné par les 
pères ou mères tant qu'ils en ont la jouissance, ni être hypothé- 
qué ou saisi, sauf pour taxes municipales ou scolaires et pour 
contributions aux réparations d'église ou de presbytère. Ils 
peuvent toutefois le léguer, ainsi que les améliorations qui y ont 
été faites, à l'un ou à nlusieurs de leurs enfants, soit par dona- 
tion entrevifs, soit par testament. A défaut de donation entre- 
vifs ou de donation testamentaire, la propriété tombe dans la 
succession. 

NOTES GENERALES 

A moins d'obstacles qui les rendent trop dispendieux, les 
chemins de front sont ouverts par les colons. Le gouvernement 
fait les grandes routes. 

Les intéressés doivent être prudents et ne placer les chemins 
que dans les endroits les plus avantageux pour le public ; autre- 
ment on s'expose à multiplier les voies de communication et à 
surcharger les intéressés de frais d'entretien. Car les che- 
mins et ponts, construits en tout ou en partie par le gouverne- 
ment dans une municipalité, demeurent à la charge de cette mu- 
nicipalité comme tous les autres chemins et ponts. — Art. 1716 
des Statuts refondus de la province de Québec. 



Les municipalités peuvent verbaliser les chemins faits en 
teut ou en partie par le Gouvernement, mais elles ne peuvent les 
ftrmer sans une ordonnance du ministre des Travaux Publics 
et de la Colonisation.— Art. 1717 S.E.P.Q. 



LE UNRE DU COLON 113 

Le Gouvernement et ses employés ont le droit de prendre, 
i^ons indemnité, sur les lots situés dans le voisinage des ponts ou 
des chemins de colonisation, le bois, la pierre, la terre, le gravier, 
le sable nécessaires à la construction de ces ponts ou de ces che- 
mins.— Art. 1719 S.R.P.Q. 



Le ministère de la Colonisation n'est pas tenu de faire des 
chemins sur les terres appartenant à la Couronne. — Art. 780 du 
Code Municipal. 

Il n'est pas non plus tenu des servitudes de voisinage, telles 
que clôtures, fossés, etc., le long d'un chemin de colonisation 
souG sa niridiction.— Art. 1720 S.E.P.Q. 



L'acquéreur d'un lot contracte, entre autres, l'obligation 
d'en prendre possession, ou personnellement ou par d'autres, 
dcms les six mois, et d'y faire graduellement les défrichements 
requis pour l'octroi d'un titre parfait. S'il ne le fait, cet acqué- 
leur, loin de favoriser la colonisation, l'entrave plutôt, car le 
défaut de chemins de front empêche les voisins de profiter des 
routes ouvertes par le Gouvernement. 

Que l'on s'empresse donc de faire sur son lot le défriche- 
ment nécessaire pour livrer un passage, afin de ne pas être un 
clstacle. 

Les nouveaux colons devraient demander l'annulation des 
obstacle à la circulation. 



Les colons ne doivent pas s'isoler s'ils veulent profiter des 
travaux faits par le Gouvernement. Les groupes sont toujours 
favorisés de préférence. Le colon qui s'isole doit, en tout cas, 
veiller à se placer non loin des chemins projetés. 



Les colons ne doivent pas oublier que les chemins et les 
ponts faits par le Gouvernement leur sont destinés, et qu'une 



114 LE LIVRE DU COLON 

iégère réparation faite à pronos suffit, bien souvent, pour empê- 
cher les détériorations. On ne doit pas négliger les ponts, sur- 
tout ; qu'on avertisse plutôt le ministère de la Colonisation. 



Les groupes de colons doivent se hâter, dès qu'ils ont une 
population suffisante (300 âmes), de s'ériger en municipalité. 






TABLE DES MATIERES 



Le Livre du Colon 



ïre partie 

Notions générales 

Page 

La vocation , 5 

Région à choisir g 

Choix d'un lot 7 

Graines de semence 10 

Quand partir ? I3 

Installation 33 

Défrichement I5 

Cultures de première année 19 

Courtes notions sur les grains, légumes, etc., utiles au colon 20 

Prairies 23 

Récoltes 25 

Bétail 28 

Basse-cour ; 38 

Engrais et fumier 39 



2e partie 

Les Petits Ruisseaux 

Sucre et sirop d'érable .....,..,'■ 42 

Plantes médécinales 44 

Gommes et résines 4(j 

Petit thé .', 47 



Vin du colon 48 

Bière du colon 49 

Vinaigre du colon 50 

Baies et fruits 50 

Grenouilles et wawarons 50 

Le travail des enfants 51 

Articles en bois 52 

Les arbres ; produits et usages 54 

Ruisseaux divers 57 

Travail de la femme 01 



3e partie 

Recettes et renseignements utiles pour la ménagère et le colon 

La cendre de bois ; ses usages 62 

Balais rustiques 63 

Usages des écorces 63 

Lavages de plancher 63 

Cuisine en plein air 63 

Soin du linge 63 

Lavage des indiennes 64 

Empois de la " colonne " 65 

Conservation des fourrures pendant l'été 65 

Chaussures étanchcs 65 

Cirage à chaussures 66 

Couteaux de table 66 

Verres de lampe 66 

Savon de patates 66 

Savon de terre glaise 66 

Colle pour la vaisselle 67 

Encre du colon 67 

Teinture jaune 67 

Vieilles gazettes 68 

Couvertures de lit en papier 68 

Feu de pétrole 69 

Chaises de canne, objets de paille, elc 69 

Poids et mesures des ménagères 69 

Pain de ménage 69 

Vermine des légumes 70 

Bouillon qui surit 70 

Café d'orge 70 



Blé d'Inde lessivé 71 

Cuisses de grenouilles 71 

Conservation de la viande, du gibier, de la volaille, du poisson, etc. . 72 

Pour attendrir le jambon 72 

Barattes, tinettes neuves, etc 73 

Conservation du beurre frais 73 

Soin à donner au lait 73 

Fromage blanc 74 

Sel de saloir 74 

Excellente saumure 74 

Contre les punaises 74 

Chiures de mouches 74 

Contre les fourmis 75 

Contre les mouches 75 

Maringouins, brûlots, etc 75 

Mouches à cornes 76 

Etourneaux, corneilles, etc 76 

Insectes, rats, etc 76 

Quantité moyenne de semence par arpent, pour terre neuve 77 

Mesures utiles 77 

Mesures françaises 78 

Balance du colon 79 

Manche de hache cassé 80 

Remèdes du colon 80 

Dangers à éviter 85 

Remèdes du bétail 86 

Conclusion générale 86 



Appendice 

Imformations officielles tirées de la loi concernant les terres de la Cou- 
ronne, et des règlements du ministère des Terres, Forêts et 
Pêcheries. 

Le prix d'un lot 88 

Conditions de la vente 88 

Chemins publics 91 

Révocations de ventes 91 

Colons sans titre 92 

Rente d'occupation 92 

Agents du gouvernement. — Attributs et devoirs 94 

Arpenteurs et gardes forestiers 95 

Coupe du bois par le colon 96 



Application des droits de coupe 97 

Coupe illicite 98 

Licences de coupe 99 

Tarif des droits de coupe 103 

La loi du " homestead " 104 

Terres à sucre 107 

Terres à bois de chauffage 107 

Familles de douze enfants 109 



NOTES GENERALES : 

Chemins et ponts 112 

Nécessité du groupement 113 

Formation des municipalités 114 



La BlbZÀ,othèque, 
Université d'Ottawa 
Echéance 



Tko, lÀ^bhjoxy 
Uni vers ity of Ottawa 
Date Due 



SEP 23 '82 ^^ 



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335003 0098557596